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Les paris sont ouverts: jusqu’à quand?

mai 27, 2011

Ce matin, les forces policières ont délogés les acampados (campeurs) de la Plaça Catalunya (qu’on voit dans le précédent billet). S’étant présentés à 7:00, ils ont demandé d’évacuer la place afin que des équipes viennent nettoyer la place. Pour des raisons de salubrité, donc. Les campeurs en ont discuté entre eux. Ils ont voté. Ils ont refusé. Et un bon nombre est resté pour bloquer le chemin des véhicules policiers envoyés sur place pour procéder au nettoyage. À 9:00, les policiers ont mené la première charge. La place fut donc « nettoyée », au prix de 2 arrestations et 121 blessés légers (37 d’entre eux des policiers).

Personne n’est dupe de l’argument de salubrité. Du reste, c’est exactement pour éviter une situation comme celle-là qu’existe une commission de volontaires sur place pour assurer la propreté.

La police a avancé d’autres arguments, mais plus tard: se trouvaient sur la place quantité d’objets que la police a l’habitude d’évacuer des rues lorsqu’il y a risque d’agitations dans la rue: des bouteilles, des poubelles, des conteneurs. Quant aux occasions d’agitations de rue, il se trouve que demain, le Barça dispute la finale de la Ligue des Champions contre le club de Manchester…

À 13h00, la police avait terminé le travail d’évacuation et le nettoyage de la place. Les acampados sont revenus. Le camps est en cours de reconstruction. La police a averti de ne pas camper demain en soirée, tout en disant qu’on ne les empêcherait pas de revenir dimanche matin.

Les partis d’opposition (dont les socialistes tout récemment délogés du pouvoir) ont accusé le PP désormais au pouvoir d’autoritarisme et d’être incapable de négocier avec les indignados. Pour eux, l’opération policière d’aujourd’hui a fait reculer le droit de rassemblement et la liberté d’expression.

Pendant ce temps, à Madrid, les politiciens du PP réclament au ministère de l’Intérieur de faire faire évacuer les campeurs de la Puerta del Sol. Aucune décision n’a été prise encore. La situation pourrait être plus délicate à Madrid qu’à Barcelone, puisque le camp de Madrid, contrairement à celui de la capitale catalane (que je me souvienne), comporte une garderie.

Lorsque les indignados ont décidé, le jour des élections, de demeurer sur place, ils avaient déclaré « au moins une semaine de plus », après quoi ils devaient à nouveau voter pour décider s’ils prolongeaient le campement. La question se pose donc de manière plus criante: jusqu’à quand vont-ils occuper les places centrales des capitales espagnoles?

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Tourisme révolutionnaire

mai 20, 2011

C’est après avoir cédé à une de mes habituelles névroses et dévalisé une librairie que je me suis rendu à la Puerta del Sol. C’était dans mon planning de la journée d’aller y faire un tour pour me rendre compte. J’espérais avoir l’occasion de parler avec quelques participants, mais ça n’est finalement pas arrivé. Peut-être parce que j’avais le bras qui fatigue sous le poids, des livres, ou que je n’avais pas pris la précaution de me munir d’une bouteille d’eau, j’ai à peine eu le temps de faire le tour de la place avant de ressentir le besoin de partir.

D’une manière générale, l’endroit a toujours l’air d’un souk. De grandes toiles sont tendues un peu partout, surtout là où travaillent les bénévoles, pour procurer un peu d’ombre. D’autres endroits sont plus découverts. Il y a un découpage de l’espace aussi pour guider les badaux entre les endroits pour s’informer, les ateliers, l’endroit pour les tentes individuelles, celle pour les dons de carton ou de bois, l’endroit pour s’exprimer…

Il y a un atelier où quelques ouvriers de fortune bâtissent à grands coups de marteau les infrastructures de base pour soutenir les tentes. Je ne saurais en jurer, mais je crois que quand je suis passé devant, ils étaient occupés à une petite scène pour les orateurs.

Ceci est-il un botellón?

El País a interrogé un flopé d’experts en sciences sociales sur le campement de la Puerta del Sol. Pour arrivé à la conclusion qu’ils ne savent vraiment pas comment interpréter cet événement que personne n’avait venu venir. Le plus optimiste avance qu’on assiste à l’émergence d’une nouvelle forme mouvement civil indépendant des syndicats et des partis politiques. Le sociologue Félix Ortega de l’Université Complutense de Madrid est le plus cynique. Ce qu’il a vu au kilometro cero (1), dit-il, n’est qu’un gros happening. Inoffensif, peut-on lire entre les lignes. »Il y a à Grenade des botellón plus dangereux pour l’ordre public. » ironise-t-il avant de conclure que ce mouvement n’amènera « rien de rien ». Un botellón est un phénomène espagnol, un rassemblement spontané de jeunes fêtards qui boivent dans la rue, avec leur musique et tout. Le phénomène est bruyant et salissant, aussi plusieurs grandes villes ont légiféré contre les botellón, dont Madrid, bien qu’on m’ait dit qu’il y a des secteurs où ils sont davantage tolérés, par exemple près du temple de Debod. Les botellóns s’observent un peu partout en Espagne, mais sont un phénomène surtout fréquent en Andalousie.

