Posts Tagged ‘linguistique’

Espagnol conceptuel

avril 1, 2010

On dit souvent que l’espagnol est une langue plus facile à apprendre pour une francophone que ne l’est l’anglais. Ce n’est pas faux, car les mots de racine latine s’y ressemblent. Mais il me semble par contre que l’espagnol m’a demandé (et me demande encore à l’occasion) davantage d’efforts pour distinguer des concepts qui, dans cette langue, sont séparés, alors que l’anglais et le français les réunissent en un seul mot.

L’exemple évident, celui dont tous les profs d’espagnol avertissent leurs étudiants, c’est bien sûr le verbe « être ». Entre « être » et « to be », il n’y a guère de différences. Peu d’ajustements sont nécessaires. Mais en espagnol, il y a deux verbes « être »: « ser » et « estar ». Le premier désigne les caractéristiques propres de l’être et les choses permanentes (en gros, parce qu’il y a des nuances); le deuxième désigne les choses passagères, les localisations (« il est là-bas » = « esta allí »), etc… À première vue, et à l’intérieur d’un environnement contrôlé comme un cours, ce n’est pas si difficile; dans le quotidien, quand on est moins vigilant et qu’on risque aussi de tomber sur des cas plus ambiguë, la distinction n’est pas toujours si évidente. On peut jouer avec les deux verbes: « Es muerto » (il est mort) et « esta muerto » (il est mort… de fatigue).

L’autre exemple qui me vient en tête pour le moment, c’est « essayer ». Pareil en anglais, « try ». Mais en espagnol, il faut distinguer « intentar » et « probar ». Le premier joue avec les notions de réussites et d’échec; si tu « intentas » quelque chose, c’est qu’il y a une possibilité de le rater. Par exemple « intenta surprender su muger », « il tente de surprendre sa femme ». « Probar » joue plutôt avec le goût. Comme dans « Proba las tres coches antés de eligir el suyo. » = « Il a essayé les trois voitures avant de choisir la sienne. » Encore une fois, la théorie est simple, la pratique souvent mélangeante. Il y a des contextes ambiguë. Par exemple, lorsque je rencontre une fille qui n’a jamais dansé et que je l’invite, j’hésite souvent entre « ¿quieres intentar? » et « ¿quieres probar? ». De fait, les deux sont possibles, mais ils signifient deux choses différentes. Tout bien pesé, la seconde option paraît meilleure. D’abord, parce que comme elle essaie avec moi, les risques d’échec sont minces (en toute modestie!); ensuite, et plus sérieusement, parce que « probar » suggère davantage le plaisir potentiel que la performance, c’est nettement plus positif, et plus dans l’esprit de ce que j’ai en tête quand je demande « veux-tu essayer? » à une néophyte francophone, ou « wanna try? » à sa contrepartie anglophone.

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Les difficultés des langues étrangères

mars 22, 2010

Il y a:

Comprendre le prof de langue.

Et puis…

Comprendre une personne normale.

Et puis…

Comprendre une personne qui parle vite.

Comprendre une personne qui parle en argot.

Comprendre une personne qui parle sous le coup de l’émotion.

Comprendre une personne qui parle en riant.

Comprendre différents accents.

Comprendre une personne qui ne s’adresse pas à nous.

Comprendre une conversation de groupe.

Comprendre un enfant qui parle (surtout s’il n’a pas encore toutes ses dents).

Comprendre un vieux qui parle (surtout s’il n’a plus toutes ses dents).

Et…

Comprendre un groupe d’enfants (qui n’ont pas encore toutes leurs dents) et de vieux (qui n’ont plus toutes leurs dents) sous le coup de diverses émotions s’exprimer en riant en argot, rapidement et en différents accents sans jamais s’adresser à nous.

Grammaire et précision

mars 10, 2010

Ça fait un moment que je me demande quelle démonstration peut convaincre de l’utilité d’écrire sans fautes. Pas que je sois particulièrement bien placé pour ça: mes textes comprennent de plus en plus de coquilles; c’est que j’écris plus vite et n’ai jamais la patience de me relire. Mea Culpa.

Ce billet est donc placé sous le signe sacro-saint du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Ce n’est pas parce que mon français se détériore constamment avec les années, à mon grand dam, que, sur le plan des principes, je n’accorde pas de l’importance au fait d’écrire sans fautes. Bref.

Le sujet ici, c’est: pourquoi écrire sans fautes? quel argument est rationnel et, surtout, convainquant?

Dans le roman L’Élégance du hérisson, Paloma raconte qu’un imbécile de sa classe a posé précisément cette question à la prof: « Pourquoi est-ce important d’écrire sans fautes? » La prof s’en trouve déstabilisée, trouve que la question n’est pas pertinente. Drame. Paloma est catégorique: ce gars-là est un imbécile, mais pour une fois il pose une bonne question, et il mérite qu’on lui réponde.

La prof répond en dissertant sur le bien-paraître, la réputation. Il faut bien écrire pour ne pas avoir une mauvaise image auprès des amis, collègues et voisins.

Scandalisée par une réponse aussi superficielle, Paloma, après avoir vilipendée sa prof (pas en classe: dans son journal intime), y va de sa propre réponse: c’est important, parce que la langue, c’est beau. Pour préserver l’esthétisme.

À cela, je n’ai qu’une réponse: beurk.

Moi, ça ne me convainc pas. Pas du tout. C’est presque aussi snob et superficiel que la réponse de la prof. Beurk! beurk! beurk! Il y a des trips esthétisants de snobinards qui créent chez moi des réactions d’aversion viscérales.

