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Mélodie universelle

octobre 2, 2011

Dans ma tournée d’adieu à la veille de quitter Madrid (la despedida des swingeurs a eu lieu jeudi dernier, ils m’ont offert un poster monté des plus belles photos de mes danses à Madrid et Tolède, j’étais très ému), j’ai gardé une petite place pour le cirque. Ceux qui lisent mes billets sur le cirque savent (ou l’0nt oublié) que le cirque madrilène tourne en grande partie autour du Teatro Circo Price, qui offre des spectaces de cirque, de clowns, de danse contemporaine, et de plein d’autres choses. Un peu comme les spectacles de fin d’année de l’ENC à Montréal, en juin, sont un rendez-vous du cirque montréalais, à Madrid, c’est le spectacle Crece, en septembre qui sont un rendez-vous obligé des amateurs. Le concept de Crece est de réunir des finissants d’écoles de cirques du monde entier pour monter un spectacle qui sera présenté pendant environ une année. Au moment où j’écris c’est lignes, la dernière représentation du Crece 2011 commencera dans une demi-heure (18h, heure d’Espagne). Le spectacle réunissait 13 artistes de neuf pays différents, moins une, car malheureusement l’autrichienne Katharina Kaudelka (main à main) s’était blessé la veille. J’espère que ce n’est pas grave et regrette de ne pas avoir pu la voir à l’oeuvre.

Le Crece 2010 était un spectacle très sombre et pessimiste, qui laissait une large place au théâtre, même s’il s’agissait plutôt d’un montage de sketchs unis par leur ambiance que d’une grande pièce unifiée. Le Crece 2011, baptisé en sous-titre Melodía universal (mais ce n’est écrit que dans la brochure, toute la promotion du spectacle se faisant sous le titre Crece 2011), emprunte pour sa part davantage à la danse contemporaine. J’ai beaucoup aimé, et la danseuse contemporaine qui m’accompagnait encore plus. D’une manière générale, on note encore une ambiance plutôt sombre, mais donnant davantage dans la mélancolie que dans le tragique comme c’était le cas l’année passé. Les interrogations sur la mort et la condition humaine sont au rendez-vous, bien qu’on demeure dans le léger.

Je retiens particulièrement trois prestations, celles du duo-trapèze (les australiennes Hannah Cryle et Caz Walsh), travaillant également à la corde, celle du – euh, jongleur? sur le programme, on indique plutôt « manipulation d’objets ») français Alexis Rouvre, qui manipule cordes et balles de jonglerie*, et même les balles à l’aide de la corde; finalement, celle de l’unique Québécoise de la distribution cette année, Alexandra Royer, finissante 2011 de l’ENC, dans un remarquable cerceau aérien, élégant et impressionnant.

Une production d’une heure et demi où on ne voit pas le temps passer. Pour moi, c’est laisser Madrid sur une bonne note.

*au risque de me rendre insupportable avec ça, je refuse de me rendre à l’utilisation du terme « jonglage » à la mode dans le milieu circassien francophone. Le mot « jonglerie » était déjà là, désigne la même chose et est plus joli. Na!

La Vie en espagnol

avril 17, 2011

Je l’avais déjà vu et l’avais déjà commenté. En deux ans, il est probable que le spectacle ait connu des ajustements, mais ils sont globalement mineurs. En tout cas, je n’ai rien remarqué en ce qui concerne les numéros. Bien sûr, le temps a eu son effet sur ma mémoire, et j’ai pu me laisser surprendre à plusieurs reprises.

Les gros changements, donc, se retrouvent dans la traduction. Il a dû y avoir un gros travail à faire de ce côté. Des 7 doigts de la main, j’ai vu trois spectacles: Traces (par la deuxième distribution), La Vie et Psy. Au pôle opposé d’un Traces quasiment muet, La Vie est celui des trois qui fait la plus grande part au théâtre et au langage parlé, principalement à travers le maître de piste incarné par Sébastien Soldevila. Heureusement pour les représentations madrilènes, ce dernier parle un excellent espagnol; on entend aussi bien son accent français en espagnol qu’en français, mais cela ne nuit guère à la compréhension de son discours, bien qu’en plusieurs occasions, surtout lorsqu’il doit dire quelques mots très brefs (« bon, bon, bon », « très bien », des petits trucs comme ça), il en reste au français.

