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Les dialoguistes

août 27, 2011

Que voilà un genre littéraire ancien. Littéraire dans le sens large: celui des lettres, pas forcément de la fiction. Historiquement, le dialogue a davantage prospéré dans les genres attenants à la philosophie qu’à ceux de la fiction de divertissement. Encore qu’il existe des gens pour lire de la philosophie pour leur divertissement, mais ne compliquons pas déjà les choses, voulez-vous?

Il y a maintenant un an et vingt jours, mon ami Gabriel demandait sur son blogue ce qui fait un bon dialogue. Curieusement, alors qu’il avait lui-même mis l’accent dans son billet sur le dialogue comme genre littéraire en lui-même, proche de la philosophie, l’unique réponse qui lui fut faite paraît concerner le dialogue comme partie d’un roman. Il faut dire que lui-même, en fin de billet, avait élargit le champs des possibilités à tout genre contenant un dialogue. Or, l’un et l’autre dialogue ont des objectifs différents et répondent à des critères de qualité distincts.

Lorsqu’on écrit un dialogue dans le cadre d’un roman, la recherche d’une pensée n’est pas la priorité. Elle peut s’y trouver, mais le dialogue est au service des personnages et de l’intrigue, plutôt que l’inverse. On peut (et, très souvent, on doit) créer entre les personnages une asymétrie. Le dialogue reflète une personnalité qu’il nous aide à connaître, mais que nous connaissons également par d’autres moyens: ses pensées, si l’auteur les transcrit dans sa narration, ses actions, etc… le dialogue de fiction ne peut pas être vu, dans l’absolu, comme un affrontement entre deux personnages: cette dimension d’affrontement n’apparaît que si, à ce moment précis de l’histoire, se trouve un affrontement – convaincre, confronter, pour un motif exposé ailleurs. Et si se produit affrontement dans le dialogue, celui-ci n’est pas forcément égal: un personnage brillant et manipulateur qui tente de convaincre un autre, candide et simplet, de la justesse de son point de vue, a toutes les chances d’y parvenir. Et le ressort dramatique du dialogue se situe alors justement dans cette inégalité, et dans les conséquences qui en ressortiront par après.

Dans le dialogue de nature philosophique, l’argument fictif est réduit au strict minimum. Le contexte est posé rapidement: identité des personnages (laquelle peut se réduire à un archétype sans réelle personnalité), contexte de leur rencontre, et motif pour louer le dialogue (c’est essentiel quand Socrate veut convaincre son disciple qu’il doit se laisser mettre à mort; c’est facultatif quand deux amis discutent de la valeur d’une loi autour d’un scotch dans salon de gentlemen). C’est à ce point minimaliste que certains auteurs de dialogues philosophiques se passent bien de poser le contexte, et se contente d’ouvrir le texte par la première réplique.

Et c’est à ce moment que s’ouvrent les enjeux qui font le bon et le mauvais dialogue. Selon les cas, on pourra voir des dialogues polémiques, des dialogues éducatifs ou des dialogues interrogatifs (sans soucis de vouloir dresser une carte exhaustive du genre).

