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L’éducation économique?

novembre 29, 2013

Il y a un an, Darwin publiait sur Jeanne Émard un billet où il évoquait quelque individu souhaitant réintroduire le cours d’économie au secondaire, à ses propres conditions. Allez savoir pourquoi, mais aujourd’hui, j’ai repensé au fait que j’avais évoqué à cette occasion un extrait du Petit cours d’autodéfense en économie de Jim Stanford, où il racontait une anecdote sur le même thème. Encore un individu voulant introduire des cours d’économie, dans le but avoué de faire passer plus facilement des réformes douloureuses. Mais les intérêts de qui cela servirait-il?

Voici l’extrait en question, situé dans un encart de l’introduction (pp.14-15):

Comprendre l’économie. Oui, mais laquelle?

  J’ai un jour assisté à un dîner-conférence donné par le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE, le « club sélect » des pays riches). Celui-ci vantait les mérites du concept de « culture économique »: selon lui, si plus de gens comprenaient les fondements de la théorie économique (comme l’offre et la demande, la concurrence et le libre-échange), la population serait mieux disposée à accepter les « réformes » mises en œuvre par les gouvernements même si celles-ci sont douloureuse.

  Il a offert le contre-exemple des spectaculaires (et victorieuses) manifestations de 2006 contre les tentatives du gouvernement français d’affaiblir les protections dont bénéficient les travailleurs. Les changements projetés visaient à ce que les employeurs puissent procéder plus facilement à des licenciements, en particulier de jeunes travailleurs. Selon le secrétaire général, si les Français avaient compris que ces « réformes » d’apparence douloureuse allaient en fait améliorer l’efficience du marché du travail, ils ne les auraient pas contestées.

  À mes yeux, une telle « culture économique » s’acquiert plus par lavage de cerveau que par l’éducation.

  Pendant la période de questions, j’ai manifesté mon désaccord avec son affirmation voulant que les Français ne comprennent rien à l’économie. Comparons la France aux États-Unis, qu’on présente généralement comme l’exemple même d’un système efficace et flexible, mené par le marché. Les salariés français travaillent en moyenne 300 heures de moins par an (soit l’équivalent de 7 semaines) que leurs homologues américains. Ils produisent tout de même autant de valeur ajoutée par heure travaillée que les Américains. En France, le chômage est plus élevé, mais la plupart des chômeurs français ont un revenu supérieur (grâce aux prestations sociales) à celui de millions de travailleurs américains à bas salaire.   Ainsi, les Français ont assez d’argent et beaucoup de temps pour manger au restaurant, faire l’amour et participer à des manifestations (pas nécessairement dans cet ordre!).

  Pendant ce temps, aux États-Unis, presque 9 millions de salariés ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté officiel (toujours basé sur le niveau e vie de 1964). Ils ont beau travailler dur, cela ne les mène pas bien loin. Pourtant, un récent sondage aux résultats aberrants a révélé que 39% des Américains considèrent qu’ils font partie du groupe des 1% les plus riches de la société, ou à tout le moins qu’ils en feront partie sous peu. L’impossibilité mathématique de cette étrange vision du monde n’a pas (encore) ébranlé le mythe américain de la « mobilité ascendante », qui pousse les travailleurs pauvres à refouler toute envie de se battre pour revendiquer un meilleur sort.

  Comble de l’ironie, l’OCDE a elle-même publié, un peu plus tard en 2006, des données montrant que les lois relatives à la protection des travailleurs (comme celles qui sont en vigueur en France) n’ont aucun effet mesurable sur les taux de chômage.

  Alors qui comprend bien les fondements de la théorie économique? Je crois bien que ce sont les manifestants français. Vive la France!

J’aime beaucoup le passage où il parle d’avoir l’argent et le temps pour « aller au restaurant, faire l’amour et manifester ». Voilà, sous forme d’humour, une philosophie saine qui donne à la vie une finalité située non dans le travail, mais dans les plaisirs de la vie, tout en incluant dans l’activité humaine l’exercice de la liberté politique. Mieux, qui nous fait valoir, chose pas si fréquente, mais tombant pourtant sous le sens, la valeur du temps disponible pour chacune de ces activités.

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Théorie économique et bande dessinée (1): Le Schtroumpf Financier

janvier 22, 2013

Voici le premier d’une série de billets que j’espère écrire (je ne fais plus de promesses) sur la représentation des théories économiques dans les bandes dessinées pour enfants ou pour ados. Accrochez-vous, c’est long!

 À l’heure où nos débats sociaux s’appuient sur certaines conceptions de l’économie, parfois implicites, parfois explicites, ne devrions-nous pas nous demander quels furent nos premiers contacts avec une théorie économique? Est-ce au cégep, dans les cours de philo ou de sciences humaines? Est-ce au secondaire dans les défunts cours d’économie?

