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Au diable le point Godwin!

août 24, 2012

Tout le monde, ou presque, connaît le point Godwin.

Et c’est bien là le problème.

En fait, on ne le connaît pas tant que ça. Puisque tout le monde le connaît, tout le monde a laissé tombé une ou deux nuances du principe, tel que: « [venir] mêler Adolf Hitler, le nazisme ou toute idéologie extrémiste à une discussion dont ce n’est pas le sujet ; dans ce sens du terme, on marque ou gagne un point Godwin. »

À force d’être trop connu, le Point Godwin est devenu plus simpliste. On peut dire que Godwin a créé un monstre.

Il est tout à fait tragique que le point Godwin soit désormais invoqué pour faire capoter n’importe quelle discussion, et ce, sans que celui qui le mentionne ne réfléchisse une seule seconde à la pertinence qu’il y avait à évoquer le fascisme/le nazisme/le totalitarisme au sein de cette discussion particulière. Plus souvent qu’autrement, celui qui fait capoter une discussion autrement civilisée n’est pas celui qui mentionne le nom d’Hitler, mais celui qui mentionne le nom de Godwin.

La Loi de Godwin est devenue une arme de bien-pensant utilisée pour éviter de faire des réflexions sérieuses. Plutôt que de rehausser la qualité des débats, elle les tue.

J’enrage quand je constate que le plus souvent, les gens qui évoquent le fascisme peut être des politologues chevronnés, et se faire répondre par une variante du Point Godwin par des gens d’une inculture crasse, qui ignorent jusqu’au sens du mot « fascisme ».

Pour ces gens, constater que notre pays ne ressemble pas à l’Allemagne de 1944 suffit à clore la discussion. Quelle bêtise! En 1944, il était trop tard depuis longtemps. Ce qui inquiète les gens qui (appelons-les les Inquiets), aujourd’hui, évoquent le spectre des totalitarismes d’antan, ce n’est pas de savoir si nous ressemblons à l’Allemage ou l’Italie de la fin des années 30. C’est de savoir à quoi ressemblaient ces pays avant la survenue des funestes régimes. Ils ne s’inquiètent pas de savoir à quoi ressemblait l’Espagne de Franco, mais plutôt celle de Gil-Robles (trouvez-moi un fanfaron du point Godwin qui ait jamais entendu parler de Gil-Robles, pour voir!).

Voici une autre phrase que je n’en peux plus d’entendre: « Comparer le Québec d’aujourd’hui avec une dictature, c’est faire insulte à tous les gens qui ont vécu sous des dictatures. » Chaque fois que j’entends ça, je me demande si la personne qui a proféré cette ânerie a déjà pris la peine de discuter avec un réfugié politique. Car ils n’en a pas manqué, de ces réfugiés, pour bondir saisir leurs casseroles, à faire d’eux-mêmes spontanément le rapprochement entre la loi 12 et le vécu de leurs pays, lorsque cette loi a fait son apparition dans notre paysage politique. Qui leur fait insulte? Ceux qui ne font que dire la même chose qu’eux, ou ceux qui leur mettent des propos dans la bouche, ceux qui les utilisent contre eux-mêmes?

J’ai en mémoire une chronique de Lysiane Gagnon où elle se scandalisait d’avoir vu sur internet des gens débattre sérieusement pour savoir si le Québec connaissait une dérive vers le fascisme. Quel scandale! des gens qui débattent sérieusement! et en plus, avec des arguments rationnels*! Horreur! Peut-être que je m’avance un peu, mais au vu de la qualité moyenne des chroniques de Mme Gagnon, je parierais bien un vingt qu’elle serait incapable, si on le lui demandais, de définir ce que c’est que le fascisme, ou le totalitarisme. Et peut-être que si elle acceptait de prendre part à des débats sérieux sur le sujet, elle pourrait les apprendre, ces définitions.

Qu’on me comprenne bien: je ne souhaite pas dire, en écrivant ce billet, que nous sommes au bord de la catastrophe, qu’une dictature va nous tomber dessus dans les prochaines années. Pas du tout. Je suis généralement plutôt du genre à prendre part à ces débats pour tempérer les inquiétudes des Inquiets. Simplement, je n’en peux plus, de ces gens arrogants qui balaient les arguments des Inquiets du revers de la main en avançant des arguments d’enfants de huit ans. Je n’en peux plus, de ces gens qui croient que refuser le débat est l’attitude la plus mature à avoir. Dans mes débats avec les Inquiets, je découvre souvent des gens savants, matures, impliqués, allumés. J’y trouve souvent, en fait, beaucoup plus d’intelligence que dans la page éditoriale de La Presse.