Le dialogue polémique porte sur un enjeu qu’on imagine susciter la controverse, sinon il perd de son intérêt. Le plus souvent, l’auteur du dialogue a son opinion déjà faite, et cette opinion va s’identifier à l’un des personnages. L’auteur s’imagine que son public cible, celui qu’il veut convaincre, s’identifie au personnage adverse. L’objectif du dialogue est alors de synthétiser dans « l’autre » personnage les arguments utilisés par le camps auquel l’auteur s’oppose, et d’utiliser « son » personnage pour les démonter un à un. Et là réside le piège, à la fois si évident et si irrésistible: déprécier le personnage défendant l’opinion antagoniste, et faciliter la tâche à celui auquel l’auteur s’identifie. Cela fait un mauvais dialogue, dont l’intérêt philosophique est très bas: à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, et à convaincre un imbécile, on ne démontre pas son intelligence. L’auteur qui tombe dans ce piège (et ils forment une très importante proportion des auteurs de dialogues, peut-être même la majorité d’entre eux) n’aide pas vraiment sa cause: il a insulté l’adversaire (donc pas près d’être convaincu), a passé pour un imbécile qui n’a rien comprit des arguments qui sont opposé à sa cause, et n’a fourni aucun outil utilisable à ses alliés qui sèchent dans les débats. Pour ces raisons, il vaut mieux s’efforcer, dans un dialogue polémique, d’opposer des personnages d’intelligence égale: il faut s’efforcer de convaincre le lecteur que si l’un des personnages l’emporte sur l’autre, ce n’est pas parce que « l’autre » est moins intelligent, et ce n’est surtout pas parce que l’auteur a triché dans les arguments: c’est simplement parce que cette conclusion devait éventuellement survenir. Le mauvais dialogue se reconnaît souvent assez facilement à la capitulation rapide d’un des personnages, ou au fait qu’on met dans sa bouche des hésitations « euh… », des exclamations sans intérêt « ça n’a rien à voir! » (sans développement pour suivre) – deux stratégies qui servent à le déprécier – ou qu’il admet être convaincu. Une bonne attitude pour un auteur de dialogue est peut-être de s’imaginer dans la peau d’un coach s’adressant à ses alliés: il doit représenter l’adversaire le plus ingénieux qu’ils puissent rencontrer et leur montrer comment le défaire – sans quoi ils se feront manger tout crus. Une autre stratégie intéressante consiste à faire se séparer les personnages sans qu’ils se soient mis d’accord sur une conclusion. Il s’agit non seulement d’une situation réaliste, mais elle présente pour l’auteur deux autres avantages: elle offre une illusion de neutralité (même si un lecteur un peu alerte identifiera son point de vue sans difficulté, en analysant la qualité des arguments des deux personnages) et, en visant cet objectif, il se met dans un état d’esprit qui lui permettra plus facilement de faire un dialogue à peu près équitable. Bien que dans la réalité il arrive assez souvent qu’une personne qui se soit fait complètement écraser dans un débat quitte sans changer d’avis, les personnages de philosophie ne sont pas des personnages réalistes, ils sont d’une autre trempe: il est plus facile de faire avaler au lecteur qu’ils se séparent sans s’être mis d’accord si le fossé entre leurs argument n’est pas trop accusé.

Le dialogue éducatif se situe dans un contexte quelque peu différent. L’enjeu n’est pas forcément polémique, il peut même être assez consensuel au sein d’une société. Un bon exemple fut la littérature catéchétique, qui utilisa abondamment ce genre (encore que la religion ne fut pas toujours consensuelle, mais beaucoup de catéchismes utilisèrent ce genre dans des contextes où la religion n’était pas remise en cause en elle-même: il s’agissait vraiment d’éduquer). Dans un dialogue éducatif, la dissymétrie entre les personnages est plus acceptables: il s’agit typiquement d’une relation de prof à élève. L’élève émet des doutes, des questions, et le prof résout les problèmes qui se posent à lui. Éventuellement, c’est le prof qui pose des questions, mais avec un objectif pédagogique: par ces questions, il guide l’élève qui finira lui-même par formuler la conclusion attendue. Le bon dialoguiste sera alors celui qui aura une bonne connaissance du type d’élèves qui liront le dialogue, ou formeront la classe du prof qui lira le dialogue: le personnage-élève doit refléter dans une certaine mesure l’élève réel. Le risque est de faire un personnage trop idéal; mais l’opposé, un élève complètement indiscipliné, ferait sortir le dialogue du genre de la philosophie/pédagogie, et le ferait entrer dans celui du drame ou de la comédie (c’est selon).