Tout spectacle en tournée doit faire face à un défi d’adaptation. Dans ce cas-ci, il faut par exemple remplacer les blagues sur le Canadien de Montréal par des blagues sur le Real Madrid. Le passage à une langue étrangère impose quelques défis particuliers. Dans la version que j’ai vu à Montréal, il y avait une petite tirade en espagnol (j’ai été l’une des trois personnes dans la salle à rire la blague); je m’en rappelle encore et je me demandais ce qu’ils en feraient – la maintenir en espagnol ou la traduire en français? réponse: coupée au montage! En revanche, Soldevila se permet plusieurs blagues en français, y compris « ah, il y a des français dans la salle qui l’ont compris, celle-là! » et « J’adore parler en français à Madrid. » Quant à moi, j’ai noté que la proportion du public madrilène maîtrisant le français semble nettement supérieure à celle du public montréalais maîtrisant l’espagnol.

Les autres personnages ont des interventions orales généralement plus réduites, dans lesquelles ils s’en sortent plutôt bien. C’est l’interprète de l’hôtesse de l’air qui a le défi le plus dur. Malgré un fort accent, cela se comprends bien, et quand c’est plus dur, le maître de piste peut toujours, en parfait accord avec le caractère de son personnage, rattraper le coup en se moquant de son accent. Dans l’ensemble, il est beaucoup plus important de préserver l’ambiance que le détail des répliques.

Quant aux numéros, qu’en dire, sinon que je suis toujours sous le charme, et que je ne suis pas le seul dans ce cas?

Voici le lien d’une critique du journal El Pais, qui n’exprime comme seul regret qu’il eût préféré une salle plus réduite que le Teatro Circo Price, pour une ambiance plus intime.

Sept doigts et bien des folies

avril 24, 2010

Ce billet sur le cirque commence par une tranche de vie.

Facebook a changé le cours de mes derniers jours d’une excellente manière. L’histoire commence vendredi soir, quand je constate, parce que Tite-Soeur s’y est inscrite, que les 7 Doigts de la main ont désormais un groupe facebook. L’instant d’après, j’y étais inscrit. Une minute plus tard, j’apprenais avec stupéfaction qu’ils étaient à Madrid pour présenter leur nouveau show, Psy.

Flash: je me rappelle aussitôt ma frustration d’être parti de Montréal un peu trop tôt pour pouvoir voir Psy, et d’être arrivé à Valencia trop tard pour pouvoir voir Tarzan, le dernier en date du Circo Gran Fele, qui a l’air pas mal. Je regarde les dates de représentations, et c’est la déception: le dernier spectacle est celui de dimanche! Mais, petit à petit, l’idée fait son chemin: on est vendredi soir, il est encore temps d’acheter son billet et de sauter dans un train pour Madrid. Et une planification se met en place dans mon esprit: les swingueurs de Madrid dansent le samedi soir, j’attendais aussi une occasion pour voir les archives madrilènes et voir un collègue historien avant qu’il ne quitte la ville. Il y a de quoi occuper tout un séjour. Et pour les creux, j’ai un ou deux amis madrilènes qu’il serait bon de voir autour d’une bière. On n’est pas dans la saison touristique, donc je ne me fais guère de soucis pour trouver un hôtel (j’ai pu constater en 2006 que dans le centre-ville de Madrid, des hôtels, il y en a partout). Les encouragements de quelques amis en ligne à ce moment-là achèvent de me convaincre. J’ai aussi eu un petit coup de main de Mouma, qui me demandait en échange une critique sur ce blogue (ce que j’aurais fais de toute façon, elle s’en doute). J’ai donc passé une  bonne partie de la nuit à acheter mes billets de cirque et de train, à préparer mes bagages, à envoyer des courriels à mes amis madrilènes. Le lendemain, j’étais dans un TGV pour un trajet de 4 heures vers Madrid.

Dimanche un peu avant midi, donc, je déjeunais (tortilla, napolitana – mon nouveau mot du jour – et café con leche) au café du Teatro Circo Price de Madrid, en attendant midi, heure de la représentation pour laquelle j’avais acheté mon billet. Midi, parce que la représentation du soir était complète. Il ne devait pas rester plus d’une trentaine de places disponibles pour la représentation de midi, d’ailleurs, quand j’ai acheté mon billet. À 20 euros, je me suis permis le luxe d’être dans une bonne section, face au spectacle dans une salle circulaire (pour un spectacle conçu pour être présenté dans un théâtre à l’italienne, de front).

