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Ordalie et anthropologie

septembre 15, 2011

Voici une histoire que racontait l’un de mes profs d’histoire médiévale dans son court, à propos des ordalies. En fait, elle lui venait d’un ami anthropologue qui avait pu observer des pratiques d’ordalies en Afrique (je ne sais plus quel pays).

L’ordalie, c’est le jugement de Dieu. Plus généralement, on peut parler de l’enquête par l’intervention de puissances surnaturelles. On pratique un rite censé désigner le coupable d’un crime. La plus connue de ces pratiques est l’épreuve du feu, pratiquée au Moyen Âge en Europe et, apparemment, dans certaines régions d’Afrique. Après rituel pour demander l’assistance de Dieu / éventuellement une autre puissance quelconque, on chauffe une barre de fer, et l’accusé doit la prendre en main: s’il se brûle, il est coupable, sinon, il est innocent.

Pas très rationnel, tout ça, on est d’accord.

Pas forcément complètement bête non plus.

Dans l’histoire racontée par mon prof, un juge avait été appelé dans un village où il y avait eu un crime. Il y avait quatre suspects principaux. Le juge les fait venir devant lui, procède au rituel, explique le principe qu’un innocent ne se brûlera pas, et il en fait une démonstration sur lui-même. Par le moyen d’un tour de passe-passe, il donne l’illusion de toucher le fer brûlant sans s’y brûler. Les spectateurs sont alors convaincus de l’efficacité de la magie à l’oeuvre. Le premier suspect passe alors devant le juge, qui passe le fer en pratiquant le même tour de passe-passe: bien sûr, il ne se brûle pas, et on le laisse aller. Même chose pour le deuxième. Mais lorsqu’on appelle le troisième, il montre d’énormes signes d’anxiété, s’approche en tremblant et, lorsque le juge approche le fer, bondit en arrière et avoue sa culpabilité dans le crime.

L’objectif du rituel semble donc d’inciter le coupable à se dévoiler. Comme dans certaines histoires policières où le détective n’a pas de certitude sur le coupable, mais a assez d’éléments pour convaincre qu’il connait son identité, et l’amène ainsi à poser le geste qui le trahira. C’est un bluff qui n’a d’efficacité que si chacun est convaincu de l’efficacité magique du rituel: les innocents doivent avoir la certitude qu’ils ne se brûleront pas (sans quoi ils risquent de s’auto-accuser, à tort) et les coupables la certitude qu’ils n’échapperont pas à la souffrance de la brûlure. Il faut également qu’il soit mis en oeuvre par un juge pas con, doué pour la mise en scène, et avec une bonne dextérité apparemment. Ce n’est peut-être pas bête dans l’ensemble, mais c’est néanmoins hautement hasardeux.

La théorie de René Girard – résumé

janvier 18, 2010

Tiens, petit résumé de la théorie de René Girard, l’auteur du Bouc émissaire. Cité par Pennac au début de la série des Malaussène et résumé par Pelletier (par l’intermédiaire du personnage Victor Prose) aux pages 197-198 du deuxième volume de La Faim de la Terre, René Girard est un intellectuel de formation littéraire classique qui s’est redirigé, à partir de La Violence et le Sacré vers la théorie anthropologique et religieuse. Sa théorie est relativement connue du public cultivé et curieux, d’autant qu’elle est facile d’accès et simple (voire simpliste), et donc séduisante. Elle se répète aussi pas mal d’un livre à l’autre, et les ajouts depuis Des choses cachées depuis le commencement du monde sont relativement peu nombreux. Notez bien ici que j’aime bien y réfléchir, mais que j’ai pas mal de doutes sur plusieurs points.

Le point de départ de Girard, c’est la faculté de l’humain à imiter. Bien sûr, de nombreux auteurs ont évoqué cette caractéristique humaine depuis Aristote. Marcel Jousse en fait son pain quotidien. Mais Girard insiste: la nouveauté qu’il apporte, c’est que l’humain n’imite pas seulement les gestes, mais aussi les désirs des autres. Ce qu’il appelle le désir mimétique.