Mais, en y pensant bien, n’avons-nous pas lu Astérix, les Schtroumpfs ou Achille Talon avant Adam Smith ou Karl Marx (quand nous avons lu Smith ou Marx)?

Pratiquement chaque fiction véhicule une certaine conception de l’être humain, ce qui a bien sûr un impact sur notre vision de l’économie. Mais surtout, il ne manque pas d’artistes pour enfants qui offrent une vision pédagogique ou satirique de l’ensemble de la société. Cette manière d’écrire fait même partie des spécialités de la vieille école franco-belge. Les jeunes qui les lisent s’intéressent surtout au caractère divertissant des histoires racontées, mais pour qui retourne les lire une fois un peu plus âgé, le caractère « sociologique » des histoires racontées est souvent frappant.

 Par où commencer?

Je me suis demandé si j’allais commencer par « Le Schtroumpf Financier » ou « L’archipel de Sanzunron » (de la série Achille Talon). Les Schtroumpfs, c’est une série qui s’adresse à un lectorat plus jeune qu’Achille Talon; un jeune d’aujourd’hui a donc davantage de chance de lire « Le Schtroumpf Financier » avant « L’archipel de Sanzunron ». Mais ce dernier a été publié bien avant, ce qui fait que des gens de mon âge l’ont lu avant « Le Schroumpf Financier ».

 Mais puisqu’il faut choisir, commençons par les petits lutins.

 Les Schtroumpfs: regard général sur la série

La recette des Schtroumpfs, c’est la construction d’histoires qui font une satire des institutions humaines. Le scénario-type est celui-ci: les Schtroumpfs vivent en paix dans un petit village utopique où chacun a son rôle et sa personnalité, quand (soudain!) survient une institution quelconque. Dès lors, les choses vont de mal en pis, et on apprend petit à petit tous les travers de l’institution. Une solution est alors trouvée et le village retrouve sa paix d’origine et son statu quo.

Cette recette, qui apparaît très tôt (dans Le Schtroumpfissîme)  ne touche pas tous les albums, mais tend à se systématiser au fur et à mesure que la série avance. Le Schtroumpf Financier fut publié dans dans la période tardive des Schtroumpfs, où cette recette est devenue quasiment l’unique moteur de la collection.

 Il existe quelques variations dans la série. Notamment, dans certains cas, une certaine utilité est reconnue à l’institution: on l’introduit alors comme une solution à un problème, mais une solution qui dégénère vite (dans Le Schtroumpf Reporter, le journalisme apparaît pour combattre les rumeurs, mais dérive rapidement vers le sensationalisme). D’autres fois, il s’agit uniquement d’un vice ou d’une nuisance, qui ne trouve aucune justification (les jeux de hasard, par exemple).

 Le Schtroumpf Financier

a) De la monnaie au village des Schtroumpfs

Le Schtroumpf Financier se trouve dans cette seconde catégorie. L’histoire, en effet, ne présente aucune utilité à l’argent. La communauté schtroumpf a une économie autarcique, qui fonctionne grâce à un système d’échange de biens et services basé sur la seule entraide (1). Un Schtroumpf  l’explique à Olivier, l’apprenti de l’enchanteur Homnibus: quand on a besoin d’un pain, on va le demander au Schtroumpf Boulanger, et celui-ci le leur donne. Tout simplement.

Olivier, épaté, explique en retour que, chez les humains, tout se vend et s’achète. En visite au village humain, il montre au Schtroumpf comment on échange de l’argent contre des biens. Enthousiasmé, le Schtroumpf décide d’importer ce système au village.

L’enthousiasme de celui qui deviendra le Schtroumpf Financier n’est pas expliqué dans le scénario. Il met beaucoup d’efforts à fabriquer la monnaie, malgré son apparente inutilité (il va chercher de l’or chez le Schtroumpf Mineur, qui est bien content de se débarrasser de cette « saloperie inutile », fait fondre les pièces par le Schtroumpf Bricoleur, qui se demande à quoi ça peut bien servir…) et fait adopter son idée par des Schtroumpfs qui n’y comprennent pas grand-chose. En fait, les premiers échanges monétarisés entre les Schtroumpfs sont présentés comme « amusants », ce qui semble être la clé de l’énigme: ces naïves créatures ont adopté l’argent comme un simple jeu. Il va sans dire qu’ils vont payer le prix d’une telle candeur.

On note donc combien l’introduction de la monnaie chez les Schtroumpfs est artificielle. De la même manière, le montant des prix apparaît de manière artificielle: c’est le Schtroumpf Financier, qui, à l’aide de savants calculs en fonction du coût et du temps de production des biens, fixe une « échelle de valeur ». Chez les Schtroumpfs, les prix ne semblent donc pas s’adapter aux circonstances d’eux-mêmes, comme le voudrait  le principe de l’offre et la demande. On ne voit d’ailleurs aucune illustration claire de ce principe au fil de l’histoire.

b) un système à la dérive

Le premier désagrément survient lorsque le Schtroumpf Cuisinier demande salaire pour le repas. Ayant payé pour les ingrédients et dépensé de son temps, il demande une juste rétribution. En grognant, les schtroumpfs se rendent à la logique de l’argument.