Troisième possibilité, le dialogue exploratoire. Peut-être le plus délicat des trois. Ici, les enjeux du débat sont plus difficiles à cerner: ils se dessinent au fil du dialogue. Il peut s’agir d’une polémique, en particulier s’il s’agit d’un polémique où l’auteur n’a pas décidé dans quel parti il se trouve. Il peut aussi s’agir d’une énigme que les personnages s’efforcent de résoudre, en se renvoyant la balle et mêlant les méthodes de brainstorms et de débat contradictoire. Ici, la symétrie des personnages peut être un atout, mais n’est pas obligatoires. En fait, ce type de dialogue est celui qui offre la plus grande liberté de stratégies. Il peut s’agir de deux personnages égaux apportant chacun leur pierre à l’édifice. Il peut s’agir d’une relation de type Holmes-Watson: Sherlock Holmes disait (je ne sais plus où) que Watson n’était « pas une lumière, mais un conducteur de lumière », entendant par là que si Watson n’arrive pas à résoudre les énigmes policières lui-même, il est assez intelligent pour saisir les raisonnements de Holmes et poser de bonnes questions; ainsi, la conversation avec Watson stimule Holmes et l’incite à développer plus largement son raisonnement et à le pousser plus loin. Les dialogues Holmes-Watson appartiennent à la fiction, mais ont une structure très typée qui peut parfaitement se transposer à la philosophie. Autre stratégie possible: il peut s’agir d’un dialogue entre une personne qui apporte les informations, et une autre qui apporte le raisonnement. Beaucoup d’autres possibilités peuvent être envisagées. Le plus important est d’installer entre les deux personnages une dynamique féconde.

Quant à moi, c’est à ce dernier type de dialogues que va mon intérêt premier. Et c’est le dialogue éducatif qui, dans l’absolu, m’intéresse le moins. Mais il m’intéressera beaucoup plus qu’un dialogue polémique où l’auteur est tombé dans le piège commun de faire de son personnage antagoniste un parfait crétin.

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Don Quichotte l’antipathique

juillet 16, 2011

J’ai commencé à lire L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche (oui, en français) il y a un bail, et il me faudra sans doute encore un bail avant de le terminer. Je n’ai pas encore achevé le le premier tome. Pas que je n’aime pas. Disons que ce n’est pas de ces livres qui me forcent à les lire contre mon gré. Dans les deux interprétations possibles de l’expression: pas de ces livres qui m’absorbent au point où j’oublie tout, et délaisse tout, jusqu’au moment d’arriver à la fin (vulgairement, pas un page turner); pas non plus de ces livres qu’on lit par sentiment d’obligation, même si on n’en a pas envie. Plaisant, mais à petite dose, d’autant qu’il me paraît un peu répétitif.

Je ne résiste cependant pas à la tentation d’offrir quelques réflexions sur le personnage, avant d’avoir fini le livre. Sans grandes prétentions bien entendu, puisque je ne l’ai pas fini, ce livre même qui est sans doute l’un des romans les plus analysés et les plus commentés de l’histoire de la littérature universelle. Oubliez la bible, il n’y a que le Quichotte, raille-t-on parfois en coulisse de cette abondance du commentaire.

Don Quijote a la curieuse réputation d’être un personnage sympathique. À quelque part entre le doux rêveur inoffensif  et le vaillant défenseur de la veuve et l’orphelin. Le doux rêveur ayant la merveilleuse capacité de s’évader d’un monde trop routinier, trop plat, trop morne, vers un autre, peuplé de géants et d’enchanteur, où tout prend un sens, et une saveur épique, le soupirant de Dulcinée serait le triomphe de la fantaisie sur l’ennui. Le vaillant chevalier défendant les justes causes, sans se laisser perturber par le réalisme apparent des objections qu’on lui présente, résistant contre vents et marées, imperturbable dans sa quête, l’ingénieux hidalgo de la Manche serait un modèle d’abnégation.