Le problème posé par le désir mimétique, c’est que dans un groupe, tout le monde finit par désirer la même chose. Ils entrent donc en conflit les uns avec les autres pour des choses, et ce même si ces choses ne sont pas forcément essentielles à la survie. L’imitation joue un rôle ici aussi: en conflit avec d’autres membres du groupe, un individu sera porté à imiter les désirs de son antagoniste. La haine peut ainsi prendre le pas sur l’objet initial du désir. Plus l’objet est au centre d’un conflit intense, plus il est considéré comme désirable, plus il est potentiellement générateur de haine (et donc du désir d’éliminer l’adversaire, désir susceptible d’être lui aussi imité) et ce désir peut se répandre à l’ensemble de la communauté. C’est ce que René Girard nomme la crise mimétique.

Pour résoudre la crise mimétique sans s’auto-anéantir, les groupes humains feraient appel à un mécanisme de projection, en détournant l’hostilité ambiante sur une personne extérieure, à savoir, un bouc émissaire. Voilà bien un personnage singulier, et tout à fait central dans la théorie de Girard, que ce bouc émissaire. Sélectionné pour différentes raisons, souvent une différence remarquable (souvent aussi superficielle), le bouc émissaire se voit chargé de la responsabilité des maux de la communautés, accusés de divers crimes, et sacrifié (le méthodes de sacrifices vont de la mise au ban de la société, à l’exil, ou à la mise à mort, selon les circonstances) pour résoudre tous les problèmes. Ce sacrifice du bouc émissaire a pour fonction d’unir la communauté. Mais, particularité, le bouc émissaire est également celui qui apporte la solution au problème, par son sacrifice même; une fois la haine sublimée, il sera donc traité en héros, voire divinisé. Girard pense que chaque dieu d’un panthéon polythéiste est le reflet d’une violence sacrificielle passée, dont le souvenir se serait transposé dans la mémoire collective à travers les mythes.

Dernier grand point de sa théorie (et là, il faut se rappeler que René Girard est chrétien – il dit que c’est sa théorie qui l’a converti, mais je soupçonne personnellement qu’il était plutôt à la recherche d’une justification pour rationaliser sa vocation chrétienne): la spécificité chrétienne. Le monothéisme serait déjà une rupture avec la logique du sacrifice émissaire, parce que, n’admettant pas l’émergence de nouveaux dieux, le monothéisme s’opposerait à cette constante fabrique de dieux qu’est le sacrifice. Mais, plus encore, l’écriture biblique serait la première religion (et la seule, d’après lui), à révéler le mécanisme du bouc émissaire et l’innocence de la victime émissaire, court-circuitant par là le processus, qui ne peut fonctionner que si on croit fermement en sa culpabilité.

La thèse de René Girard peine à s’imposer chez les spécialistes des religions et les anthropologues. En réaction à cette prudence des spécialistes, il commet sensiblement la même erreur que Marx et Freud: il s’enferme dans un ensemble d’argumentation circulaire, où la réfutation de sa théorie devient impossible. Pour ma part, je pense qu’il saborde sa crédibilité en agissant ainsi. D’autant qu’une personnalité arrogante et désagréable transparaît à travers son écriture. Mais là, il viendra dire que si je dis ça, c’est que sa théorie touche tellement à l’essentiel que je résiste en faisant des attaques ad hominem, donc en le prenant comme bouc émissaire. Ce en quoi il se tromperait, puisque j’aurais plutôt tendance à dire qu’il vaut mieux ignorer l’homme et sa personnalité pour mieux voir sa théorie.

Edit: 28 janvier 2011: j’ai changé le mot « falsification » par le mot « réfutation », plus adapté en français.

L’étrange loup-garou

septembre 15, 2009

Voici quelques extraits d’un livre de Carlo Ginzburg, les Batailles Nocturnes, dans lesquels il s’éloigne un peu du coeur de son sujet pour parler d’un procès religieux intenté en Livonie, près de Jürgensburg, contre un « loup-garou »:

« L’accusé, Thiess, un vieillard de plus de quatre-vingts ans, avoue résolument aux juges qui l’interrogent être un loup-garou (Wahrsolff). Mais son récit s’éloigne beaucoup de l’image de la lycanthropie diffuse dans l’Allemagne septentrionale et dans les pays baltiques. Le vieillard dit qu’il a eu, jadis, le nez cassé par un paysan de Lemburg, Skeistan, mort depuis longtemps. Skeistan était un sorcier: en compagnie de ses camarades il avait emporté les semences de blé en enfer, pour empêcher les moissons de croître. Escorté des autres loups-garous, Thiess s’était rendu en enfer et avait lutté contre Skeistan. […] Ce n’était pas un affrontement occasionnel. Trois fois par an […] les lycanthropes se rendent à pied, sous la forme de loups, en un lieu situé « là où finit la mer« : l’enfer. Là ils luttent contre le diable et les sorciers en les frappant à coups de longs fouets en fer, et en les suivant comme des chiens. Les loups-garous – s’exclame Thiess – « ne peuvent supporter le diable ». Les juges, vraisemblablement stupéfaits, demandent des explications. Si les lycanthropes ne peuvent supporter le diable, pourquoi se transforment-ils en loups pour descendre en enfer? Parce qu’ainsi, explique le vieux Thiess, ils peuvent rapporter sur la terre ce que les sorciers ont volé – bétail, blé et autres fruits de la terre. S’ils ne le faisaient pas, il arriverait ce qui précisément arriva l’année précédente: ayant tardé à descendre en enfer, les loups-garous avaient trouvé les portes fermées et n’avaient pas réussi à ramener le blé et les semences emportées par les sorciers. Aussi l’année passée avait-elle été très mauvaise. Cette année au contraire, il en était autrement et grâce aux loups garous, la récolte d’orge et de seigle ainsi qu’une pêche abondante, étaient assurées.

À ce point, les juges demandent où vont les loups-garous après leur mort. Thiess répond qu’ils sont enterré comme tout le monde, mais leur âme va au ciel; quant aux âmes des sorciers, le diable les emporte avec lui. Les juges sont visiblement déconcertés: comment se peut-il que les âmes des loups-garous montent vers Dieu, s’ils ne servent pas Dieu, mais le diable ? Le vieillard nie farouchement: les loups-garous ne servent nullement le diable. Le diable est à ce point leur ennemi qu’eux, semblables à des chiens – car les loups-garous sont les chiens de Dieu – le suivent, lui donnent la chasse, le fouettent avec des cracaches de fer. Ils font tout cela pour le bien des hommes: sans leur action, le diable volerait les fruits de la terre et le monde entier en demeurerait privé. »

Pour ceux qui veulent connaître la fin de l’histoire, les juges ont tenté d’arracher à Thiess l’aveu d’un pacte avec le diable, ce que le vieillard a nié avec colère, en réaffirmant qu’avec ses compagnons, ils étaient les « chiens de Dieu », et en disant aux juges qu’il avait fait de meilleurs actions qu’eux. Il sera condamné le 10 octobre 1692 à 10 coups de fouets pour superstition et idolâtrie.

GINZBURG, Carlo, Les batailles nocturnes, Paris, Flammarion, 1984, pp.49-51.

René Girard face à Popper

septembre 11, 2009

Sur la Plaine, récemment, l’une des discussions (attention: 110 commentaires!) a dérivé sur les idées de Popper et sa plus grande contribution à la science actuelle, la falsification. En gros, Popper dit que pour être valable scientifiquement, une hypothèse doit être « falsifiable », c’est-à-dire qu’on doit pouvoir imaginer une expérience dont l’un des résultats serait la démonstration que l’hypothèse est fausse. Cet exercice permet de tracer une ligne de démarcation entre le scientifique et le non-scientifique et d’éviter de polluer la science avec des impostures et des raisonnements qui tournent en rond.

Comme vous le savez, ces derniers temps, je lis quelque peu René Girard (mentions ici et ici). René Girard a une formation en littérature à la base, mais il s’est depuis longtemps tourné vers l’anthropologie, tout en demeurant exclusivement théoricien en la matière. Autrement dit, il ne fait pas de la recherche de terrain qu’on considère habituellement comme la consécration de l’anthropologue, se contentant de lire très largement les travaux des anthropologues de terrain pour élaborer des vastes théories. Ou devrais-je dire UNE théorie? Car chez Girard, tout se rapporte à la violence originelle chez l’être humain. Son origine (le désir mimétique donnant lieu à des crises mimétiques) et sa solution-type (le bouc émissaire). En gros, il estime que les sociétés humaines sont régulièrement confrontées à des crises sociales causées par le fait que les humains désirent tous la même chose et entrent donc en conflit les uns avec les autres pour l’obtenir. Quand la crise devient insoutenable, les sociétés détourneraient leur violence en rejetant la responsabilité de la crise sur un bouc émissaire qui est alors lynché (ou sacrifié); le sacrifice du bouc émissaire réglant la crise sociale, les humains intérioriseraient le processus sacrificiel et construiraient leurs religions et leurs cultures sur cette pierre fondatrice.