Dès lors, les choses commencent à se mettre en place. Les Schtroumphfs dotés de talents et métiers en demande gagnent bien leur vie: le Cuisinier, le Boulanger, le Paysan, le Mineur, le Bricoleur, le Financier – bien sûr -, tandis que d’autres la gagnent maigrement: le Musicien qui joue faux (mais se fait payer à l’occasion par le Paysan pour faire tomber la pluie), le Farceur qui ne peut pas vendre ses cadeaux piégés (sauf quand quelqu’un veut jouer un tour au Schtroumpf à Lunette), et d’autres ne la gagnent pas du tout: le Schtroumpf Paresseux, notamment. Petite mention à la plainte de la Schtroumpfette: « Schtroumpfer des soins au Grand Schtroumpf, me schtroumpfer du Bébé, les lessives, le ménage… qui va me payer pour tout ça? »

Lorsque le Schtroumpf Paresseux devient sans le sous, le Financier parvient à le convaincre qu’il doit se mettre au travail. Mais alors comment fera-t-il d’ici son prochain salaire? C’est alors que le Financier introduit le prêt avec intérêt. Peu de temps après, le Boulanger arrive avec ses surplus d’argent, le Financier lui offre de le garder pour lui et de le faire fructifier, en lui versant un intérêt. La banque est née.

L’effondrement d’un petit pont introduit un nouveau cycle de problèmes. Alors que normalement les Schtroumpfs se réunissent pour effectuer ce genre de travaux, cette fois, il faut acheter le matériel et payer le temps des ouvriers. La solution? Le Financier offre de payer les travaux, en échange de quoi on lui paiera un droit de passage sur le pont. Les Schtroumpfs commencent à en avoir vraiment marre de payer pour tout. Mais ce n’est pas tout: pour réduire les coûts des travaux, le Schtroumpf Bricoleur accepte des planches de moindre qualité – et touche au passage une petite enveloppe pour préférer ce fournisseur plutôt que l’autre (la corruption fait son apparition). D’autre part, des difficultés inédites surgissent pendant les travaux: les ouvriers quittent le chantier à la fin de leur journée de travail, sans se soucier d’achever ce qu’ils ont commencé.

Mais la vie continue au village. Le Schtroumpf Financier fait preuve de toujours plus de créativité: il place l’argent des riches pour le faire fructifier, prête aux pauvres contre des taux de remboursements usuraires; il invente l’hypothèque, s’approprie des maisons où demeurent des Schtroumpfs désormais devenus locataires; il propose au Grand Schtroumpf de faire réparer son laboratoire contre un pourcentage sur tous les services qu’il fournira aux Schtroumpfs (le Grand Schtroumpf refuse, ne voulant faire payer personne pour ses services).

Au-delà de la mécanique du système, celui-ci va affecter les comportements. L’avarice rend imprudent le Schtroumpf Paysan qui se fait prendre par Gargamel. Il sera aussi libéré par ses compagnons en prenant Gargamel au piège de sa propre avarice. On peut ici noter que l’occasion a été ratée par le scénariste de mettre en scène le rôle de l’argent dans une opération de type secours/militaire; l’épisode apparaît plutôt comme un retour temporaire à la solidarité traditionnelle des Schtroumpfs. Mais peut-être était-ce justement le but que de montrer que certaines crises mènent à l’abandon temporaire des considérations purement monétaires?

Quoiqu’il en soit, alors que dans la plupart des scénarios des Schtroumpfs, la « crise Gargamel » sonne la fin de l’histoire, ce n’est pas le cas ici. Le véritable ennemi, c’est le système monétaire lui-même. Les comportements ne cessent pas de se transformer: certains perdent le sommeil à force de planification financière, rongés par l’angoisse de la pauvreté, d’autres deviennent des lèches-bottes des riches – représentés ici par le Schtroumpf Financier lui-même.

Jusqu’à ce que le ras-le-bol éclate, sous la forme d’un seul individu. « On ne danse plus, on ne chante plus, ce n’est pas une vie! » Il s’exile du village, avec quiconque veut le suivre, pour reconstruire un autre village, où l’argent n’existera pas. Et hop! Tout le monde le suit dans l’enthousiasme, sauf le Schtroumpf Financier. « Vous ne pouvez pas partir, vous me devez de l’argent! » crie-t-il aux autres… qui lui lancent toutes les pièces d’or qu’ils ont et fichent le camps. Alors le Schtroumpf Financier se dit que, au fond, comme ça, tout lui appartient. Puis il réalise qu’il ne sait pas comment faire du pain, ou réparer une charpente… et qu’il se sent seul. Il va trouver les autres, leur rend tous leurs biens et aboli le système monétaire. Au retour, le Grand Schtroumpf lui sert une morale fort curieuse pour l’histoire qu’on vient de lire, comme si Peyo, à la dernière case, refusait d’assumer son propos « Ce qui est bon pour les humains ne l’est pas forcément pour les Schtroumpfs! »

 Commentaire

La schématisation du système économique par Peyo a des allures de modèle théorique, avec ses qualités et ses défauts. On voit qu’elle aboutit à une représentation de l’argent très négative (2).