La réputation du personnage est tout de même curieuse, car elle représente quelque chose comme un virage à 180º sur l’intention initiale de Cervantés. Ou peut-être pas tant, car, sans doute, l’auteur s’est pris d’affection pour son personnage, et avait bien l’intention d’amuser, aussi se colore-t-il aisément de ces teintes sympathiques. Pourtant, Cervantés voulait surtout montrer à quel point don Quichotte était ridicule, et combien ses lectures étaient nuisibles. Il condamnait les romans de chevalerie (à l’exceptions de quelques-uns, qui échappèrent au bûcher imaginaire du chapitre 6), et ne cachait pas son impatience face aux trop grands admirateurs du genre, qu’il caricaturait à travers un Quichotte devenu incapable de distinguer la réalité de la fiction.

Certes, l’interprétation d’un personnage peut changer au fil du temps, il n’est pas interdit de se réapproprier une oeuvre, surtout classique. En l’occurrence, toutefois, la radicalité du changement a de quoi faire sourciller. Je crois – mais quelques quichottologues auront sans doute déjà étudié de près les variations de la figure du Quichotte au fil du temps – que ce sont les romantiques qui ont imprimé le virage à l’interprétation commune du personnage pour lui donner le tour que nous lui connaissons aujourd’hui, si bien résumé dans la phrase de Quichottine: « […] ce héros d’un autre temps qui a su le traverser pour nous faire rêver, encore aujourd’hui, à un monde où tout serait possible. »

À la lecture du plus célèbre roman de Cervantés, toutefois, il ne m’est pas possible de trouver don Quichotte tout à fait sympathique, et il me vient en tête une interprétation du personnage rompant tout à fait avec l’idéalisme romantique et (peut-être même?) plus en phase avec l’esprit cervantinien (au temps pour ma prétention à faire une analyse sans prétention…). Le Chevalier à la Triste Figure m’apparaît en effet comme l’archétype de l’idéologue. Ceux qui me connaissent savent que je n’ai guère de sympathie pour les idéologues.

Don Quichotte est, oserais-je même dire, un dangereux idéologue. Comme tout idéologue, il déforme la réalité pour la conformer des modèles préétablis qu’il a trouvé dans des livres. Pour lui, c’était des romans de chevalerie – et sa biliothèque contient bien peu de livres qui n’en soit pas, à l’exception notable des livres de poésies. Pour d’autres, ce seraient les romans dystopiques ou les manuels de théorie économique classique. Mais le principe est toujours le même: assujetir la réalité au contenu d’un ensemble très homogène de livres.

Et il n’est pas inoffensif, loin de là! Il peut bien le paraître lorsqu’il charge, lance droit devant, un moulin à vent, pour s’écraser dessus et être jeté cul par terre, emporté par l’aile du moulin qu’il avait perforé de son arme! On se dira alors qu’il n’est dangereux que pour lui-même, qu’il eût mieux fait d’écouter le pragmatique, quoique simplet, Sancho Pança, qui lui criait dès le début de l’aventure que ces moulins n’étaient pas des géants! Mais cet épisode du chapitre 8 a beau être le plus célèbre de l’histoire, ce n’en est qu’un parmi beaucoup d’autre, dans un roman bien long. Il se précipite sur un marchand qui refuse de dire que Dulcinée est la plus belle sans l’avoir vue, avec l’intention de l’embrocher sur sa lance (finalement, Rossinante trébuche et c’est lui qui se retrouve rossé) – chapitre 4; il attaque d’innocents moines et se bat contre un écuyer biscayen – tous accusés à tort d’avoir enlevé une damoiselle- chapitres 8 et 9; croyant connaître la recette d’un baume miraculeux guérissant toutes les blessures, il s’empoisonne et empoisonne Sancho avec – chapitre 17… et je ne dis pas tout, bien sûr!

Emporté par sa folie, Don Quichotte est un homme dangereux dont il est plus sécuritaire de ne jamais croiser la route. Si vous l’élisez au gouvernement, il lèvera une armée de croisés pour « libérer » Jérusalem et massacrer des maures.