Les affiches des 7 doigts sur la façade du Teatro Circo Price

Psy est un spectacle dans le plus pur style des 7 Doigts de la main. Des numéro d’un haut niveau technique liés par un fil conducteur. Des numéros, aussi, montés dans l’objectif non seulement de faire étalage du talent technique de l’interprète, mais aussi d’illustrer des thèmes. Dans le cas de psy, une partie au moins des numéros sont des reprises des numéros créés par les artistes (j’ai notamment bien reconnu les numéros de jonglerie – malabarismo, le mot que j’ai appris la veille – de Florent Lestage et le numéro d’équilibre sur cannes de Naël Jammal), adaptés à la thématique du spectacle et insérés dans le fil conducteur. Au niveau de la narration, Psy se situe à quelque part entre La Vie et Traces, ce dernier misant davantage sur une ambiance impressionniste tandis que La Vie est plus proche du théâtre, avec une histoire qu’on peut suivre du début à la fin. Dans psy, l’histoire plus présente que dans Traces, mais néanmoins très mince: on nous présente les personnages et leurs pathologies (paranoïa, hypocondrie, insomnie, amnésie, maniaco-dépressif plus maniaque que dépressif, syndrome de personnalité multiple, dépendance – au moins à la cigarette et au sexe -, obsessif compulsif, colérique pathologique, j’espère ne pas en avoir oublié), à travers une thérapie de groupe. Puis on a droit à une succession de tableaux illustrant la pathologie de chacun à travers un numéro. Les interprètes joue tour à tour leur personnage ou des personnages de soutiens (la foule anonyme, les souvenirs éparpillés, les psychothérapeutes, etc…), mais cela n’engendre pas de confusion pour le spectateur, car les changements de costume rendent les changement de personnages faciles à identifier.

Les numéros sont très évocateurs, et mettent en relation la pathologie et la discipline exercée. Quand l’amnésique jongle, on a le sentiment qu’il jongle avec quelques rares souvenirs. Quand on balance des dizaines de quilles sur scène, il exulte, même s’il ne peut pas toutes les attraper. La colérique se bat avec sa corde lisse dans laquelle elle voltige. Le dépendant semble enfermé dans sa roue allemande. L’agoraphobe défie sa peur sur son trapèze ballant. Je ne vais pas tous les nommer, mais j’ai particulièrement aimé le numéro de mat chinois, illustrant l’insomnie. L’insomniaque cherche le sommeil, en changeant constamment de position sur son mât chinois (comme on se retourne dans son lit), accompagnée de son conjoint qui la rattrape constamment lorsqu’elle tombe d’épuisement. Très évocateur, j’ai adoré. Le numéro d’équilibre sur cannes est excellent pour l’ambiance qu’il dégage, mais curieusement ne semble pas évoquer la pathologie du personnage (hypocondriaque), mais plutôt la solitude et l’incapacité sociale.

Je me plaignais de ne pas avoir pu le voir à Montréal, mais somme toute j’ai eu de la chance de le voir à Madrid. Ils ont eu le temps de roder le spectacle et de le perfectionner. Le numéro de danse du sabre et de lancer de couteau, qui selon plusieurs critiques à Montréal pouvait être supprimé, semble avoir été considérablement simplifié, et ramené à la danse plus un unique lancé (qui a d’ailleurs probablement plus d’impact du fait qu’il est unique).

Le tout est accompagné de nombreuses danses, d’humour autant dans les numéros principaux que dans les séances de groupe (faites interagir le dépendant avec la colérique, pour voir… ou demandez au craintif hypocondriaque de s’abandonner à l’étreinte d’un compagnon…).

Shana Carroll, qui a monté le spectacle, dit qu’elle espérait faire un spectacle moins épuisant que ce qu’ils sont fait dans les précédents. Au vu de la quantité de choses qu’ils font sur scène, j’ai des doutes sur l’atteinte de cet objectif. Mais ça, ce n’est pas le spectateur qui va s’en plaindre!

Inutile de dire que j’ai adoré ma séance chez le Psy…

La critique de La Presse, celle de Guy sur Alonzocirk.

Zombiland

octobre 19, 2009

J’avoue avoir à demi succombé à la mode zombi qui sévit actuellement. Fascinante mode, qui multiplient des tonnes d’histoire qui se ressemblent toutes (il doit y avoir deux ou trois canevas au total, pour des dizaines de films et livres).  Très logiquement, je suis donc allé voir Zombiland dernièrement.