Au contraire des théories classiques qui présentent l’argent comme un lubrifiant des échanges, ici il apparaît plutôt comme une source de problèmes, qui complique la production et les échanges et nuit à leur efficacité. L’exemple de la réparation du pont est celui qui illustre le mieux cette conception. Le système de corvée collective s’avère, pour cette petite communauté, une solution plus efficace à court terme (le travail est effectué en fonction de l’objectif à atteindre et non en fonction du salaire à obtenir) et plus rentable à long terme (il est à l’abri de la corruption, les matériaux utilisés sont optimaux et l’usage du pont est gratuit pour tous).

L’autre caractère évident de la représentation du système monétaire par Peyo réside dans les inégalités sociales. Nous avons une communauté fondamentalement égalitaire, où le statut des Schtroumpfs n’est pas évalué en fonction de l’utilité comparée de la contribution de chacun à la communauté. Le Poète et le Paresseux peuvent combler leurs besoins de la même manière que le Paysan et le Bricoleur. L’introduction du système marchand dans la communauté a pour effet de réduire l’accessibilité des biens et services, obligeant chacun à se demander ce dont, individuellement, il a le plus besoin. Les Schtroumpfs dont les compétences permettent de satisfaire des besoins matériels deviennent plus riches que ceux qui satisfont des loisirs, ou dont l’utilité se résume au fait qu’ils enrichissent le paysage de leur présence. Il y a donc des pauvres qui ne peuvent pas satisfaire leurs besoins, et des riches qui ont de l’argent à ne plus savoir qu’en faire. Le caractère « utilitaire » des professions rentables comporte deux exceptions principales: le Schtroumpf Financier et la Schtroumpfette.

Le premier a une profession a priori inutile: elle ne remplit pas un besoin matériel. D’ailleurs, elle n’existait pas avant l’introduction de l’argent – un argent dont on a vu qu’il est lui-même absolument inutile à la bonne marche du village des Schtroumpfs. Sa profession crée sa propre utilité, et n’a de sens qu’au sein de ce système. Mais puisque ce système ne semble pas avoir de raison d’être, cela fait du Schtroumpf Financier un parasite, qui prospère uniquement en raison de l’adhésion des autres à ce système. Une telle adhésion, toute entière fondée sur une illusion, s’apparente à de l’aliénation.

La Schtroumpfette, pour sa part (et dans une moindre mesure, c’est aussi le cas du Grand Schtroumpf), fait un travail essentiel, mais gratuitement, parce que ce travail doit bien être fait et que personne n’est disposé à payer pour ce faire, d’autant qu’ils savent que, payée ou pas, elle le fera.

Ce portrait d’ensemble, bien que très sombre, n’est pas une satire bien féroce – et aurait même gagné en réalisme à être plus mordante. Il aurait pu décrire plus en détail la « prolétarisation » des Schtroumpfs pauvres, forcés de devenir ouvriers pour gagner leur vie. Puis l’embourgeoisement des Schtroumpfs riches, cessant de travailler pour déléguer leurs activités à leurs ouvriers et un contremaître. Ç’aurait pu être une occasion pour des Schtroumpfs artistes de s’enrichir en les divertissant, quitte à s’adapter à leurs goûts. Le Schtroumpf à Lunettes aurait pu commencer à gagner sa vie en écrivant des théories économiques sous la dictée du Schtroumpf Financier. J’extrapole, mais je pense rester dans l’esprit initial de la BD. Juste, comme je l’ai dit, un peu plus féroce.

Au milieu des différentes critiques déjà signalées, la principale faiblesse de la représentation offerte par Peyo apparaît avec évidence: elle provient du fait qu’il renonce à donner une explication logique à l’existence de l’argent. Si, dans sa fable, la monnaie apparaît d’abord comme un jeu, puis existe comme une contrainte un peu fétichiste – et illusoire – une telle situation n’existe pas dans la réalité. Ce n’est pas tant que la communauté schtroumpf autarcique, égalitaire et vivant par la seule entraide soit irréaliste: elle l’est, mais pas tant que ça. Il existe des groupes humains qui fonctionnent ainsi, sans échange marchand (dans le terme « marchand », j’inclue les échanges monnétarisés et le troc), par l’entraide et le don (3). Ce qui est irréaliste, c’est qu’un tel groupe adopte l’argent sans raison, car l’argent y constituerait effectivement un système moins efficace que le précédent. Pour adopter les échanges marchands, une société doit y trouver un avantage.