Comme tout idéologue, notre Quichotte a aussi un petit côté manipulateur, car il veut partager sa vision tronquée du monde. Plus cultivé que la moyenne des ours, il arrive à embobiner quelques esprits impressionnables, en premier lieu celui du pauvre Sancho. Le pragmatique écuyer de l’hidalgo manchego ne déforme pas la réalité de lui-même, car il « n’entend rien aux choses de la chevalerie errante », il voit les choses telles qu’elles sont… mais croie le plus souvent son maître sur parole dès lors que ce dernier lui explique comment il doit voir les choses. Le chevalier le persuade si bien qu’il quittera femme et enfants pour poursuivre des chimères, espérant, parce qu’on le lui avait promis, qu’il sera gouverneur et comte d’une île et qu’il finira sa vie dans l’opulence. Le pauvre homme, dans tous les sens du terme, est bon bougre, homme de bien (« si toutefois on peut donner ce titre à celui qui est pauvre » remarque finement le narrateur), mais abandonne ainsi les siens dans le besoin et va chasser le dahu avec l’ingénieux hidalgo, subjugué par la culture du délirant.

On se demandera après pourquoi je trouve don Quichotte antipathique.

Oh, certes, il ne fait pas le mal par malignité. C’est peut-être pire, en fait: il fait le mal, absolument persuadé que son jugement est infaillible et de représenter le bon droit.

Cette carte en plastique qui tient lieu de papiers

mai 17, 2011

Hier, 16 mai, cela faisait exactement 40 jours que j’avais reçu la lettre de la extranjería me disant que je pouvais aller chercher ma carte d’identité étranger, celle qui me permet de rester en Espagne jusqu’à la fin de l’année. J’avais commencé les démarches vers la fin octobre/début novembre, c’est dire si la bureaucratie espagnole se traîne comme un escargot handicapé. J’étais allé dès le lendemain chercher ma carte… pour constater que j’avais lu la lettre un peu trop vite: elle disait que je pourrais aller chercher ladite carte à partir de 40 jours après avoir reçu la lettre!

C’était donc hier le grand jour. 39 jours plus tôt, j’étais allé à la extranjería, que j’avais trouvé quasiment déserte. Presque pas de file d’attente, j’étais passé (en vain) presque immédiatement. Cette fois, bien sûr, ultime torture planifiée pour ceux qui allaient être libérés de ce système, tout le monde était là en même temps et il fallait… attendre! Comme si ça ne faisait pas déjà plus de six mois qu’on attendait.

La file d’attente avance… en approchant de la fenêtre, je remarque une inquiétante affiche disant, en gros, que pour ceux qui ont reçu leur lettre, ils doivent venir à partir de 45 jours après avoir reçu la lettre! Mais sur la lettre, c’est bien écrit 40… les paperassistes ont une imagination sans bornes pour inventer de nouveaux supplices. Là, règne l’incertitude.

Mais, non! ils ont reçu ma carte! Pas de demande surprise!

Donc voilà, c’est fini.

Je rentre tranquillement. En sortant de l’extranjería, environ 50 mètres plus loin, un monsieur dans la soixantaine environ m’aborde. Le ton de la voix est celui d’un cassette préenregistrée, le boniment bien rodée d’un mendiant ou d’un vendeur de rue. Absorbé dans mes pensées, qui sont retournées dans leur niche habituelle (appelée « thèse ») je fais négligemment « non » de la tête tandis qu’il me mets sous le nez une carte en plastique et un carnet bleu, et je poursuis mon chemin.

Ce n’est qu’une vingtaine de pas plus loin que l’image se fraye un chemin jusqu’à mon cerveau et passe par le processus de reconnaissance et d’interprétation des images. La carte qu’il m’a montrée ressemble beaucoup à celle que je viens juste d’obtenir. Le carnet bleu a le format d’un passeport. Et je me rappelle bien que dans les mots que je n’ai pas écouté, il y avait effectivement « carné » (carte d’identité) et « pasaporte ». Ce type n’a quand même pas essayé de me vendre des faux papiers, là, comme ça, dans la rue, à 50 mètres de l’extranjería? (en Espagne, ces endroits sont gérés par la police). On irait racoler les désespérés jusque sous le nez de la police dans la plus parfaite indifférence?