On a bien plus de chances de calmer les inquiétudes des Inquiets en posant le problème sobrement, en évoquant des données historiques réelles, en démontrant sa connaissance des définitions, en faisant preuve de capacité d’analyse, qu’en balayant le tout du revers de la main. Et au passage, on trouvera peut-être en chemin une ou deux raison d’être un peu moins tranquille, un peu plus inquiet (sans majuscule). On y trouvera peut-être que si on ne va pas vers une dictature, tel n’est pas le seul scénario qui devrait nous préoccuper.

Vous n’aimez pas l’inflation verbale? Soit. Lisez Ian Kershaw, lisez Hannah Arendt, lisez des livres d’histoire contemporaine en vous attardant sur les sociétés d’avant les dictatures. Bref, prenez le temps de vous faire un point de vue informé et raisonné. Puis défendez votre point de vue avec sobriété. Vous pouvez le défendre aussi sans avoir tout un savoir livresque, remarquez. Mais demeurez à l’écoute, car les Inquiets en savent peut-être plus que vous!

Les godwinistes compulsifs sont des gens bien plus dangereux que les Inquiets, parce que les premiers remplacent la réflexion par le réflexe. Les seconds, eux, privilégient l’observation et la réflexion.

 

………….

*je n’ai pas vu la discussion à laquelle Mme Gagnon se référait. C’était peut-être vraiment des idiots. Mais le sérieux auquel elle se réfère me fais soupçonner que non. C’est d’après mes propres expériences avec des Inquiets que j’extrapole qu’ils employaient des arguments rationnels. Ce n’est bien sûr pas garanti.

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Coup de sonde sur l’esprit critique

novembre 3, 2009

C’est quoi, pour vous, avoir l’esprit critique?

Ne vous gênez pas à répondre, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponse. Ceci est un coup de sonde, parce que je me suis posé la question à moi-même et je suis curieux de savoir ce que vous en pensez pour vous-mêmes.

Affirmation sujette à débat

avril 17, 2009

Le meilleur de tous les Spirous, c’est Le Prisonnier de Bouddha.

Un vieux débat

mars 24, 2009

Est-on libre?

Vieux débat. Il a atteint une émotivité singulière dans les religions monothéistes. Dieu tout-puissant accorde-t-il à ses créatures, dans sa magnanimité, la liberté de choisir, et leurs pensées, et leurs actes? Mais la liberté des moins-que-rien n’est-elle pas une limite à la toute-puissance? N’est-ce pas blasphématoire que de penser qu’Il n’est pas à l’origine de chacun de nos choix?

Ils se sont déchirés sur ces questions. La question est passée de plumes en épées. C’est dire qu’elle ne se loge pas seulement dans nos cervelles, mais aussi un peu dans nos trippes.

C’est sur cette question sans doute plus que toute autre que se sont déchirées l’Église et la Réforme, la première partisane du Libre-Arbitre, la seconde du Serf-Arbitre. On eût pu croire qu’au moins, la séparation consommée, chacun serait fixé dans ses choix. C’eût été sous-estimé la profondeur de l’angoisse humaine et les relations incestueuses des deux versants du christianisme occidental: elle a ressurgit, à sa façon, chez les catholiques comme chez les protestants.

Et puis il y a ceux qui n’ont pas posé la question dans des termes religieux. Ceux qui, prenant simplement conscience de la complexité de l’Univers, se sont dit que la multitude des lois qui le régissent ne pouvait laisser de place au libre-arbitre. Qui ont placé une telle confiance en la Raison, qui ont si bien échoué à raisonner la liberté de choix, qu’ils en sont venus à conclure que cette dernière ne pouvait pas exister. Un argument scientiste: nos actes et nos pensées sont la somme de la chimie de notre matière grise, de la génétique, de la physique de l’Univers. Quelque part, il doit y avoir une Équation primordiale, qui permette tout à la fois de prévoir l’orbite des comètes et la bêtise humaine.

Les termes du débat n’ont pas beaucoup changé. Reste une composante religieuse inavouée. Un Dieu non-pensant. Et, en filigrane, un sensible débat sur l’orgueil et l’humilité. Ne faut-il pas avoir l’humilité de reconnaître que nous sommes partie intégrante de l’Univers et n’échappons pas à ses lois? D’un autre côté, n’est-il pas immensément orgueilleux que de prétendre en savoir suffisamment sur celui-ci pour décider qu’on ne décide de rien? Qu’il se contraint dans les limites de notre étroite Raison?

On en est réduit à une manière d’acte de foi.

Et si le Chaos existait? Comme la Horde sauvage, le fil libre de la Tapisserie de Fionavar qui octroît une parcelle le liberté à chaque élément du tissage.

Un vieux débat, qu’on dirait aussi bien écrit dans les étoiles que gravé dans notre code génétique.

« Je sens que je suis libre, mais je sais que je ne le suis pas. »
– Cioran, De l’inconvénient d’être né