Posts Tagged ‘cinéma’

Le « Bechdel test »: y a-t-il une schtroumpfette dans ma fiction?

mars 25, 2012

J’ai découvert le Bechdel test par l’intermédiaire de l’excellent blogue Feminist Frequency, que j’ai découvert par l’intermédiaire de sa chaîne youtube, que j’ai découvert grâce à Gabriel, de Je devrais écrire. Feminist Frequency est le blogue d’une féministe et geekette qui se défini comme en « dialogue avec la pop-culture ». Elle est brillante et articulée. Je suis fan.

Le Bechdel test, donc, est une version plus évoluée du test de la schtroumpfette. Commençons donc par parler de la schtroumpfette. Que la bd des schtroumpfs soit sexiste est une chose connue. L’apparition de la schtroumpfette dans le troisième album l’était doublement: d’abord, parce qu’elle dépeignait la femme comme celle qui amène le trouble parmi les hommes, et qu’on lui « pardonne » à la fin parce qu’elle est devenue jolie, blonde et stéréotypée. Mais surtout, parce qu’il n’y a qu’une schtroumpfette. Avant son apparition, on aurait pu faire une lecture asexuée des schtroumpfs, créatures bleues sans traits sexués (sauf peut-être le schtroumpf coquet…), qui se caractérisent chacun par un trait de personnalité à lui. Après son apparition, les autres deviennent masculins par défaut, mais ayant toujours chacun sa personnalité à lui… sauf elle, dont la caractéristique essentielle est d’être une femme. La timide tentative de réhabilitation tentée par le fils Peyo en écrivant « La Grande Schtoumpfette » est loin de régler le problème, car elle endosse la même logique. Dans le vidéo correspondant, la demoiselle de Feminist Frequency propose (avec l’ironie appropriée) un simple test aux scénaristes pour éviter de tomber dans ce travers: « Le scénario a-t-il plus d’un personnage féminin? » Oui, ça passe le test. Non, ça ne passe pas le test.

Mais on est dans le très sommaire, là. Le test Bechdel est un peu l’étape suivante, un peu plus élaborée. Je vous laisse écouter les dix minutes et demi de vidéo avant de poursuivre.

Donc, cette fois, trois critères:

1. Plus d’un personnage féminin (préférablement, des personnages avec des noms)

2. Il doit y avoir au moins une discussion de plus de 60 secondes entre deux personnages féminins

3. Cette conversation doit porter sur autre chose qu’un homme.

Le test en question a ses limites reconnues (et on s’interrogera un peu plus loin sur les autres limites): il ne s’agit pas de déterminer si le film est féministe ou non et il ne s’agit pas non plus de déterminer si le film est bon ou non. L’objectif est de donner une idée de la représentation (en proportion) des femmes dans les personnages de fiction (ici, appliqué au cinéma, mais cela peut s’étendre à tout autre média). Il sert à déterminer si le film est male-centered, terme que nous traduirons par « masculinocentré ». Il n’a pas non plus pour fonction d’évaluer chaque film isolément de l’ensemble, et ne prend son sens que lorsque chaque film testé est situé à l’intérieur d’un échantillon conséquent. Qu’un film isolé soit masculinocentré ne veut en effet rien dire en soit, mais cela devient problématique quand la quasi-totalité des films produits le sont. Tout cela est bien expliqué dans le vidéo.

Mais parce que je ne peux pas m’en empêcher, voyons quelques autres limites du test. Mais commençons par discuter du test inverse. Anita Sarkeesian, la fille de Feminist Frequency, dit qu’il n’existe pas, car il est inutile. Je suis en désaccord avec l’une et l’autre de ces deux affirmations. Le simple fait que le test Bechdel existe implique que son revers existe également, il suffit de remplacer « féminin » par « masculin » et « homme » par « femme », et le tour est joué. Pas besoin, donc, de se justifier de son inexistence (je sais qu’elle le sait, mais je sais aussi que vous savez que je suis pinailleur). Mais est-il utile? Voilà la question. Le test Bechdel existe afin de mettre en lumière la sous-représentation des femmes dans la fiction; selon elle, comme il n’y a clairement aucun problème semblable pour les hommes, le test symétrique au Bechdel, que nous appellerons ici le Ledhceb, est inutile. Je suis d’accord avec le fait qu’il n’y a aucun problème de représentation masculine dans les fictions. En revanche, je pense que le test Ledhceb est néanmoins pertinent dans la mesure où il permet une évaluation plus précise de chaque film et de pallier ainsi aux insuffisances du Bechdel. Mettons ces quelques insuffisances en évidence par quelques scénarios imaginaires:

1. Un film où il n’y aurait que deux personnages, un masculin et un féminin, ne passerait pas le Bechdel. Mais il ne passerait pas non plus le Ledhceb.

2. Un huis-clos dans lequel il y a au moins un personnage masculin pour deux personnages féminins ou plus ne passerait pas non plus le Bechdel (parce qu’il y aurait toujours un homme impliqué dans les interactions, c’est dans la nature des huis-clos). Mais ne passerait pas non plus le Ledhceb.