Nan, c’est mon imagination qui s’emballe.

Ça devait juste être un vieux monsieur qui a tellement souffert au cours des démarches qu’il était désormais tout fier de montrer sa nouvelle carte à tous les passants.

Il est temps de retourner à une vie normale. Dès que j’aurai renouvelé mon passeport. Et puis il y a aussi les dossiers de bourse.

Et puis…

Et puis…

Et puis…

La douce et les brutes

mai 13, 2011

Vous connaissez déjà Dame Blanche. Si d’aventure vous alliez parfois la visiter en passant par chez moi, vous vous êtes peut-être aperçus que son blogue était fermé depuis environ un mois, peut-être un peu plus. Il était anciennement hébergé par la plate-forme free. Du jour au lendemain, ces connards ont tout fermé, sans un mot d’avertissement, sans motif apparent. Je soupçonne un excès de pudibonderie, puisque dans ce triste monde découvrir un peu de peau provoque parfois des indignations que des choses bien pire ne suscitent pas. Elle y a perdu ses archives au passage, c’est sans doute le pire. Quoiqu’il en soit, on peut désormais la retrouver sur Over-blog. Le lien est mis à jour.

Et je passe à onze liens. Un ajout, pas de retrait cette fois-ci. Ceux qui connaissent Hérétik le savent passionné de dessin. Sur ses blogues passés, il nous faisait déjà partager son coup de crayon et son humour. Son nouveau blogue est désormais entièrement consacré à la BD. Il s’agit de Goatfuk, où les trves du Qc que sont Skins & Bones torturent les tympans quand ils ne sont pas occupés à s’entretuer, traînant dans leur sillage un Vedge qui ne comprend pas trop ce qui arrive. Enjoy!

PS: oui, Dame Blanche, je sais que tu peux aussi être une brute, mais ça faisait un moins bon titre 😉

Ils sont revenus!

octobre 22, 2010

J’avais annoncé leur mort et les avait retiré de ma blogoliste. Mais ils viennent de sortir de leur tombe.

Zvok is not Dead!

Yeah!

Je vais quand même attendre de voir si ça tient avant de mettre ma blogoliste à jour.

Anniversaire statistique

octobre 12, 2010

Temps et Fiction en est à son 400ième billet, et bien qu’en ce moment il est plutôt en mode vivotant, ça vaut quand même la peine de faire un petit récapitulatif, comme d’habitude.

Notons que dans les modifications que wordpress ajoute de temps en temps à son tableau de bord, le système de statistiques a connu deux modifications mineures. Un graphique à barres plutôt qu’un graphique en montagnes russes (j’aime pas, je préférais l’ancien visuel) et maintenant l’onglet sur lequel on doit cliquer pour voir les statistiques ne s’appelle plus « statistiques » mais « stats du site ». Ça fait un peu « Yo!, WP fait genre tsé plusse cool, man! » Ils espèrent attirer des djeunz? M’enfin, c’est pas grave…

Les stats, donc. Les 10 billets les plus populaires depuis les débuts du site, il y a environ trois ans, rappelle encore ma catégorisation de mes billets en « coureurs de fonds » et « billets-buzz ». Les seconds fonds des scores monstrueux en quelques jours, et redescendent tranquillement. Les premiers grappillent quelques visites à tous les jours (ou à tous les deux-trois jours) et s’assurent ainsi, avec le temps, une place dans les premiers rangs. Voici donc, du 10ième au 1er, les billets les plus populaires.

10. À propos: Coureur de fond prévisible, la page de présentation est visitée par les internautes nouvellement arrivés pour savoir à qui ils ont affaire. Au moment où j’écris, on la crédite de 208 clics.