Curieusement, j’ai vu assez peu de films de zombis. Aucun Romero ( ou alors j’ai oublié), à l’exception (qui n’en est pas une) du remake de la Nuit des Morts-Vivants, dont je pense que le scénario (et la qualité!) a été altérée par rapport à l’original. Je n’ai pas vu le Braindead de Peter Jackson non plus. La plupart des classiques de série Z manquent aussi à ma culture. Alors qu’est-ce que j’ai vu? le premier est déjà mentionné. J’ai vu aussi le premier Resident Evil, Planet Terror, 28 jours plus tard et la parodie Shaun of the Dead. Ce qui m’a amené au sous-genre zombifique, c’est d’abord les comics de Kirkman: Marvel Zombis, à saveur de demie-parodie, mais surtout l’excellent Walking Dead, véritable quintessence du genre. Ça suffit amplement pour assimiler les codes du genre.

Zombiland se situe dans les influences actuelles du genre zombi: d’une part, les zombis rapides, façon 28 jours plus tard, qui sprintent au lieu de traînasser des pieds et de se laisser contourner facilement; d’autre part, l’influence (quelque peu décalée) de Max Brooks, auteur du Guide de Survie en territoire zombi, qui réfléchi avec humour à ce qui fait la différence entre une collation pour cadavre ambulant et un survivant. Le héros de Zombiland a sa propre liste de règles à respecter, dont la première est toute simple: avoir un bon cardio.

C’est une comédie horrifique, dont le ton parodique est moins drôle et moins systématique que celui de Shaun of the Dead, avec en revanche plus d’action et de gore. La cause de l’épidémie est ridiculisée au détour de deux phrases, les premières manifestations des cadavres ambulants sont survolées pour concentrer l’action  sur la période post-apocalypse, un détour par Hollywood permet de mettre en scène quelques zombis colorés. Quelques poncifs sont détournés de leur finalité habituelle, quelques autres sont (malheureusement? heureusement?) absents. La meilleure trouvaille demeure encore les règles de survie du personnage principal, qu’on veille à souligner à grands traits à chaque application (il y en a 32 en tout, mais on ne les verra pas toutes). Les personnages sont corrects sans être inoubliables.

Conclusion? Un bon moment sans vraiment de souvenirs impérissables.

Regarder danser, puis danser…

juillet 30, 2009

Samedi dernier j’ai assisté à une projection spéciale. Le studio DanceConmigo, où je prends mes cours de tango et où je vais à l’occasion pratiquer mon West Coast Swing, avait en effet obtenu la permission de projeter le film « Love’N Dancing » avant sa sortie officielle. La séance de cinéma était suivie d’une séance de danse. Le film étant centré sur l’univers du West Coast Swing, cette dernière danse était à l’honneur au cours de la soirée, mais histoire de ne pas limiter le public (c’est une danse qui a encore assez peu d’adeptes), la soirée mélangeait allègrement les danses, WCS, salsa et autres danses latines, tango…

Mais parlons du film.

Soyons clair: quand vous avez vu le titre, vous connaissez l’histoire. Vous voulez quand même un résumé? Ok. Elle est institutrice. Lui c’est un ancien chamption de WCS, mais il a renoncé à la compétition, se contente de donner des cours. Elle s’inscrit avec son fiancé pour des cours de danse en vue du mariage. Son fiancé est un gros con qui ne pense qu’à sa carrière. Bon, voilà, vous pouvez déduire le reste.

Elle va apprendre le pas de base en 30 secondes (cela en a fait pouffer quelques-uns dans l’assistance). En quelques semaines, elle va être assez douée pour qu’il lui demande de faire de la compétition avec lui. En quelques mois, ils montent sur le podium du championnat américain. Un vrai conte de fée, l’inventivité en moins. Remarquez, quelques répliques semblent avoir touché une corde sensible chez quelques danseurs de l’assistance, notamment ceux qui, avoir avoir eu la morsure, ont réorganisé tout leur horaire de travail pour pouvoir danser plus et mieux. Il y a ici et là des détails dans lesquels la plupart des danseurs peuvent se reconnaître. Mais ça n’excuse pas vraiment un scénario aussi mauvais.