Ces deux situations permettent une appréciation de ce que font respectivement le Bechdel et le Ledhceb. Le Bechdel permet de déterminer si un film est masculinocentré ou non. Si le film évalué échoue le test, alors il est masculinocentré. Mais s’il le réussi, cela ne nous permet pas d’affirmer si le film est neutre ou féminocentré. Le Ledhceb fait, bien sûr, l’inverse. Ce qui permet d’affirmer qu’un film est neutre lorsqu’il réussit les deux tests.

Ce qui, en fait, ne règle pas tout. Voyons ces trois scénarios:

1. Un film où il y a un personnage masculin et deux personnages féminins, ces deux derniers n’ayant aucune interaction commune. Il échouera aux deux tests, et pour cause: on peut affirmer qu’il est masculinocentré dans la mesure où le personnage masculin est au centre des interactions, mais les femmes y sont davantage représentées que les hommes.

2. Un film où il y a un personnage féminin et deux personnages masculins, ces deux derniers n’ayant aucune interaction commune. Il s’agit du cas symétrique au précédent: il est féminocentré, mais les hommes y sont davantage représentés que les femmes.

3. Un film où il y a deux personnages féminins et deux personnages masculins, mais où il n’y a aucune interaction entre deux personnages de même sexe. Ce film est rigoureusement neutre, et échoue les deux tests.

Je me rappelle d’un film français – par ailleurs plutôt ennuyant, et dont j’ai oublié le titre – qui se livrait à un exercice de style qui livrait une configuration semblable à la situation 3: chaque scène était centrée sur un couple (tous mixtes, pas forcément des « couples », ça pouvait être deux amis, mais c’était toujours un homme et une femme), l’un des protagonistes ayant apparu dans la scène précédente, et l’autre devant apparaître dans la suivante, le tout formant une grande boucle.

Cela dit, la plupart des situations que j’ai imaginé pour mettre le test Bechdel en défaut sont des situations rares au cinéma. Aucun des films évalués dans le précédent vidéo ne semblent présenter des configurations semblables. Le Bechdel n’ayant pas pour objectif une description chirurgicale de chacune des pièces évalués, ses failles ne lui font pas perdre sa pertinence, et le problème qu’il met en valeur n’est pas moins réel. En fait, je pense que l’emploie du Ledhceb en contrepoint au Bechdel tend à renforcer l’impression générale du déséquilibre de représentation homme-femme dans la fiction, et notamment au cinéma.

En plus des problèmes que cela peut engendrer en matière d’identification pour nos jeunes filles, ça veut aussi dire, de manière très concrètes, que les actrices ont raison de se plaindre du manque de rôles féminins au cinéma.

Publicités

Les univers poupées russes

août 8, 2010

On pourrait en faire une étude fort détaillée aussi bien en littérature qu’en cinéma: la science-fiction a le béguin, depuis un certain temps, pour le thème des univers factices. Qu’il s’agisse de manipulation de la matière par des hommes-dieux (Dark City), d’univers virtuels (Existenz, The Matrix), de la folie (je n’ai pas d’exemple cinéma en tête –Perfect Blue?-, mais à la télé je pense à un épisode de Buffy, et à un autre de Au-delà du Réel), de la téléréalité (The Truman Show) ou de rêves, les univers factices fascinent par leur caractère incertain.

On pourrait s’interroger sur l’émergence de ce thème dans notre imaginaire. Le rapporter à l’évolution de notre philosophie, dans un vaste cheminement faisant appel à Descartes (le doute méthodique), Nietzsche (la mort de Dieu), les existentialistes (l’absurdité du monde) et les post-modernes (et leur relativisme envahissant).

Ou on peut se contenter de profiter des oeuvres produites en se cassant la tête pour la durée de la projection, et revenir les pieds sur terre à la sortie du cinéma (changez les mots pour correspondre au besoin avec la lecture ou quelque autre média).

Après cette entrée en matière, selon l’air du moment, le lecteur se doute bien que je parle ici de Inception (Origen en espagnol), que je suis allé voir cette semaine. J’avais quelques appréhensions concernant la difficulté à le comprendre en raison de la langue et de la complexité du scénario dont tout le monde parle. Mais ça a été. La complexité n’est pas tant dans les dialogues que dans l’articulation des scènes et des niveaux de réalités entre eux. J’ai presque tout compris, n’ait manqué ici ou là qu’un ou deux détails technique sur la technologie utilisée ou les concepts de fonctionnement, rien d’essentiel. Quant à la complexité du scénario elle-même, sur laquelle insistent tous les commentateurs, elle est bien réelle, mais n’exagérons rien: d’une part, le réalisateur est assez méthodique pour ne pas perdre son public, d’autre part, il n’y a rien là pour dérouter vraiment les amateurs du genre.

Ici, les univers factices sont rêvés, grâce à une technologie qui existe dans une époque indéterminé (la nôtre ou un futur rapprochée). L’existence de cette technologie semble être connue de tous les puissants de ce monde, mais pas du commun. Cet aspect est peut-être un facilité scénaristique, qui permet entres autres d’introduire le personnage d’une novice: le spectateur bénéficiera des explications qu’on lui prodigue.