Il est possible (mais je m’aventure un peu) d’interpréter la dernière phrase du Grand Schtroumpf en ce sens. Si dans ce qui est bon pour les Humains n’est pas nécessairement bon pour les Schtroumpfs, on entend par « Humains » une société complexe et vaste, et par « Schtroumpfs » une société de petite échelle, autarcique et simple, alors elle acquière davantage de sens qu’un simple refus par le scénariste d’assumer son propos. Elle signifierait alors que les questions « pourquoi les échanges marchands? pourquoi les systèmes monétarisés? » demeurent ouvertes. De fait, elles le sont: on trouve dans la littérature anthropologique de vastes débats sur le sujet (la littérature anthropologique est d’ailleurs beaucoup plus riche sur cette question que les théories économiques, et les économistes auraient sans doute intérêt à s’y intéresser de plus près qu’ils ne le font).

Dans Le Schtroumpf Financier, l’inutilité de l’argent conditionne aussi la facilité apparente de la solution. Si l’argent est inutile, alors un acte de désobéissance civile ponctuel (car le refus soudain des Schtroumpfs d’avoir recours à l’argent en est bien un) a un effet radical et définitif. Il est pratiquement sans conséquences, et rétablie du même coup à la fois l’égalité sociale, la liberté et la joie de vivre. Mais si c’était si facile, on l’aurait fait depuis longtemps!

 Notes

(1)On notera que, dans Les Schtroumpfs, comme dans de nombreuses autres séries, il y a une certaine plasticité dans la représentation de la communauté où se déroule l’histoire. On voit parfois, dans les autres albums, les Schtroumpfs échanger des choses contre des noisettes, qui servent de monnaie, ou parier des noisettes. Mais on adapte les hypothèses au besoin du scénario: dans « Les Schtroumpfs joueurs », on suppose que les paris ne sont pas connus des Schtroumpfs au début de l’histoire, tandis que dans « Le Schtroumpf financier », on suppose qu’il n’y a jamais eu de monnaie chez eux.

(2) Signalons en passant que, depuis longtemps, beaucoup de gens spéculent sur la possibilité que les Schtroumpfs véhiculeraient une idéologie communiste. Tant qu’à aller par là, ça me paraît plus anarchiste que communiste.

(3) Pour autant, de tels systèmes n’excluent pas forcément des jeux de pouvoir et des inégalités sociales.

L’éducation et l’économie

janvier 9, 2013

Ce billet traînait dans mes archives depuis un moment. Après quelques corrections mineures, je le publie donc maintenant. Le contexte a un peu changé: à l’époque où j’en ai jeté les bases, la grève étudiante était encore en cours; maintenant, la question universitaire n’est pas réglée, mais se discute dans le cadre du sommet sur l’université (un sommet que je regarde avec méfiance, car son caractère précipité me semble incompatible avec une réflexion approfondie dont nous avons cependant un besoin criant).

À suivre de loin les discours de chacun des partis en présence sur la question du rôle de l’université, on croirait assister à un affrontement entre deux conception de l’éducation, l’une qui cherche à mettre l’Université au service de l’économie, l’autre qui cherche à détacher la première de la seconde, ne réservant à cette dernière que le rôle de financer inconditionnellement la première. Cette analyse me paraît, en grande partie, être un mythe.

À présenter les choses ainsi, nous perdons de vue qu’il y a plusieurs manières d’articuler éducation et économie. Or, si on dresse le modèle scandinave en exemple à suivre – du côté étudiant – on accepte un système universitaire dont l’une des caractéristiques fondamentale est son efficacité à servir l’économie de son pays.

Le système scandinave, en effet, jumelle la gratuité scolaire à la facilité du licenciement des employés, le soutien par l’État des études des jeunes étudiants, mais aussi des travailleurs au chômage [1]. Un tel système privilégie une facile reconversion des travailleurs d’un secteur vers l’autre, permettant ainsi de lutter contre le chômage structurel en renouvelant les compétences de la main-d’oeuvre. Le travailleur dont les compétences sont inadéquates dans un secteur est alors poussé à des réorientations jusqu’à ce qu’il trouve sa place au sein du système économique.

Ce système est, à n’en pas douter, une manière de mettre l’Université au service de l’économie. Mais il présente aussi deux caractéristiques: (1) l’économie y est envisagée sous l’angle social et national; (2) l’Université est mise au service de l’économie sans être soumise à la logique du marché.