Reste la danse. Parce comme dans tout film de danse, l’intérêt réside moins dans le scénario que dans les chorégraphies, celui-là n’étant qu’un prétexte à introduire celles-ci. Et là, il n’y a pas à se plaindre. L’acteur principal est lui-même un danseur, pas professionnel, mais convainquant. Et le scénario est tellement minimaliste qu’il y a toute la place pour truffer le film de scènes qui mettent en vedette le gratin du WCS. J’ai ainsi repéré Kyle Redd & Sarah Van Drake, Arjay Centeno & Melissa Rutz, John Lindo (je n’ai pas reconnu sa partenaire), Markus Smith & Deonna Ball, Parker Dearborn & Jessica Cox, Tatiana Mollman et Jordan Frisbee. J’étais loin du compte. Alain, qui organisait la projection, a envoyé la liste des danseurs qui font une apparition:

Robert Royston • Nicola Royston • Benji Schwimmer • Heidi Groskreutz • Jordan Frisbee • Tatiana Mollmann • Parker Dearborn • Jessica Cox • Kyle Redd • Sarah Vann Drake • Marcus Smith • Deonna Ball • Arjay Centeno • Melissa Rutz • Ronnie DeBenedetta • Brandi Tobias • Ben Morris • Carla Heiney • Laureen Baldovi • John Lindo • Michael Kiehm • Dawn Kiehm • Bill Cameron

Je m’étonne et m’en veut presque d’avoir raté Ben Morris. Je regrette un peu aussi d’avoir manqué Carla Heiney et Bill Cameron. Il était peut-être dans les couples dansant le Lindy au début du film, je n’y avais pas prêté attention. Anyway.

Un film à voir pour le West Coast Swing, et seulement pour ça.

Quant à l’idée d’une projection suivie d’une soirée de danse, elle était excellente! Vous savez l’état semi-léthargique dans lequel on se trouve souvent à la fin d’un visionnement? Quel meilleur moyen de le secouer? Et des soirées qui mélangent les genres de danse, il en faudrait plus. C’est amusant de passer d’une danse qu’on connaît bien (le WCS) à une danse où on débute (le tango) pour ensuite faire semblant qu’on sait en danser une autre (la salsa) pour revenir ensuite a une danse bien maîtrisée (le WCS) avec une fille qui n’y connaît rien, mais pleine de bonne volonté.

Occasion aussi pour moi de voir à quoi ressemble une rueda, forme de salsa dansée en cercle où les figures se terminent par un changement de partenaire. Je ne trippe pas trop salsa, mais la rueda a l’air d’être un vrai plaisir.

Bande-annonce du film:

Saga, misogynie et crapulerie économique

juillet 20, 2009

Je viens de terminer le premier tome de Millenium. Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

D’habitude, je résiste aux manias littéraires. Je n’avais pas envie de lire Harry Potter avant que le livre ne se retrouve sous mon nez et que j’en lise la première ligne. Je n’ai jamais lu Dan Brown, et je n’en ai toujours pas envie. Etc…

Donc en fait, ce n’est pas que je ne lis pas les livres qui provoquent les manias, c’est plutôt que le battage médiatique qui les entoure ne me touche pas. Sauf peut-être dans ce cas-ci. Là, j’avoue avoir été un petit peu tenté.

Et si j’ai cédé, c’est la faute à Jean-Jacques Pelletier. Je venais de finir Les Cathédrales de la Mort, et je venais de lire également son essai sur le polar. Ça donnait envie de lire du roman policier. Et comme La Faim de la terre ne sort pas avant l’automne, il fallait trouver autre chose. Millenium, donc.

C’est bon. Très bon. Pas le chef-d’oeuvre immortel annoncé, mais c’est très bon. Heureusement, je n’avais pas d’attentes particulières.

Le premier tome peut se lire comme une histoire indépendante. Pas besoin d’aller plus loin après, sauf pour retrouver les mêmes personnages, le même style.

Blomski est un journaliste économique. Il s’est fait beaucoup d’ennemis dans le milieu, en critiquant la couverture complaisante que les médias font des grandes entreprises de son pays. Alors il est devenu l’un des fondateurs de la revue Millenium, vouée justement au journalisme d’enquête et à une couverture plus critique. Et il est entré en conflit ouvert avec un gros poisson, du genre requin. Et ça se passe mal pour lui. Il a intérêt à se faire oublier un moment. Et c’est à ce moment qu’Henrik Vanger, un vieux milliardaire, industriel à la retraite, l’engage pour écrire la chronique de sa famille… officiellement. Officieusement, il lui demande de mener son enquête pour élucider la disparition de sa nièce, plus de trente ans plus tôt. Sans grand espoir. Blomski est surtout intéressé par la chronique, mais on se doute bien qu’il va finir par mettre en lumière un indice inédit. En chemin, il va engager une hacker asociale troublée, Lisbeth Salander, pour l’assister dans ses recherches.