Pour avoir le droit de rentrer chez lui (où il est recherché par la justice), une sorte de mercenaire du rêve doit s’introduire dans la tête d’un riche héritier pour y implanter une idée. L’entreprise s’avère particulièrement compliquée, et il faut recourir à une technique élaborée où les personnages rêvent à l’intérieur des rêves.

Bien sûr, on n’évite pas le cliché du genre autour du questionnement à savoir si on est ou pas dans un univers « réel », mais c’est ici moins lourd qu’à l’habitude. D’entrée de jeu, on fournit un moyen d’identifier l’univers réel, et un univers de référence. Un moyen dont on voit tout de suite les limites, d’ailleurs, et à cet égard la fin ne procure aucune surprise (elle a fait rire dans la salle – un rire entendu).

Mais le moyen utilisé pour créer les univers factices procure au film un aspect le plus intéressant: les rêves sont bien sûrs liés à l’inconscient et la psychologie profonde des personnages qui y évoluent. Il est aussi influencé par l’environnement du rêveur. Ce dernier aspect influence beaucoup les scènes d’action.

Ces dernières, et les effets visuels en général, sont d’ailleurs superbes.

Dans l’ensemble, un film fort plaisant dont je recommande le visionnement.

J’irais bien le revoir, d’ailleurs, pour les petits bouts où j’en ai manqués…

Zoot Suit Riot

avril 3, 2010

Les États-Unis, quel pays fascinant.

Alors aujourd’hui au menu: swing, latino-américains made in USA, émeutes raciste, Big Bang Theory, culture populaire, cinéma, vidéos.

On commence par le swing.

Dans un petit documentaire de cinq minutes qui a récemment circulé sur le facebook de la communauté swing montréalaise, Charmin’ Dee raconte « à l’époque [vers 1920-1940], le swing était la danse par excellence de la contestation, autant par les Noirs dans un premier temps, et ensuite par les Blancs aussi, qui se sentaient marginalisés par la société, évidemment hiérarchisée par l’argent, par le travail ou l’absence de travail. »

Les mouvements de contestations rattachés à la culture populaire américaine, notamment le swing, ont fleuri à la même époque en Europe. Ils furent nommés swingjugen (swing kids) en Allemagne, Zazous en France. Ils avaient leur costume distinctif, parapluie, cheveux longs, chemise à carreau.

Pendant qu’en Europe cette jeunesse frondeuse affligeait les vieux fachos, aux États-Unis un autre costume distinctif de groupes contestataires faisait son apparition: le zoot-suit. Zoom sur ce mouvement contestataire un peu moins connu.

Le déclencheur

Mon attention a d’abord été attirée sur ce point par… un épisode de The Big Bang Theory, dans lequel Raj essaie de convaincre Sheldon de sortir pour faire la fête (Sheldon, intellectuel particulièrement asociable, n’a pas exactement la même conception que le tout-venant de ce que signifie « passer une bonne soirée »). L’une des propositions qu’il lui fait, c’est une soirée rétro intitulée « Zoot Suit » – ce à quoi le non-empathique-et-déconnecté-de-la-réalité-mais-très-cultivé Sheldon répond qu’il n’est pas intéressé à aller à une soirée commémorant des émeutes racistes.  En réalisant, deux ou trois semaines après avoir écouté cet épisode, que j’étais encore intrigué par ce détail, je me suis décidé à interroger mon ami wikipédia. Bien sûr, l’expression Zoot Suit Riot ne m’était pas inconnue, loin de là: je me suis assez souvent épuisé sur le rythme endiablé de la toune des Cherry Poppin’ Daddies pour que ça me sonne une cloche. Mais ce à quoi référait exactement ladite toune, je l’ignorais encore.

Sachant qu’il s’agissait d’une insulte à caractère racial, je m’attendait à des affrontements Blancs-Noirs. La surprise fut de constater que s’il y eu bien en 1943 une série d’émeutes à caractère racial qu’on appelle des « Zoot Suit Riot », dont la plus importante eut lieu à Los Angeles , c’est la minorité mexicaine qui fut au centre de l’événement.

Retour sur la présence latino-américaine dans le sud des États-Unis

L’actualité met l’accent sur l’immigration latino-américaine (en particulier l’immigration illégale, sensationnalisme oblige) dès lors qu’on parle des hispano-américains des États-Unis; d’une immigration qu’on imagine trop comme récente. C’est oublier que le Rio Grande, comme la quasi-totalité des frontières dites « naturelles » n’a jamais été une véritable frontière, sinon juridique (donc artificielle et arbitraire). Les Espagnols ne s’y sont pas arrêtés lorsqu’ils ont colonisé l’Amérique, non plus que les Mexicains lorsqu’ils poursuivirent l’œuvre des Espagnols. Le Mexique tel qu’il se forma à ses débuts englobait une bonne partie du sud des États-Unis, tel que le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie. L’expansion mexicaine s’est cependant heurtée à une autre expansion, étasunienne celle-ci. Les Mexicains avaient l’avantage d’être les premiers à occuper le terrain (amérindiens exceptés, bien sûr) et de se métisser davantage; pauvres avantages face à des Étatsuniens supérieurs à peu près sur tous les autres plans.