Le système universitaire anglo-saxon, modèle de la réforme Charest, est une autre forme d’articulation entre économie et université. Il s’agit ici de faire de l’université une entreprise comme les autres. Cela signifie que: (1) la recherche produite par l’université doit être faite en fonction d’objectifs de rentabilité ou en fonction du bon plaisir du mécénat; (2) les étudiants ne sont plus considérés comme des membres de l’université, mais comme sa clientèle, ce qui implique qu’ils doivent payer pour le service offert. L’investissement initial consenti par l’étudiant (c’est ainsi qu’on qualifie les frais de scolarité) étant une source de revenus pour l’université où il s’inscrit, le taux de diplomation y devient un argument de vente pour attirer davantage d’étudiants; l’université a alors intérêt à tout faire pour booster ce taux. Cela revient donc à soumettre l’institution universitaire à la logique du marché.

Ce système établit une coupure entre l’étudiant et sa fonction sociale: l’université n’y est pas redevable à la société de ce qui sort de ses classes.

Dans ces conditions, on voit mieux pourquoi les ajustements à l’aide financière aux études sont insatisfaisants. Car ils ne sont pas une mesure de justice sociale. Au mieux, il s’agit d’une béquille pour mieux faire accepter qu’on impose un frein considérable à la poursuite des études. La possibilité de reconversion du travailleur est minimale, puisque celui-ci s’endettera à chaque retour aux études.

Une université qui est soumise aux logiques du marché (« marchandisée ») n’a pas la possibilité d’agir comme régulateur du marché. C’est l’une des leçon que je retiens de la comparaison entre les deux systèmes.

[1] cette description se base sur les résumés gracieusement faits par un ami qui a étudié ce système cet été. L’analyse qui suit relève de mes réflexions sur cette description.

Desjardins sur les vertus de la coopération

juin 15, 2012

Tiens, je récidive, avec une citation tirée du même bouquin que précédemment.

Parlant des coopératives, Alphonse Desjardins disait:

Dans ce nouveau genre d’association, ce n’est pas le capital qui domine, qui fait la loi et règle tout, mais c’est la personne. Le capital n’est que l’accessoire, non le principal. Les personnes éprouvant les mêmes besoins, à la recherche des mêmes satisfactions légitimes, mais frappées de la même impuissance économique se réunissent, et par une entente basée sur la justice et l’intérêt de tous, forment ces sociétés où règne une parfaite égalité […]. La coopération a ceci de particulièrement attachant, c’est qu’elle étend ses bienfaits à tous. […] Elle présente en plus cette caractéristique bien digne de toutes nos préférences, de reposer complètement sur le principe si chrétien de l’union pour la vie, et non pas de la lutte pour la vie.

plus loin dans le même texte, il ajoute que la coopération est un moyen de faire

disparaître cette contradiction choquante entre nos institutions démocratiques, qu’elles soient nationales, provinciales ou municipales, où les voeux du peuple peuvent prévaloir, et notre régime économique, dominé presque sans contrôle par une sorte d’aristocratie toute-puissante.

Alphonse Desjardins, “L’union des forces sur le terrain économique”, Conférence donnée au Congrès des Ligues du Sacré-Coeur tenu à Montréal le 10 septembre 1910, dans La Vérité, 24 septembre 1910, p.75,82.

Cité dans POULIN, Pierre, Histoire du Mouvement Desjardins, Tome 1: Desjardins et la naissance des Caisses populaires, 1900-1920, Montréal, Québec/Amérique, 1990, pp.84-85.

La pensée économique classique, caduque déjà en 1910

juin 6, 2012

J’ai feuilleté aujourd’hui le deuxième chapitre d’une histoire du mouvement Desjardins. Ce chapitre portait sur la pensée d’Alphonse Desjardins, et contenait plusieurs citations de ses articles et conférences. D’après l’auteur du livre, la pensée politique et économique du fondateur des caisses populaires est difficile à saisir, puisque ses écrits étaient avant tout destinés à faire la promotion de son projet: ils étaient donc rédigés avec précaution, afin d’éviter de heurter les sensibilités et de provoquer des oppositions idéologiques.

On y trouve néanmoins quelques belles pièces, très éclairantes. Desjardins ne semble pas avoir été anticapitaliste, il souhaitait simplement asseoir le capital sur la coopération. Peu intéressé par les syndicats, il ne souhaitait pas combattre le capital, mais le mettre au service du peuple. Le mouvement coopératif devait servir à donner aux canadiens français un pouvoir économique qui devait ultimement leur permettre un plus grand rayonnement.

On y trouve également ce bel extrait, à propos des concentrations de capitaux destinées au développement économique. On y observe que la théorie idéalisée de la concurrence des économistes classiques lui paraissait dépassée, déjà en 1910. Alors pourquoi continue-t-on à nous servir cette bêtise un siècle plus tard?