Très intéressantes en elles-mêmes, les théories de Girard sont par contre irritantes pour deux raisons: d’une part, elles se rapportent généralement à des faits invérifiables, postulant leur réalité sans bien la démontrer. L’autre raison tient lieu à la personnalité de Girard lui-même, très prompt à affirmer que seule sa théorie explique tous les faits, et tellement convaincu que la vérité de sa théorie est évidente qu’il semble plus soucieux de trouver un moyen de bien la communiquer que de trouver un moyen de la prouver.

Rapportée à la notion de falsification de Popper, la théorie de Girard serait-elle infalsifiable, condamnée à être rejetée du champs de la science, voire de la vérité? Dans Les origines de  la culture, Girard répond à ces critiques dans le style qui est le sien. Plutôt que d’en prendre acte et de confronter le problème de la vérifiabilité de sa théorie, il préfère rejeter la validité du critère de falsifiabilité et revendiquer la vérité scientifique. Il tente une analogie avec la « non existence de la sorcellerie », qui, à son avis, est une vérité scientifique, bien qu’elle soit infalsifiable au sens de Popper.

Sceptique face à cette argumentation, j’ai soumis l’extrait à Enro, webmestre du Café des Sciences. Enro écrit beaucoup sur son propre blog sur les questions de la méthode scientifique et de la sociologie des sciences, j’étais donc curieux de voir ce qu’il en dirait.

Je retranscris ici les deux commentaires les plus pertinents dans la discussion:

Le mardi 8 septembre 2009 à 23:48, par Déréglé temporel

Mon commentaire n’est pas vraiment lié au sujet du billet, sinon qu’un avantage des blogs est de permettre de poser des questions. J’ai cherché un vieux billet d’épistémologie pour la poser, mais je constate que dans tous les vieux billets, les commentaires sont fermés. Ici, donc, et je m’excuse si ça paraît déplacé.

Je suis en train de lire des entretiens de René Girard, anthropologue théoricien qui s’intéresse aux origines de la culture et de la religion. Aux critiques qui lui reproche d’avancer une théorie invérifiable et infalsifiable, il reconnaît implicitement qu’elle est infalsifiable, mais conteste l’importance de ce critère dans les termes suivants:

« Il y a beaucoup de choses absolument certaines, indubitablement vraies, qui ne sont ni vérifiables ni falsifiables au sens de Popper. La nature illusoire de la sorcellerie, par exemple. L’inefficacité de la sorcellerie est une vérité fondamentale pour notre conception des droits de l’homme et de la démocratie. Nous ne pouvons pas nous passer de cette certitude. Nous ne pouvons pas la qualifier de « religieuse », puisque nous sommes résolument laïques. Ce n’est pas non plus une certitude idéologique. C’est donc une certitude scientifique. La science nie effectivement la possibilité que certains individus aient sur la réalité un pouvoir occulte qui transcende le savoir scientifique. Le scepticisme au sujet de la sorcellerie doit donc se définir comme scientifique plutôt que religieux ou idéologique. La preuve qu’il en est ainsi c’est que, dans le monde moderne, nous révisons tous les procès faits jadis aux prétendus sorcières et sorciers et nous réhabilitons toutes les victimes. Nous savons qu’en agissant ainsi nous sommes dans le vrai, au sens le plus solide de ce mot, qui pour nous est scientifique: aux yeux de la science, la sorcellerie n’existe pas. Son inexistence a un caractère scientifique. »

Je me suis fait ma propre idée sur cet extrait, mais n’étant pas familier de Popper et d’autres auteurs d’épistémologie, je voulais inviter un vrai scientifique à le commenter. Peut-on qualifier l’inexistence de la sorcellerie de « scientifique » comme le fait Girard? L’exemple est-il valide?