Mon argument à moi, ce serait la précision. La mesure de la fonction même du langage: la communication. Bien écrire permet plus de précision, plus d’efficacité dans la communication. J’avais bien mon idée, mais pas d’exemples. Il m’en est venu deux récemment:

1. Le premier m’est venu en rêvassant, et en faisant dans ma tête un tour du monde des sujets possibles pour un livre d’histoire (tour inachevé, il va sans dire, parce qu’on n’achève jamais un voyage dans l’infini). Prenons donc deux titres:

a) Histoire du Chili à l’époque coloniale

et

b) Histoires du Chili à l’époque coloniale

On est bien d’accord que ça ne veut pas dire la même chose, n’est-ce pas? Une lettre de différence, qui induit une distinction sémantique essentielle. Au singulier, on prétend rendre l’Histoire, un bloc totalisant, une synthèse du sujet. Au pluriel, on prétend rapporter soit plusieurs versions de l’Histoire, soit plusieurs morceaux sélectionnés dans l’Histoire, sans prétendre à la totalité. Une lettre de différence, mais elle change le sujet de tout un livre.

2- Mon deuxième exemple m’est venu tout à l’heure, en parcourant distraitement sur cyberpresse un article reposant, parce que traitant de sport. Voyons l’extrait capital, qui va comme suit:

« [« blablabla »]a conclu l’attaquant Lavallois. »

C’est Martin Saint-Louis qui parle. Et c’est un Lavallois. Mais c’est aussi un attaquant lavallois. Petit rappel de la règle: le gentilé,quand c’est un nom, prend une majuscule; quand c’est un adjectif, il prend une minuscule. Donc l’article ici contient une faute. Et à la première lecture, je me suis demandé rapidement, moi qui connait peu le hockey, si le journaliste n’avait pas interviewé un autre joueur dénomé Lavallois. Ç’aurait pu être un nom de famille.

Alors, soit deux joueurs de hockey d’une équipe: l’attaquant Bidule Brodeur, originaire de Laval, et l’attaquant Louis Lavallois, fier représentant de la Vieille Capitale (Québec). Si le journaliste écrit:

a) « Blablabla, conclut l’attaquant lavallois », alors le journaliste parle de Bidule Brodeur, le joueur de Laval.

en revanche, s’il écrit:

b) « Blablabla, conclut l’attaquant Lavallois », alors le journaliste parle de Louis Lavallois, le joueur de Québec.

Entre les deux phrases, la différence ne repose que sur une lettre. Pourtant, elle est essentielle.

Bref, je pense avoir fait mon point, comme on dit en anglicisme.

Je ne sais pas si c’est vraiment convainquant. Je ne sais pas si ça vous convainc vous. Je ne sais pas si ça convaincrait le plus grand nombre. Et je ne sais pas si ça convaincrait des élèves du secondaire. Mais ça me convainc moi. Moi qui était déjà convaincu, mais pas encore par un argument.

La gogoche et la drette

septembre 14, 2008

Les premières fois que j’ai entendu le terme « gogoche » (ou gogauche, l’orthographe n’a jamais à ma connaissance été fixé officiellement), il était utilisé par des gens de gauche. Des gauchistes excédés par le dogmatisme de certains de leurs soi-disant camarades d’idéologie, qui préfèrent l’argument préfabriqué à la la réflexion. Ils avaient parfaitement raison de dénoncer cette réalité qui sclérosait et sclérose toujours la gauche. Malheureusement, ils ont créé un monstre. Car la droite radicale s’est rapidement emparée du terme. Maintenant, la gogoche désigne tout ce qui, dans la gauche, ne plaît pas à la droite radicale… et ce, peu importe qu’il y ait réflexion ou non, argument réel ou réflexe prémâché. Car les plus fervents utilisateurs du terme « gogoche » sont à la droite ce qu’est la gogoche à la gauche: des dogmatistes arriérés utilisateurs d’argumentation en kit. Le mot a envahi l’espace public et ravagé tous les débats du secteur. La gauche avait absolumment besoin de répliquer au plus vite.

Dans mes moments d’exaspération, j’avais personnellement forgé le terme « darouate » pour désigner la droite-réflexe. Je l’ai finalement très peu utilisé. Dernièrement, j’ai noté l’apparition de « drette » pour la même réalité. Sans avoir encore le même succès que « gogoche », il paraît en pleine expansion.

Certes, la gauche avait besoin de se défendre, mais je trouve tout ça un peu lassant, cette guerre des mots. La grande perdante de cette course à l’insulte, c’est encore la réflexion. Je ne dis pas que je ne réutiliserai jamais les termes « gogoches » ou « drette » ou même « darouate » (ou « darwate », je n’ai jamais vraiment fixé d’orthographe); je suis trop émotif pour ne pas lâcher l’un ou l’autre au milieu d’une grogne. Et pourtant j’aimerais bien les voir disparaître, l’un et l’autre. Mais je rêve en couleur.

Connaissez-vous le « bullshit bingo »?

juillet 4, 2008

Comme dirait l’inspecteur-chef Théberge, le combat contre la bêtise militante est quotidien. Je me fais donc ici le relais de ce jeu (je soupçonne que Dilbert en est l’inventeur, puisque la première fois que j’en ai entendu parler, c’est dans un de ses strips) dont l’objectif est d’embarrasser les orateurs qui se font porte-paroles du vide (mais seuls les audacieux vont jusqu’au bout):

http://olivier.davy.free.fr/misc/bullshit/

Remarquez que sur ces grilles « francophones », quantité de «buzzwords» utilisés sont en anglais. Ça en dit beaucoup sur nos «meetings».