9. Histoire de la danse sociale: Voici un coureur de fond un peu anarchique, qui, depuis sa publication, reçoit en moyenne 1 visite par jour (mais certains mois, la moyenne flirte avec le 0), la plupart du temps en raison de recherches google plus ou moins appropriées en rapport avec la danse (exemple, hier, « danse tpe »). Il s’agit souvent de recherches en rapport avec une danse particulière (exemple, hier encore « histoire danse java »). Il est crédité d’un total de 242 clics.

8. Je suis féministe a connu un buzz énorme le jour de sa publication, buzz qui s’est poursuivi deux-trois jours, le tout en raison d’un déplaisant hyperactif. Depuis, les visites sont rarissimes, anecdotiques, presque négligeables. Après avoir atteint le premier rang le jour de sa sorti, il a maintenant descendu au huitième. Il plafonne à 286 clics (quoi qu’il risque, comme chacun des billets pointés dans ce récapitulatif, d’en ramasser quelques-uns aujourd’hui et les jours suivants).

7. Un christianisme asiatique: les Nestoriens est un coureur de fond dont je m’étonne de la relative popularité. Devançant le billet précédemment mentionné par une marge assez confortable, il reçoit une moyenne de 1 visite par jour, mais avec assez régulièrement des petits pics de 5-6 visites dans la même journée. Certaines semaines, il va chercher une moyenne de 10 visites. La place occupée par le Proche-Orient et les questions religieuses dans l’actualité explique peut-être ce relatif intérêt, mais n’exagérons rien: ses 351 clics à l’heure actuelle sont beaucoup au regard de ce blogue, mais rien du tout dans l’absolu (comme tous les autres billets, d’ailleurs).

6. La théorie de René Girard – résumé: Voilà un billet qui a le profil type d’un coureur de fond. Les idées de Girard flirtent avec la pop-philo, et elles portent sur un sujet qui intéresse les gens: la violence, la religion, l’exclusion. Pas étonnant que quelques personnes googlent le truc de temps en temps pour en savoir plus. Une moyenne de 5 visites par jour le premier mois, et une visite par jour les mois suivants, de manière assez régulière, expliquent le total de 379 visites reçues jusqu’à maintenant. Il n’est pas impossible qu’avec le temps il grimpe au classement.

5. Les bons films de danse est un billet auquel je changerais bien quelques phrases, mais bon. C’est l’autre type de coureur de fond. Le précédent est plutôt du type pop-intello; celui-ci racole les amateurs d’un genre de cinéma bien précis. Il attire des visites de gens qui cherchent des suggestions de films de danse, et des gens qui font une recherche sur l’un des films cités dans le billet. Un coureur de fond qui par ailleurs peut aller chercher un petit buzz de temps en temps: son niveau de popularité maximal fut atteint dans les jours suivant le décès de Patrick Swayze (notez bien que je ne mentionne pas Dirty dancing dans les « bons » films de danse, mais plutôt comme « stéréotype absolu » du genre). Comme il a été rédigé plus ou moins au moment de la sortie de Love N’Dancing, il a également reçu un petit buzz à ce moment. Avec ces buzzs, il a reçu une moyenne de 2 visites par jours en 2009 (pour les derniers mois, c’est-à-dire depuis sa parution) et 1 visite par jour en 2010, pour un total de 421 visites.

4. La Faim de la Terre s’en vient-elle? Comme le précédent, il combine les caractéristiques du coureur de fond et du buzzeux. Mais contrairement au précédent, il doit davantage au buzzeux qu’au coureur de fond. Mettons que ce fut un long buzz. Consacré à la sortie très attendue du dernier volume des Gestionnaires de l’Apocalypse, ce billet a attiré nombre de visites de fans en effervescence entre la publication du billet et celui de l’oeuvre, puis dans les semaines suivant la parution de cette dernière. Il témoigne de la popularité de cette série et de son auteur. Depuis, les recherches sur Jean-Jacques Pelletier et sa série se dirigent sur ce billet plutôt que sur les autres billets que j’ai consacré au même thème (certains visiteurs regardent quand même le tout). Toutefois, avec une moyenne de deux visites par jour en 2009, et une moyenne de 0 en 2010, il semble condamné à redescendre tranquillement au classement et ne pas augmenter beaucoup son nombre de 504 visites à l’heure actuelle.