Lorsque le gouvernement mexicain jeta l’éponge et concéda aux États-Unis les territoires au nord du Rio Grande, ce ne fut pas pour autant la fin des populations mexicaines (donc hispanophones) qui y vivaient, qui y demeurèrent (enjeu majeur des négociations de paix américano-mexicaines au traité de Guadalupe-Hidalgo, 1848) et devinrent en grande partie des citoyens américains (dans le cas d’une partie de la population, les origines métisses les firent considérer comme amérindiens, dont le statut était différent), non sans subir souvent une ségrégation de facto. Le facteur linguistique jouait en faveur des colons anglophones (contre des Mexicains ne parlant pas anglais et donc souvent ignorants de leurs droits) en même temps que la politique promouvait l’assimilation linguistique (fermeture de nombreuses écoles hispanophones). Au cours des années, l’immigration venue du Mexique continua à nourrir la minorité hispanique des États-Unis (j’ignore à quel point les premières communautés mexicaines s’assimilèrent ou se maintinrent à l’intérieur du groupe hispanophone (ma très rapide recherche ne m’a pas permit de trouver des études sur le sujet).

Vers les années 1920 à 1940 apparaît la figure du pachuco, jeune mexicano-américain urbain et contestataire, dont le costume distinctif est le Zoot Suit.

Le Zoot-Suit

Apparemment, le Zoot-Suit fait son apparition d’abord chez les jeunes Noirs urbains. Par exemple, Malcolm X était très content d’en porter un dans sa jeunesse (voyez le film de Spike Lee). L’origine du mot « zoot » n’est pas très claire. Elle viendrait du jargon de la Nouvelle-Orléans et serait une déformation de « cute » (zoot suit serait donc un « joli costume », ce qui paraît logique). Mais à l’époque, le New Yorker disait qu’il s’agissait d’une déformation de « suit », faisait de « zoot suit » une répétition. Le costume aurait possiblement été popularisé par Duke Ellington, qui dans « Jump for Joy » critiquait le racisme, un discours auquel se seraient identifiés non seulement les Noirs, mais aussi les Mexicains et les Philippins. Mais surtout, ce costume accompagne le jazz, le swing, le jitterburg.

Ce qui est certain, c’est que ce costume avait quelque chose de choquant pour l’époque, et fut très critiqué, de multiples manières. Un psychiatre aurait déclaré que ce costume était « une manifestation psychologique d’une sexualité chaotique » (!!), alors que beaucoup d’autres disaient que c’était un costume beaucoup trop ample pour une période de guerre, alors que le pays était sujet au rationnement.  En 1942, la ville de Los Angeles s’efforce d’en faire interdire le port.

Les émeutes

C’est en 1943 qu’on lieu les « zoot suit riots ». Présentés par la presse de l’époque comme une manifestation de gangs criminels mexicains, dont le costume distinctif était le zoot suit, on s’accorde aujourd’hui à dire qu’il s’agissait plutôt d’un ensemble d’agressions commises par des soldats et des marins à l’encontre de jeunes pachucos pour leur retirer leurs habits, n’épargnant pas les zoot-suiters noir. Il semblerait en revanche que les zoot-suiters blancs furent pour leur part épargnés (c’est ce que dis Douglas Daniels). Les émeutes ont fait 112 blessés graves parmi les Mexicains, une vingtaines parmi les non-mexicains. Dans la foulée, beaucoup de Mexicains ont été arrêtés par les services de police.

Les agressions se sont surtout concentrées à Los Angeles, mais se sont reproduits un peu partout sur le continent, aussi loin que Toronto.  En réaction aux émeutes, les autorités militaires ont fini par interdire l’accès à Los Angeles aux soldats pendant un certain temps.

Après les émeutes, les pachucos traînent (traînaient déjà, apparemment, mais encore plus après les émeutes) une image de jeunes gangsters. Cette figure marque le genre musical, qui en fait un jeune gangster rebelle, séduisant et bon-vivant.

Vous avez eu un aperçu d’un de ses derniers avatars dans la toune de Royal Crown Revue, « Hey Pachuco! », dont voici les paroles se référant justement à 1943 (je vous invite aussi à lire, si vous avez le temps, celles de Zoot Suit Riot), et qui est connu pour la scène swing de The Mask (admirez le beau Zoot Suit du personnage principal).

Bon, j’ai passé à travers tout le menu? swing, latino-américains made in USA, émeutes raciste, Big Bang Theory, culture populaire, cinéma, vidéos? Oui, c’est bon. Alors il ne me reste plus qu’à citer les sources, parce que j’ai quand même procrastiné une bonne grosse journée sur ce billet.

Souces, donc:

Je me suis basé principalement sur le compte-rendu de lecture fait par J Hd en 1999, dans la revue Populations, du livre de Ada Savin, Les Chicanos aux États-Unis: étrangers dans leurs propre pays? (trouvé sur le portail Persée)

Puis sur l’article de Douglas Henry Daniels, « Los Angeles Zoot: Race « Riot », the Pachuco, and Black Music Culture », The Journal of African American History, vol. 87, hiver 2002, pp.98-118. Le même article a été publié en 1997 dans The Journal of Negro History. Je l’ai trouvé sur JSTOR.