Comparativement aux Gestionnaires de l’Apocalypse, par exemple, qui expose régulièrement le point de vue des méchants, Millenium se présente donc comme un polar traditionnel: il y a un crime, un enquêteur, une énigme à résoudre. Les indices sont distribués au fil des pages, laissant le lecteur tenter de deviner qui est le meurtrier. Et si certains aspects se révèlent plutôt prévisibles, l’intrigue est assez bien ficelée pour lui réserver sa part de surprises.

Au-delà de l’histoire, il y a un thème, celui qui donne son titre au livre: « les hommes qui n’aimaient pas les femmes ». La brutalité envers les femmes, brutalité surtout sexuelle, se retrouve constamment au fil de l’histoire, qu’il s’agisse d’allusions servant de toile de fond au récit, d’intrigues secondaires ou de l’intrigue principale. Lisbeth Salander est évidemment un personnage conçu spécialement pour mettre en scène le thème… et elle ne se laisse pas faire. Quant à Blomski, il a les apparences d’un anti-thème: lui, il aime les femmes, pas de doute…

Une bonne histoire, des personnages intéressants, un thème bien campé. En bonus, on peut citer une certaine vision de l’histoire de la Suède, quoique ce soit loin d’être à l’avant-plan. Un bon moment à passer.

Littérature victorienne fantasy

janvier 16, 2009

Je ne suis pas un grand connaisseur de la littérature victorienne. En fouillant dans mes souvenirs, je ne suis sûr de n’avoir lu que trois écrits anglais de cette époque: Frankeinstein, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde et L’île du Docteur Moreau. Et après ma récente lecture… je n’en connais pas plus! Parce que Jonathan Strange et Mr Norrel a beau être écrit dans un style très victorien, se dérouler au début du XIXe siècle, faire appel à des thèmes victoriens, bref respirer le victorianisme à plein nez, ben ce n’est pas un roman victorien puisqu’il ne date que de quelques années. Mais c’est tout comme.

Et c’est délicieux. Les personnages sont humains jusque dans leurs caricatures, sauf les personnages non-humains. Le cadre historique, sur fond de guerres napoléoniennes (essayez de lâcher un magicien anglais là-dedans pour voir… si vous n’imaginez pas les conséquences, Clark le fait pour vous) et de vie mondaine à Londres, est fouillé sans être pesant. L’humour est omniprésent, mais jamais à l’avant-plan; il s’agit plutôt d’une ironie diffuse qui imprègne le caractère de l’histoire.

Bref, si vous voulez vous envoyer une petite brique d’un millier de pages ces temps-ci, je ne saurais trop vous le recommander.

Et un grand merci à Arkalys qui me l’a offert pour mon anniversaire.

Des livres pour s’introduire à l’histoire (2)

décembre 20, 2008

Bon, après le premier billet au ton plutôt négatif, car parlant du livre à éviter, tâchons d’être plus positifs. Voici donc un livre qui constitue à mon avis une très bonne introduction à l’histoire: Histoire de la Méditerranée, synthèse écrite par un collectif sous la direction de Jean Carpentier et François Lebrun. Sujet certes moins ambitieux que toute l’histoire de l’humanité de la préhistoire à nos jours. On le leur pardonnera, car les différentes époques de l’histoire de la Méditerranée est couverte par des spécialistes soigneusement sélectionnés, alliant la compétence à la capacité de s’exprimer avec simplicité.

L’écriture n’est pas aussi enflammée que celles de messieurs Bigot et Barreau, mais elle est limpide et précise. En outre, on profitera de nombreux outils fort pratiques négligés par les premiers auteurs: cartes, tables, chronologie, glossaires… soulignons en outre la présence d’une succincte bibliographie permettant au lecteur d’approfondir les sujets qui l’intéressent, le cas échéant. Pas de notes en bas de page, le sujet est trop synthétique pour les requérir et leur absence allège le texte. Je me souviens de mes premiers pas, les notes infrapaginales me gênaient plus qu’autre chose à l’époque (on change…). Les auteurs sont en outre heureusement moins eurocentristes que Barreau et Bigot.