« Conçu d’abord pour les grandes entreprises exigeant la mobilisation d’immenses capitaux, il [le régime d’association de capitaux] offre des avantages spéciaux à ceux qui les possèdent; il tend à favoriser la centralisation des forces de ces mêmes capitaux entre les mains de quelques audacieux accapareurs qui, sur le champ de bataille des intérêts économiques, rêvent exploits, conquêtes, écrasement de leurs concurrents tout comme les guerriers professionnels d’autrefois, dont l’unique carrière était les combats, qui louaient leur intrépidité aux plus offrants sans égard à la justice ou à l’iniquité des causes que le hasard ou leur avidité leur faisait embrasser. De là ces gigantesques compagnies à fonds social, véritables pieuvres qui pressurent le consommateur, exterminent leurs rivaux, rendent dérisoire la concurrence que la vieille école des économistes nous offre – sans plus y croire – comme un remède infaillible aux maux du monopole, puisque l’un des buts de la création de ces formidables machines de guerre économique est de détruire, sans égard pour les faibles, cette même concurrence sur le marché national avec espoir peut-être d’en faire autant sur le marché mondial. »

– Alphonse Desjardins, « L’union des forces sur le terrain économique », Conférence donnée au Congrès des Ligues du Sacré-Coeur tenu à Montréal le 10 septembre 1910, dans La Vérité, 24 septembre 1910, p.75.

Cité dans POULIN, Pierre, Histoire du Mouvement Desjardins, Tome 1: Desjardins et la naissance des Caisses populaires, 1900-1920, Montréal, Québec/Amérique, 1990, p.82.

Pourquoi la hausse ne règlera rien

mai 20, 2012

Alors, je ne suis pas économiste. Pas un grand calculateur, ni un scrutateur aussi attentif que je le devrais aux chiffres qui défilent constamment devant nous.

Qu’à ne cela tienne. Je me sens pourtant capable de donner une petite leçon d’économie à des gens comme Guy Breton, Alain Dubuc, Jean Charest et quelques autres qui justifient la hausse des frais de scolarité en évoquant le « sous-financement » de nos universités.

Une leçon d’économie qui s’applique sur quelques principes de base, des principes chers aux idéologies qui ont justifié la grève.

Une leçon qui, cependant, s’adresse moins aux incurables défenseurs de la hausse qu’à ceux qui les lisent et les croient.

On nous dit, donc, que le gouvernement n’a pas de marge de manoeuvre et ne saurait dégager les sommes pour un réinvestissement en éducation supérieure. Croyons-le sur parole pour le moment. On nous dit, par ailleurs, que les universités québécoises sont sous-financées et qu’il est urgent de leur procurer des fonds. Je ne vais pas ici chicaner la question du sous-financement ou du « malfinancement », selon l’expression de l’IRIS. Je vais plutôt admettre la thèse du sous-financement tel que nous la présentent les partisans de la hausse.

Et cependant, je vais questionner: sous-financé par rapport à quoi? Le discours qu’on nous sert est celui de la compétitivité. Nos universités devraient être compétitives afin de – comme l’a dit une fois Liza Frulla, au Club des Exs – attirer de bons professeurs-chercheurs grâce à des salaires élevés. Ces professeurs, dotés d’une mobilité internationale, iraient facilement trouver mieux, dans des universités payant plus cher, notamment aux États-Unis.

Cette logique de compétition mondiale place les universités québécoises en compétition avec des universités qui chargent des frais de scolarité très largement supérieurs à ce que nous atteindront avec la hausse, et qui bénéficient par ailleurs de dons d’un secteur privé richissime. La hausse aura beau apporter quelques millions dans les coffres de nos universités, il y a loin de la coupe aux lèvres avant de prétendre être compétitif dans ce domaine.

On nous a annoncé la hausse comme un « rattrapage » suivant le dégel des frais. Cela tend à envoyer le message qu’après la hausse, il y aura une simple indexation des tarifs. Si cela devait être, l’argument des universités compétitives ne tient pas la route: nos universités auront encore un financement très maigre par rapport à celles qu’on nous indique comme des modèles, dans les pays anglo-saxons. Pour aller dans le sens de la compétitivité, il faudra que la hausse actuelle soit suivie d’autre hausses, et puis d’autres, et encore. Où cela va-t-il finir? Difficile à dire. Dans une logique de compétition, le principe de la surenchère est roi. Tout au plus pourrions-nous avancer que la surenchère cessera lorsque les étudiants seront plus demandés que demandeurs. Veut-on vraiment en arriver là?

Au fait, qu’est-ce qu’un bon professeur-chercheur, qu’on voudrait absolument retenir, sur le marché international des profs? Les talents pédagogiques font-ils parti des critères retenus? qu’on me permette le scepticisme sur cette question. Les talents de chercheurs? sans doute, mais lesquels? la capacité à remplir une demande de subventions? le contenu des recherches importe-t-il, ou seulement le nombre des publications? Suite à ces questions, je terminerai simplement en vous invitant à lire le Manifeste pour des Universités à la hauteur de leur mission, dont je suis signataire.