Trouvé sur JSTOR aussi, « The Los Angeles « Zoot Suit Riots » revisited: Mexican and Latin American Perspectives », par Richard Griswold del Castillo, Mexican Studies, vol.16 no.2, été 2000, pp.367-391; que j’ai parcouru très rapidement.

Et puis j’ai comblé les trous grâce à quelques articles wikipédia en m’assurant qu’ils étaient bien documentés (en anglais).

Pachuco et Zoot Suit Riots, plus l’article référencé plus haut sur le traité de Guadalupe-Hidalgo.

Récompenser la faiblesse

janvier 12, 2010

Je n’ai pas grand-chose à dire sur Avatar, tout a déjà été dit: Effets visuels extraordinaires, scénario sans grand intérêt (au mieux ordinaire). Quant à commenter l’idéologie du film, comme ça semble être la mode… bof; rien de nouveau sous le soleil, sauf que depuis quelques années les religieux et les conservateurs s’excitent plus qu’avant sur le contenu des films à succès. Un regret: j’aurais cru que les Na’Vis amoureux mêleraient leurs tresses (des espèces d’organes-à-communier) plutôt que de s’embrasser (ou en plus de s’embrasser). M’enfin. Quelqu’un a dû y penser, mais je suppose que quelques pudibonds américains y ont vu un symbole obscène.

Je suis quand même épaté qu’on songe à récompenser ce film pour son principal point faible: le scénario. Le syndicat des scénaristes américains a-t-il perdu la tête? Comment peut-on mettre en nomination pour un prix un scénario qui est essentiellement une enfilade de clichés, téléphoné du début à la fin, et comportant des invraisemblances majeures (par exemple: une pilote qui refuse d’ouvrir le feu sur l’ennemi pendant la bataille devrait normalement passer en court martiale, ou au moins être mise aux arrêts; alors, qu’elle ait accès aux prisonniers…), pourrait-il être récompensé? Y a-t-il si peu de choix? On peut récompenser Avatar de nombreux prix: les effets spéciaux et effets visuels, bien sûrs, la réalisation, le montage, ce genre de trucs. À la rigueur, le meilleur film, si on juge que le scénario est un critère d’importance faible ou moyenne. Mais PAS le meilleur scénario. Quand même!

District 9

janvier 7, 2010

Mon premier film de l’année a été District 9. Les attentes, sans êtres exagérées, étaient assez élevées, puisqu’on m’en avait dit beaucoup de bien, beaucoup de critiques le décrivant par ailleurs comme le film de science-fiction le plus original depuis longtemps (sans jamais préciser jusqu’où allait ce « longtemps »). Ça ne mets pas forcément la barre très haute, tant il est vrai qu’en matière de science-fiction, le cinéma est souvent quelques décennies en retard sur la littérature, quand il ne se contente pas d’un « verni » de science-fiction pour appliquer les recettes hollywoodiennes de films bourrins. Mais quand même… j’avais des attentes, ce qui n’est généralement pas conseillé lorsqu’on voit un film la première fois, comme on sait.

Et, surprise! je n’ai pas été déçu. La facture visuelle est travaillée, le rythme est excellent, la réalisation inventive, le mélange des genres est réussi. Le scénario est souvent prévisible, mais atténue ce défaut par le fait qu’il ne prétend pas être une histoire à chute. Le critique de Solaris a regretté qu’un cliché se glisse au coeur du scénario, mais personnellement ça ne m’a pas gêné. Les amateurs de science-fiction « scientifique », de celles qui expliquent les phénomènes scientifiques et fait de la vulgarisation par la bande, par contre, seront déçus: District 9 évite soigneusement ces parages périlleux de la science-fiction (il est si facile de faire des erreurs) en n’expliquant rien au niveau scientifique. On se situe dans une science-fiction résolument « sociale », puisque tous les enjeux évoquent ceux des camps de réfugiés.

J’évoquais le mélange de genre: on a ici un petit morceau de film imitant le reportage-documentaire (qui va aussi bien de blairwitch project à To die for), du film de bidonville violent (on pense à l’excellent Cidade de Deus), au film de robots-combattants à la japonaise (pas d’exemple immédiat en tête qui ne soit pas des dessins animés), les films d’humains transformés (La Mouche), et même un tantinet de ET téléphone maison. On y voit aussi le thème du raciste forcé, pour des raisons de survie, de se cacher parmi ceux qu’il méprise et donc de transformer son regard sur eux (oserai-je évoqué un film qui aborde ce thème pas du tout dans le même registre? … bah, je l’ai déjà fait avec E.T. après tout… Rabbi Jacob!!!). Avec pareil mélange, ç’aurait pu donner une mélasse infâme, mais la sauce prend bien, et, pourvu qu’on apprécie le ton ultra-cynique et sans complaisance adopté, on passe un bon moment.

Je vous invite à jeter un coup d’oeil au court-métrage qui l’a inspiré et à cette note de Boulet.

