Posts Tagged ‘conte’

Les contes dans tous leurs états (2): Règlement de Contes

août 5, 2009

Après le billet sur Garulfo, voici une autre BD, beaucoup moins connue, qui fait de la relecture de contes, cette fois sous l’angle western. Là où Garulfo s’éclate dans une multitudes de références aux contes connues en gardant une trame qui rappelle n’importe quel conte, mais aucun en particulier, dans Règlement de Contes les contes sont bien identifiée, et leur trame est conservée… seulement énormément complexifiée. De quels contes parle-t-on? Il y en a quatre, mais il s’agit principalement du Petit Chaperon rouge et des Trois petits cochons. Exit donc les princesses, on passe au grand méchant loup.

Il s’agit de l’une des meilleures séries que j’ai lu au courant des cinq dernières années. La plume du scénariste est alerte (on en parle plus loin), la relecture des contes est brillante et les dessins sont excellents. Chose qui ne gâche rien, la série est arrivée à son terme, donc pas de longue attente pour le tome suivant et pas d’angoisse sur la possibilité que ce dernier ne sorte jamais.

La structure de la série est de 2+2. Deux histoires de deux tomes, liées entre elles mais qui peuvent se lire dans le désordre. Les deux premiers  tomes racontent plutôt une histoire de chaperon rouge. Quelque part dans le Far West, Pigstown est dirigée par trois frères, trois véritables cochons: un maire ambitieux, autoritaire et cruel, un shériff ivrogne et une petite tête brûlée à la gachette trop facile. Dans la région, rôdent trois loups en chasse, menaçant la population. Voilà la situation quand une jolie fille vêtue de rouge arrive en ville pour rendre visite à sa grand-mère. Elle s’y fait courtiser par un chasseur, un homme qui a déjà tué sa part de loups.

Si le scénario suit, dans les grandes lignes, et avec l’ajout des trois cochons, la trame du petit chaperon rouge, c’est pour mieux en brouiller les repères moraux. De fait, sur ce plan, on est plus près du western à la Sergio Leone, où même les héros ont leur part d’ombre, que du conte moralisateur. Entrent d’ailleurs en jeu certains enjeux typiques des westerns, comme le tracé des chemins de fer.

La deuxième histoire nous fait remonter le fil du temps. Exit le petit chaperon rouge, on se plonge à l’époque où les trois cochons étaient encore petits. Venus du nouveau monde pour chercher la liberté dans un Far West où ils ne seraient plus considérés par les humains comme des repas sur pattes, un groupe de cochons suivent leur pasteur pour fonder Pigstown, LEUR ville. Parmi eux, trois frères. Mais la venue des cochons va déranger les premiers occupants du territoire, les loups. Quelques-uns dans les deux camps chercheront bien un terrain d’entente, mais peuvent-ils lutter contre l’escalade de la violence? On l’aura compris, la relecture du conte est ici doublée d’une autre relecture, celle de l’histoire américaine, replaçant les humains dans le rôle des Américains, les loups dans le rôle des Amérindiens et les cochons dans le rôle des Irlandais (bien qu’il y ait tout de même présence anecdotique d’humains irlandais et amérindiens). Cette distribution des rôles aide le scénariste dans le travail entrepris de brouiller les repères moraux standards, qu’on avait déjà vu dans les deux premiers tomes. Les significations respectives des maisons de paille, de bois et de pierre en sont particulièrement affectées. Par ailleurs, cette histoire jette un éclairage nouveau sur ceux des personnages qui se retrouvent, plus vieux, dans l’histoire du chaperon rouge. Ils y acquièrent une profondeur nouvelle. Et on constate que le petit chaperon rouge s’est retrouvée mêlée à un drame qui avait commencé bien avant sa venue à Pigstown.

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Les contes dans tous leurs états (1): Garulfo

juillet 23, 2009

J’aime beaucoup les contes. J’adore les contes. Et j’aime énormément les relectures de contes.

Aussi ai-je envie de démarrer une série de billets (la régularité de la publication n’est pas garantie par la maison) sur des relectures de contes, une série dont je n’ai pas d’idée précise de l’ampleur qu’elle prendra. Commençons par Garulfo, excellente BD qui justifie à elle seule le titre de la série: les contes dans tous leurs états.