3. Le Syndrôme de Cassandre: Je me surprends un peu de voir ce billet, que j’aime bien par ailleurs, attirer autant de visites. Ce coureur de fond semble jouer pour cela sur la confusion et l’imposture involontaire davantage sur sur le sujet véritable du billet (les difficultés de communication des scientifiques, la pédagogie). Il se trouve que je ne suis pas le seul à employer l’expression « syndrôme de Cassandre », sans qu’elle ait un sens « officiel » et reconnu partout. Une recherche google donne des références à des blogs de gestion, des sites de coaching, des liens wikipédias et, bien sûr, Temps et Fiction, actuellement classé quatrième dans la liste google de cette expression. Voilà pourquoi il recueille 552 visites jusqu’à maintenant et va continuer un bout de temps à trottiner en avant, grâce à sa moyenne très régulière de 2 visites par jours depuis sa publication.

2. Je ne dessine pas bien : Le buzzeux d’entre les buzzeux. J’ai cru un moment qu’il serait aussi un coureur de fond, tant le buzz a été long. Alors que le premier billet semblait insurpassable, il s’en est approché en quelques jours, et a fini par le rattraper grâce à une moyenne de visites un peu plus élevée. Mais, finalement, il semble qu’il ait fini par s’essouffler. La moyenne de visites par jour a été de 35 en mai, 6 en juin, 2 en juillet. Et presque plus rien depuis. N’empêche qu’avec 752 visites au total, il a une nette avance sur Le Syndrôme de Cassandre, qui mettra un moment à le rattraper. Sans compter qu’un sujet sur les caricatures de Mahomet est toujours susceptible de trouver un nouveau buzz.

Et le billet le plus populaire est…

1. Définition de la religion selon Émile Durkheim: Voilà un billet très bref, mais aussi très clair, qui ne fait rien d’autre que d’énoncer ce que dit son titre. C’est mon meilleur coureur de fond: il évoque une très grande autorité des sciences sociales et il traite d’un sujet qui occupe bien des esprits en ce moment, sur un fond super simple (la définition d’un terme pas facile à définir). Sa moyenne de visites par jour, sur une base annuelle, est de 2 depuis sa parution. Elle oscille en réalité entre 2 et 3 selon les périodes. Les débuts de sessions semblent favorables à sa fréquentation, et je soupçonne plusieurs visites d’étudiants. Il a longtemps occupé le premier rang des billets les plus consultés, avant d’être dépassé par le billet précédemment mentionné. Et il vient tout juste de reprendre sa place, avec 757 visites au total.

Ce billet est par ailleurs assez représentatif de la fréquentation de Temps et Fiction, qui semble enregistrer à chaque début de session d’automne et d’hiver une petite hausse de fréquentation sur des billets traitant de sujets de base comme l’historiographie (faudrait d’ailleurs que je me botte le cul pour écrire la suite de celui-là… un jour) ou la démographie. Ce n’est donc pas une mauvaise idée de profiter de l’occasion pour rappeler aux étudiants de passage que ce blog est amateur, que ces billets sont rédigés très rapidement et qu’il serait sage de leur part de contre-vérifier toute information trouvée ici dans une source plus professionnelle.

Quant à la fréquentation générale du blogue, son maximum a été atteint en mai dernier avec 2477 visites. Elle a baissé depuis avec mon niveau d’activité, mais se maintient encore au-dessus des 1000 visites, sans doute en grande partie des habitués. Mes grands fournisseurs de visites sont des sites amis, notamment Dame Blanche, la Kaverne, Je devrais écrire, Interférences et Exvagus.

Mon blogue est moins actif en ce moment, mais j’ai des idées de billets. Ça va venir. De la danse, des délires intellos, des photos de Madrid et des environs, bref, la routine.