Zombis mathématiques

juin 13, 2010

Bon, allez, je vais reparler de zombis. Un choix probablement influencé par le fait que je viens de regarder Zombis 2, de Lucio Fulci (disponible saucissonné en tranches de dix minutes sur YouTube, version non-censurée, en anglais et en espagnol… je l’ai écouté en bilingue). Mais c’est pas vraiment de ce film là que je vais parler (en résumé: série B, du gore, des invraisemblances, des jolies actrices qui se déshabillent avant de se faire bouffer, un rythme correct, une trame sonore plutôt bonne, deux scènes cultes pour les amateurs). Non, je vais plutôt reparler de Walking Dead, puisque Robert Kirkman s’efforce d’écrire un scénario plutôt intelligent, contrairement à Fulci qui s’en fiche pas mal.

Et je vais spoiler, parce que j’en ai envie. Ça se passe à quelque part autour du 9ième ou du 10ième volume de la VF, mais je mentionne au préalable des observations allant du tome 2 au tome 5.

Dans cette série, certains personnages se révèlent être des observateurs attentifs des comportements zombis. C’est déjà surprenant en soi: comme Kirkman respecte scrupuleusement le stéréotype basique du zombi, on voit mal, à priori, ce qu’il y a à observer à part des cadavres ambulants qui bouffent ce qui leur tombe sous la main. Et pourtant, Kirkman trouve. Petit à petit, ses personnages font des observations, des questions commencent à se poser. On voit deux sortes de zombis: ceux qui restent sur place jusqu’à ce que la viande se manifeste, et ceux qui marchent jusqu’à ce qu’ils tombent sur de la viande. Et puis, comme le groupe est retranché dans une prison et qu’une petite bande en sort, l’un d’eux remarque que les zombis croisés marchent tous dans la même direction… « comme s’ils savaient où aller ». Comment cela se fait-il, alors que leur intelligence voisine le zéro absolu? Plus tard, une survivante explique comment « ça marche, dehors »: on passe devant un zombi, souvent sans s’en apercevoir, mais lui voit passer la proie, sans l’attraper parce qu’il est trop lent… mais il la suit; et les suiveurs s’accumulent avec le temps, jusqu’à ce que la proie, fatiguée, doive s’arrêter. Elle aura alors intérêt à les avoir assez distancé pour les semer.

Après ces observations préparatoires, d’autres survivants se joignent au groupe, et leur explique un nouveau concept: la Horde. Qu’on tire un coup de feu, par exemple, et tous les zombis assez proches pour l’entendre suivront la direction du son. Si en chemin un zombi en croise un autre, il le suivra, supposant que l’autre suit quelque chose qui se mange. Ils peuvent se suivre l’un l’autre (puisqu’ils ne communiquent pas – ils savent seulement que l’autre va dans telle direction). Et s’ils croisent d’autres zombis en chemin, ils auront le même comportement. Cette mathématique de l’accumulation donne lieu au phénomène de la Horde: des centaines de zombis qui vont tous dans la même direction, simplement parce que les autres y vont. Cela va plus loin: s’ils croisent une maison déserte, l’un va approcher une fenêtre ou une porte, l’autre croira qu’il veut entrer et s’efforcera d’entrer aussi, cognera dedans, sera imité par les autres… jusqu’à destruction de ce qui peut être détruit. La Horde est ainsi présentée comme particulièrement dangereuse pour ceux qui optent pour un « camp fixe » (par opposition à ceux qui optent pour le nomadisme).

Ce à quoi ce concept de Horde m’a fait pensé, c’est à un vieil article de mathématiques sociales. On y exposait le problème suivant. Dans une pièce où il y a deux portes, une bonne et une mauvaise, et remplie de gens qui ne communiquent pas entre eux, n’ont aucune idée quelle porte est la bonne, et ne savent pas que les autres ne savent pas, quel sera le comportement de la foule? Le premier à se décider pour une porte sera conscient qu’il a une chance sur deux d’avoir raison. Mais le suivant supposera qu’il a peut-être une information que lui n’a pas, et considérera que la porte choisie par le premier est, logiquement, plus probablement la bonne que l’autre. Il estimera donc qu’il a intérêt à choisir la même que son prédécesseur. Le troisième verra deux personnes choisir cette porte, y verra un indice sérieux, et ainsi de suite. Chacun, à l’exception du premier, aura l’impression de faire un choix rationnel en fonction de probabilités qui, estime-t-il, jouent en sa faveur. Cette métaphore était, dans le vieil article auquel je me réfère, utilisé pour illustrer le comportement de joueurs en bourse. Il ressemble étrangement au comportement des zombis de Kirkman. De l’horreur sociologique, comme dit un ami.

Alors, finance et zombis, même combat?