Alain Ayrolles est, pour moi, l’un des scénaristes les plus enthousiasmants de l’heure en Europe. Entre l’excellent Garulfo et le chef-d’oeuvre qu’est De Capes et de Crocs, il signe des scénarios aux forces multiples: humour à plusieurs niveaux, intrigues cohérentes, complexes et bien ficelées (donc faciles à suivre malgré leur complexité), personnages bien typés et attachants. On ne peut pas en demander plus, et on en redemande.

Garulfo se présente comme une série en six tomes dont la structure se répartie en 2+4. Autrement dit, les deux premiers tomes forment une histoire entière et on peut s’arrêter après le deuxième, satisfait de sa lecture. Les quatre tomes suivants forment une suite à l’histoire, à lire d’une traite jusqu’à la fin. La structure a probablement été voulue ainsi lorsque le projet a été présenté à l’éditeur: si le succès commercial n’était pas au rendez-vous, on pouvait s’arrêter au deuxième. Mais si la première histoire avait un succès suffisant, on pouvait s’engager dans la grande aventure des quatre albums suivants. Et ce fut le cas.

Il était une fois une grenouille qui aimait les humains et voulait leur ressembler. Garulfo, ayant entendu un conte, s’efforce d’être embrassé par une princesse dans l’espoir de se transformer en prince charmant. Et quand ça ne marche pas, il part à la recherche d’une fée… et s’il trouve une sorcière « c’est pareil! elle est dans le bizness de la magie! ». S’ensuit une série d’aventures rocambolesques au cours desquelles Garulfo va confronter l’idéalisation de l’humain qu’il fait à la réalité.

Que fait une douce princesse quand elle voit une grenouille?

Il était une fois un roi et une reine cruels (ainsi commence la seconde histoire, au troisième album). Trois fées qui offrent à leur fils les plus beaux dons: la beauté, l’intelligence, la bravoure. Et une vilaine sorcière tirée des geôles de Sa Majestée (qui veut pour son fils un autre don), qui lui balance une « malédiction »: à l’âge adulte, il sera obligé de vivre parmi les plus humbles pour apprendre leur condition. Du coup, le prince, adulte, qui a pris la personnalité de son père, se retrouve transformé en… grenouille. Aidé par Garulfo, il va devoir trouver une princesse qui daigne l’embrasser pour retourner à sa condition première.

C’est léger, bonhomme, drôle, bien dessiné et raconté par le dessinateur Bruno Maïonara, et intelligent lorsque, petit à petit, s’insère une dimension plus profonde dans le récit. On va et vient gentiment entre misanthropie et optimisme, le tout dans la bonne humeur. Et surtout, en jouant avec les contes les plus connus, en renversant tous les clichés: y’a qu’à voir le chat botté, qui n’a pas grand-chose à voir, ni avec celui de conte original, ni avec celui de Shrek.

Faudrait que je le relise…

L’Enfant, le Vieillard et le Lion

septembre 25, 2008

Je pointe ici sur un conte que j’ai écris il y a un peu plus d’un an pour le blog de mon ami Chevalier Gris, à l’occasion d’un concours qu’il avait organisé. J’ai gagné, mais je n’irai pas en tirer de gloire, parce que j’ai été le seul à participer. En revanche, si je n’en tire pas gloire, je conserve un bon souvenir de la soirée au restaurent LaTulipe (excellent restaurent de Montpellier), prix du concours. Les papilles n’ont que faire de l’esprit sportif.

Deux contraintes étaient imposées: un personnage de vieillard et s’inspirer d’une musique (qui accompagne le conte sur le blog).

Je suis relativement content du résultat, à quelques réserves près. Je devrais retoucher quelques détails qui me turlupinent encore dans le fond de l’histoire. Mais je reste globalement content de l’expérience, qui m’a offert l’occasion d’expérimenter une méthode d’écriture que je n’avais encore jamais utilisé. Normalement, j’écris en fonction soi d’un objectif à atteindre à la fin de l’histoire, soi (plus souvent) d’un concept à décliner sous tous les angles. Ici, j’ai plutôt fonctionné par tableaux: des images inspirées par la musiques, décrites pour elles-mêmes, l’intrigue ayant ici pour fonction de les lier et de leur donner un sens. Et puis comme je l’ai écris en une seule nuit et que je n’ai pas eu la chance de la retoucher, je peux me pardonner les détails qui m’énervent.