Traduttore, traditore

décembre 23, 2009

Dans le film « La belle et le vétéran », que je viens de regarder, l’un des personnages, lanceur de baseball, est surnommé… Nucleus. Enfin, non: en version originale, le surnom du personnage est Nuke. Notez bien que nucleus, non seulement ce n’est pas la traduction littérale de nuke, mais en plus c’est un surnom qui n’a aucun punch…

Cette réflexion faite, ça me fait penser à une remarque ironique que m’avait servit un Français, je ne sais plus lequel, au détour de je ne sais plus quelle conversation: les traducteurs québécois font trop de mot-à-mot, alors qu’en traduction il faut (sous-entendu c’est ce que font les traducteurs français) s’efforcer de traduire l’esprit du propos original. Remarquez, il n’avait pas complètement tort: les traducteurs québécois font beaucoup de mot-à-mot (trop? moins sûr, je laisse à d’autres le soin d’en juger, tout en pensant que le verdict dépend probablement de l’école de pensée à laquelle ces autres appartiendront). Et son argument se tient: s’interroger sur l’esprit du mot ou de l’expression, traduire par un équivalent, ça peut être une bonne idée. Ce qui m’ennuie des traducteurs français, c’est que bien souvent, ils ne traduisent ni le mot-à-mot, ni l’esprit de la version originale. Traduire Nuke par Nucleus, je me demande ce qui est passé par la tête du traducteur.

Mais si ce n’est ni la traduction directe du mot, ni la traduction de son esprit, que traduisent-ils au juste? Dans le meilleurs des cas, des délires à eux pas trop loin de la version originale. Dans le pire, ils s’efforcent de masquer ce qui les choquent dans la version originale. C’est pas moi qui le dit, c’est Marc Zaffran, qui a étudié la chose et en a parlé à La Presse il y a quelques temps.

Les séries américaines diffusées sur nos chaînes francophones étant, à de rares exceptions près, doublées en France, nous consommons ces versions que Martin Winckler juge «?censurées de manière insidieuse?» et paternaliste.Par exemple?: Dans House M.D.?: House s’occupe d’un patient qui souffre de douleurs abdominales car il a un colon irritable. Pour y remédier, ce Sherlock Holmes de la médecine prescrit à son patient de fumer deux cigarettes par jour?: la nicotine va faciliter le transit intestinal. En français, le bon docteur prescrit… deux bols de riz.

(Aucune idée d’où sortent tous ces points d’interrogation dans le texte, ça doit être un bug de cyberpresse. Trop fatigué pour le corriger pour le moment).

Et ça, ça me déprime un peu. On parlait de rectitude politique dans le billet précédent. Je suis prêt à dire qu’il peut y avoir des avantages à l’occasion, mais pour ce coup-là, je vais passer mon tour.

L’humaine condition

novembre 17, 2009

J’ai retrouvé un lien récemment, totalement par hasard. Et il se trouve que j’en avais parlé récemment sur la Kaverne. Après Scrat l’écureuil préhistorique de Ice Age et le Coyote de Road Runner, bien que moins connus, les Nestor et Polux (les deux premiers albums sont en ligne) de la bande dessinée sont à placer au panthéon des personnages représentant la condition humaine. Ils se nourrissent exclusivement de yaourt, adorent la saveur à la framboise, mais doivent, ô malheur, prendre du yaourt au pruneau une fois sur deux. Les premières planches ne sont pas terribles, mais elles servent à mettre en place les runnings gags nécessaire à la suite. Amusez-vous bien.

Bien entendu, dans ce panthéon, il faut aussi faire une place à Charlot, cet homme à la recherche du bonheur, même si pour cela il doit… travailler! Il n’a pas pris une ride depuis sa création.

Science, religion, E-T

novembre 10, 2009

Non, ce billet ne parle pas des raëliens. Il parle plutôt du film Contact avec Jodie Foster, que j’ai pu écouter pour la première fois hier à canal Z. Je voulais l’écouter surtout par curiosité, une de mes correspondante ne jurant que par ce film. Mes attentes étaient moyennes. Je me souvenais qu’il avait déçu à sa sortie. Finalement, je lui donne une note positive. L’écouter en 2009 lui donne probablement une lecture différente que le faire à sa sortie en 1997, puisque son thème principal est désormais beaucoup plus d’actualité: les relations entre science et religion. Mais s’il avait été fait aujourd’hui, il y a fort à parier que le traitement aurait été moins nuancé. La petite analyse qui suit révèle l’intrigue (faut-il encore servir ce genre d’avertissements 11 ans après la sortie du film? bon, je ne prends pas de chances).

Contact est de ce type de science-fiction qui paraît ennuyants aux amateurs exclusifs de Space-Opera à la Star War parce que l’action est lente et sert surtout à aborder des thèmes philosophiques ou des enjeux de société. C’est un assez long film, presque trois heures, qui peut se diviser en trois partie et un interlude, chaque partie abordant un thème spécifique.