Évidemment, on n’a ici qu’une histoire concernant les pays méditerranéens. Pour ceux qui sont curieux de la Chine, du Japon, de l’Inde, ou de l’Amérique, il faudra chercher ailleurs. Mais la Méditerranée reste le berceau de l’histoire occidentale et mérite donc une place de choix dans les priorités du néophytes qui cherche à s’introduire à l’histoire.

Voici un autre compte-rendu de ce livre.

Je profite de ce billet pour signaler que Carpentier et Lebrun ont dirigé une autre synthèse selon la même recette, celle-là portant sur l’Europe. Je n’ai pas lu ce dernier livre, mais vu la qualité de leur Histoire de la Méditerranée, je le recommanderais également.

Quelques livres pour s’introduire à l’histoire (1)

décembre 1, 2008

C’est une question qui m’a été posée à quelques reprises, donc je vais donner quelques indications ici. Je pensais réunir les trois livres dont je voulais parler en un seul billet, mais la volonté de garder mes billets courts lorsque c’est possible m’a décidé à faire une série. Trois billets pour commencer, puis la série restera ouverte à des ajouts s’il m’en vient à l’esprit. J’invite aussi mes lecteurs à faire part de leurs suggestions et commentaire sur leurs propres lectures.

Donc, prenons cette personne qui parmi d’autres m’a dit au cours d’un party, apprenant que j’étais historien, qu’elle adorait l’histoire mais ne savait jamais par où commencer. Préoccupation moins rare qu’on ne croit, mais à laquelle les historiens restent malheureusement le plus souvent sourds, écrivant des livres davantage destiné au public déjà savant en la matière.

Voici donc quelques livres pour quiconque ce reconnaîtrait dans cette situation.

Commençons par celui que je ne recommande pas:

Toute l’histoire de l’humanité de la préhistoire à nos jours est un livre rempli d’erreurs qui sautent aux yeux de l’historien, mais passeront souvent (pas toujours) inaperçue à ceux du néophyte. Tout n’y est pas mauvais: écrit avec une belle plume, dans le souci d’offrir au lecteur des clés pour comprendre le monde d’aujourd’hui, il est bien construit en fonction de ses objectifs. L’ennui, c’est que la compétence des auteurs en matière d’histoire ne dépasse guère celle de gens plutôt cultivés, ce qui laisse une marge très importante aux erreurs qui se glissent allègrement sous leur plume. Leur implication politique est aussi assez gênante pour quiconque ne partagent pas leurs vues, et ce d’autant que ces dernières sont marqués d’un eurocentrisme et d’un parti-pris pro-catholique qui les conduit à dénigrer peuples et religions étrangères. Les auteurs reconnaissent certes en introduction que leurs interprétations sont contestables, mais il leur arrive par contre de ne pas marquer la différence entre interprétation et fait. En réalité, ce livre pourrait faire office de bonne base de discussion sur les liens entre enjeux historiques et contemporains, mais il n’est pas des plus appropriés pour quiconque souhaiterait une introduction objective. Quoi? l’objectivité n’existe pas en histoire? c’est bien possible, mais il est aussi possible de tendre vers l’objectivité, ce qui eût été plus honnête de leur part, puisqu’ils s’adressent à des gens qui cherchent avant tout à s’instruire.

J’ai hésité à parler de ce livre, mais il valait mieux y passer, parce qu’il est dans les meilleurs vendeurs chez Chapters et marqué du fameux collant « coup de coeur Renaud-Bray ». Valait donc mieux que le lecteur sache à quoi s’attendre. Ça me permet aussi de faire la remarque que des livres navrants comme celui-ci sont inévitables si les historiens ne prennent pas leurs responsabilités pour répondre à une demande légitime du public, celle de synthèses historiques accessibles et simples, sans les obliger à s’épuiser dans des dizaines de livres.

Il y a néanmoins quelques livres qui, sans être aussi ambitieux que celui-ci (toute l’histoire de l’humanité, c’est quand même beaucoup en 400 pages), peuvent constituer de bonnes introductions. J’en parlerai dans des billets à venir.

PS: comme mon avis ne vaut que ce qu’il vaut, voici une critique plutôt positive à laquelle vous pouvez vous référer.