7. Le mercredi 9 septembre 2009 à 11:20, par Enro

@Déréglé : Merci de venir poser cette question ici, ce n’est pas grave si tout n’est pas bien rangé dans des cases ! En ce qui concerne la réfutabilité des théories scientifiques, ce qui est indispensable dans une approche poppérienne de la science ne l’est pas dans toutes — et on ne peut à mon avis envoyer paître les théories de Girard sur ce seul motif. D’ailleurs, on comprend souvent Popper de travers : il ne dit pas que les théories scientifiques doit être réfutables mais qu’on ne connaît que ce qui est faux, et que la science progresse en éliminant le faux et en serrant de plus en plus près le vrai.

Je ne suis pas convaincu non plus par l’exemple que Girard donne pour se justifier. Si l’inexistence de la sorcellerie est « vraie » mais ni vérifiable ni falsifiable au sens de Popper, c’est bien qu’elle n’est pas scientifique au sens de Popper (puisque sinon elle serait soit fausse soit non-fausse). En fait, elle repose sur l’idée quasi-viscérale selon laquelle nature et culture sont séparées, qui caractérise nos sociétés dites modernes. Girard en fait une idée « scientifique » parce que ça arrange sa démonstration mais il me semble qu’on est au-delà de la science, dans une stratégie de civilisation qui a par exemple été décrite et discutée par Bruno Latour dans Nous n’avons jamais été modernes

Cela dit, au vu de l’ensemble de la théorie de Girard, je pense qu’elle pourrait être découpée en segments potentiellement falsifiables, même si je n’ai pas d’idées bien précises sur la méthodologie qu’il faudrait suivre (je ne suis ni psychologue, ni anthropologue de terrain, ni archéologue, ni paléontologue, toutes des disciplines qu’il faudrait mettre à contribution).

C’est drôle, j’ai eu pas mal de discussions tournant autour de Popper et de l’épistémologie ces deux dernières semaines. Les commentaires sont ouverts pour les intéressés.

Définition de la religion selon Émile Durkheim

août 18, 2009

« Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent. » – Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912.

Ça vaut ce que ça vaut, mais Durkheim reste pour beaucoup le père fondateur de la sociologie, voire de l’anthropologie, et sa définition de la religion demeure une référence.

Lost in translation

juillet 17, 2009

« …des missionnaires avaient essayé de traduire le mot « agneau » dans l’idiome des esquimaux, comme dans « paissez mes agneaux ». On peut, bien sûr, rendre cette phrase en se référant à quelque animal familier des Esquimaux, en disant par exemple, « paissez mes phoques », mais on remplace ainsi ce qu’était un agneau pour un berger hébreu par ce qu’est un phoque pour un Esquimau. »

– Evans-Pritchard, La religion des primitifs à travers les théories des anthropologues.

[mauvaise foi]On disait quoi déjà sur l’universalité de la révélation chrétienne?[/mauvaise foi]

PS: ce billet inaugure une nouvelle catégorie dans le volet historique: les brèves de doc. En gros, quand je lis une phrase que j’ai envi de partager sans faire un gros billet documenté, je la mets ici.

Citation et auteur du jour

juillet 2, 2009

« J’ai toujours l’impression que le livre que je suis en train de lire va bouleverser mon existence entière. » – René Girard.

Il n’y a pas beaucoup de citations auxquelles je m’identifie, mais celle-ci en est une.*

J’ai acheté mardi Les origines de la culture, d’où est issue cette citation. Le livre est présenté comme étant de René Girard, mais c’est en réalité plus compliqué que ça. Il s’agit en fait d’entretiens qu’il a accordé à deux autres intellectuels et qui visent à la fois à établir sa biographie, à exposer sa théorie maîtresse sur le « désir mimétique », à en clarifier certains éléments et à répondre aux critiques. J’en suis au chapitre deux et je trouve la lecture accessible et intéressante, probablement la meilleure introduction que je pouvais espérer aux idées de Girard, lesquelles ne manquent pas d’être fascinantes. Je suis tenté de me précipiter dans les librairies pour faire une razzia de ses principaux livres.

Pour les amateurs de Daniel Pennac, René Girard est l’auteur de Le Bouc émissaire, que Pennac citait en entrée de Au bonheur des ogres, le premier de la série des Malaussènes.

*phrase ajoutée tardivement au billet.