Dans la première partie, on découvre une jeune et brillante scientifique qui « sacrifie » une carrière prometteuse pour travailler sur le programme SETI, la recherche d’intelligences extra-terrestres. Elle rencontre une espèce de théologien engagé (mais laïc et sans voeu de célibat) qui critique la « déification » de la technologie. À ce stade, le sujet traité est surtout le problème de la recherche fondamentale, sans gratification immédiate ni promesse de progrès dans un horizon raisonnablement proche. Elle rencontre des difficultés de financement, des bureaucrates qui lui mettent des bâtons dans les roues, parfois même pour « l’aider » (en l’incitant à employer son potentiel à une carrière plus productive). Dans cette partie, donc, la scientifique désintéressée et le religieux altruiste se rejoignent sans grandes difficultés, unis dans une quête de vérité sans compromis.

La deuxième partie commence au moment où Jodie capte un signal venu de l’espace. La dynamique change, le rythme devient un peu plus nerveux. Il faut décoder le message, certes, mais aussi prendre des décisions sur ce qu’on va en faire. La nouvelle s’étant répandue trop vite pour être étouffée, le propos de cette partie est beaucoup plus sociologique. On parle un peu de la paranoïa sécuritaire, de la politisation des enjeux… mais surtout de la religion. L’annonce des chercheurs fait bondir les religieux, bouleversés dans leurs fragiles certitudes. Quand vient le moment de choisir un ambassadeur pour représenter la Terre auprès des extraterrestres en passant dans un genre de super module intestellaire, notre scientifique se fait recaler au moment où son ex-copain religieux (sur le comité de sélection) lui pose la question qui tue: croyez-vous en Dieu. Incapable d’esquiver la question, trop honnête pour dire oui, elle est éliminée de la sélection sous prétexte que pour représenter une planète où quelque 95% des habitants ont une forme ou une autre de croyance religieuse, on ne peut pas choisir une athée. Accessoirement, ça lui sauve la vie, puisque cette deuxième partie se termine sur l’attentat à la bombe d’un fanatique chrétien (aujourd’hui on aurait choisi un fanatique musulman) contre l’engin spatial. Ici, donc, opposition du scientifique et du religieux, sur la base du système de pensée, de la méthode, des certitudes.

Interlude: on apprend que les gouvernements, prévoyants, ont eut la bonne idée de se mettre un petit trilliard de côté pour construire une autre machine spatiale (au cas où, des fois…). Jodie, cette fois, est sélectionnée. Elle se réconcilie avec son copain religieux, puis embarque dans la machine. S’ensuit une grande suite de clichés: elle est catapultée à l’autre bout de l’univers à travers un tunnel qui ressemble à ceux de Stargate, rencontre un E-T qui a prit l’apparence de son père pour lui faciliter la vie, bavarde un peu avec Daddy-E-T, se fait dire (cliché puissance 10) « vous êtes une espèce intéressante: vos-rêves-y-sont-beaux-pis-vos-cauchemars-y-sont-pas-beau », puis est renvoyée chez elle. C’est relativement court et il n’y a pas vraiment de thème porteur, c’est pour ça que je dis que c’est un interlude. Tout l’intérêt est plutôt de préparer la suite.

Troisième partie: rentrée chez elle, elle apprend que son voyage n’a duré qu’une fraction de seconde, que sa caméra n’a enregistré que des parasites et que personne ne pense qu’elle soit réellement partie. Son récit est pris pour une hallucination. Son hypothèse d’une distorsion spatio-temporelle expliquant que 18 heures pour elle ait pu paraître une fraction de seconde pour les autres est balayée de la main et ridiculisée. Devant une commission d’enquête, elle se retrouve avec un récit sans argument et sans preuve, et se heurte à l’incrédulité des juges. Elle voit retournés contre elle tous les arguments qu’elle a avancé contre Dieu dans la deuxième partie (notamment le rasoir d’Ockham). Au pied du mur, elle reconnaît qu’ils n’ont aucune raison de la croire, mais refuse de se rétracter, arguant de la valeur que l’expérience a eu pour elle. Elle se retrouve, en pratique, dans la situation d’une personne qui prétend avoir eu une révélation divine de nos jours. Le comportement qu’elle adopte (reconnaître qu’il est normal qu’elle ne soit pas cru, mais persister dans sa position) est certainement la posture que le scénariste veut nous présenter comme exemplaire. À cette occasion, c’est évidemment pour elle le moment de se rapprocher de son amoureux religieux, qui, pas mesquin, se garde bien de lui sortir un truc du genre « je te l’avais dit » ou pis.

Cette partie se termine sur une subtile prise de position en faveurs de la science: une dame au gouvernement remarque que, bien que la caméra du voyage n’a enregistré que des parasites, elle a enregistré 18 heures de parasites… le scénariste a soigneusement relégué cet élément à la fin pour confronter son personnage, ignorante de la preuve, à la position des religieux, mais cet élément ramène la démarche scientifique à l’avant-plan. Accessoirement, il permet aussi de préparer la happy-end: La scientifique, en charge de gros budgets de recherches, prenant le temps de faire une visite guidée de ses installation à des enfants, leur enseignant les vertus du doute, un doute que de toute évidence elle vit sereinement.

Les bons films de danse

août 27, 2009

Après le billet que j’ai réservé à Love’N Dancing, je me suis demandé quels étaient les bons films de danse. Dans ce genre particulier, qui tendent à avoir tous le même scénario, parce que tout ce qu’on demande au scénario est de lier les scènes de danse entre elles, quels sont les films qui se distinguent?

Passons rapidement sur les classiques. Dirty Dancing est le stéréotype absolu des films de danse, avec la fille de bonne famille oisive qui s’éprend de son professeur de danse de basse extraction. On y échappe toutefois à quelques détails, notamment les compétitions de haut niveau et l’apprentissage à une vitesse extravagante. Flash Dance est l’autre grand stéréotype du genre, où la danse est à la fois passion et rêve, en opposition à un travail routinier et dur, et où elle sert à s’extraire d’une condition difficile, tout le scénario tendant vers l’audition finale.

Footloose propose un scénario plus original, mettant en scène une petite municipalité qui a interdit la danse et le Rock & Roll pour des raisons religieuses, et où Kevin Bacon entreprend de faire abolir le règlement en question. Mais on est encore assez loin du grand film.

Shall we danse est d’abord un film japonais sans grandes prétentions, mais filmé et joué tout en sensibilité. La danse y est, pour deux des principaux protagonistes, le moyen (un peu honteux) de s’évader d’un travail routinier, dans une société hantée par la peur du ridicule. Mais les enjeux sont multiples, pour chacun des personnages. L’adaptation américaine fut plutôt une bonne surprise, ne dérogeant au scénario que lorsque c’était strictement nécessaire, notamment pour changer certains enjeux présentés dans la version japonaise qui n’étaient pas pertinents dans le contexte de la société américaine. Par exemple, là où un personnage s’interroge sur des questions de galanterie dans la version originale, son équivalent américain se questionne sur le surentraînement.

Swing Kids est définitivement un film de danse, mais il est définitivement plus que ça aussi. On dépeint la jeunesse allemande au temps du nazisme, entichée d’une musique et d’une danse afro-américaines, dont plusieurs des grands musiciens sont des juifs. Les Swing Kids sont persécutés par les autorités nazis, qui tentent de valoriser danse et musique traditionnelle de la société allemande.

Mon film de danse préféré demeure The Tango Lesson, de Sally Potter. Cette autofiction n’est toutefois pas bien éloignée des stéréotypes habituels des films de danse, mettant en scène la relation houleuse entre Sally et son professeur de tango, Pablo Veron. Il y a toutefois rupture dans la relation prof-élève puisque Sally, loin des stéréotypes habituels de jolies poupées, est une femme dotée d’une très forte personnalité, réalisatrice charismatique; quant à Pablo, il rêve de faire du cinéma. Des dialogues en trois langues (anglais, prédominant; français, occasionnel; espagnol) et une réalisation principalement en noir et blanc, avec un souci esthétique constant. Un jeu passionné, tout en retenu, une musique superbement utilisée. Et les scènes de danse! Trippantes.

Un peu de claquette vient mettre de la diversité au milieu du tango. La dernière scène de tango est une vrai pièce d’anthologie:

Quels sont les films de danse qui vous ont marqué?

L’art de l’adaptation

août 20, 2009

Neil Gaiman est un auteur atypique de bien des manières. Quand un scénariste est venu le voir avec le script de l’adaptation de Coraline, il lui aurait répondu: « Tu es trop proche de l’histoire du livre. Réécris-le en prenant plus de libertés. » Nous sommes à des milliers d’années-lumières de l’attitude typique du romancier qui, à sa place, aurait poussé un soupir de soulagement en voyant qu’on n’avait pas dénaturé son oeuvre. Gaiman, lui, préfère que l’adaptation soit franche, et que l’auteur du film s’approprie son oeuvre.

Le résultat ne va pas lui donner tort. Coraline est très proche du roman, mais s’en distingue assez bien pour gagner en fluidité et mettre en valeur son imagination. Après tout, pour un roman aussi imaginatif, aurait-il été approprié de faire un film qui y colle sans imagination? Aussi voit-on apparaître, en particulier, un personnage, Whyborn, qui n’existait pas dans le roman, et qui donne à Coraline un interlocuteur de son âge.

Parlant d’âge, celui de Coraline est davantage mis en valeur ici que dans le livre. Dans ce dernier, on pouvait presque faire abstraction de l’âge du personnage principal. Dans le film, l’animateur met un soin particulier à donner à son personnage une gestuelle de gamine, très à propos. Autre différence dans l’ambiance, le film met davantage l’accent sur le merveilleux, en particulier dans la première moitié du film, alors que le livre était un peu plus sombre, plus sinistre et grinçant. C’est un peu, en somme, l’autre côté de la médaille de cette histoire.

L’animation, quant à elle, est superbe. Ajoutez-y une histoire qui en vaut la peine, et vous avez un divertissement plus qu’honorable. Cette adaptation passe parfaitement l’examen, mieux que tant de profanations de l’oeuvre originale que nous a servi Hollywood, bien sûr, mais bien mieux aussi que tous ces films trop respectueux de ladite oeuvre originale.