La question est donc posée: le rassemblement de la Puerta del Sol est-il un botellón?

L’une des premières banderole que j’ai vu en arrivant affichait en gros « Eso no es un botellón ». Le message est clair. En circulant au milieu des tentes, on constate que le message est repris par plusieurs affiches, sur plusieurs tons, les uns plus affirmatifs, les autres plus civils, ajoutant du « s’il-vous-plaît » (por favor). À intervales régulier, il y a quelqu’un au porte-voix qui passe le message: ceci n’est pas un botellón. Pas d’alcool, s’il-vous-plaît. Je l’ai même entendu une fois en français. Ça n’empêche pas quelques groupes de manifestants d’avoir amené leur bière, où leur jus probablement mêlé d’alcool: on les voit surtout installés autour de la fontaine. Mais en général, la consigne est respecté. On rajoute parfois une autre recommandation: par contre, buvez beaucoup d’eau. Il est vrai que le soleil tape dur (vive mon chapeau qui me procure un petit espace d’ombre personnel, mais j’ai quand même, je crois, récolté de petits coups de soleil sur les mains et le cou) et que ceux qui sont là pour longtemps se doivent de faire attention à cet aspect.

Bon, ce n’est pas un botellón, insiste-t-on de partout. Le campement n’en a pas moins une vive allure d’événement culturel spontané. Près de l’Ours de Madrid, recouvert d’affiches et d’un drapeau multicolore, se trouve un kiosque. Ce kiosque où s’affairent deux ou trois bénévoles a pour vocation de noter les suggestions. On y voit une paraphrase du Che: « soyons réalistes, réalisons l’impossible » (la citation originale étant « exigeons l’impossible »). Mais aussi à côté du kiosque, on voit une grande affiche avec un horaire d’événements planifiés: spectacles de clowns, musique, théâtre. Vers le milieu du camp, il y a un « atelier d’art » (en fait, on y fabrique des pancartes pour les manifestations), pas bien loin d’un endroit d’où proviennent des sons de tams-tams (dont je n’ai pas pu approcher); il y a aussi un autre cercle où s’entendent des guitaristes, installés au milieux d’autres artistes à pancartes.

Parlant d’artistes à pancartes, il y a aussi un endroit où une grande représentation de Guernica sert de support aux messages de qui veut bien écrire dessus. J’ai refusé à trois bénévoles différents les crayons. Je me voyais mal passer mon petit message au milieu d’un événement dont je discerne à peine les  enjeux.

Amenez vos enfants

En lisant dans El País qu’il y avait un service de garderie, je pensais qu’ils s’étaient entendus avec des garderies des environs. Non, il y a une grande tente consacrée à l’accueil des enfants. Elle est tapissée d’affiches disant sur tous les tons de ne pas prendre de photos à proximité. Mais on peut jeter un coup d’oeil à l’intérieur, et on y voit un bon nombre d’enfants, un très grand nombre de jouets et de livres pour enfants, le tout sous la supervision de quelques jeunes femmes qui ont l’air de savoir ce qu’elles font. Au milieu des affiches avertissant de ne pas prendre de photo, on en voit une qui laisse entendre qu’on accepte les dons.

De l’autre côté de la place, on trouve un espace de dessin pour les enfants. Et en un autre point, une espèce de corde à linge où sont affichés des « dessins d’enfants ». Viennent-ils de l’atelier? je l’ignore. Mais j’ai mis les guillemets car la violence d’un ou deux de ces dessins m’a fait douter que des enfants en soient vraiments les auteurs. L’un deux affichait quelques chose comme « quitan las ratas » (qui se traduirait par débarrassez les rats). Troublant.

D’une manière générale, j’ai vu plusieurs familles circuler avec des enfants en bas âge. C’est dire si personne ne semble s’inquiéter que les choses ne dégénèrent (du moins pas avant demain, c’est la réflexion que je me suis fait; en même temps, si la comission inquisitoriale électorale a décrété que le rassemblement serait illégal à partir de samedi, il semble que la décision de passer à l’acte revienne au gouvernement; les socialistes au pouvoir, déjà très impopulaires, oseront-ils faire intervenir la police la veille des élections?).

L’agora

J’avais évoqué la chose hier, le mouvement n’a pas de revendications claires, seulement un raz-le-bol, et le manifeste est en cours de rédaction. Il y a une très grande assemblée au milieu de la place, entre la fontaine et l’ours, où prennent le micro à tour de rôle différents intervenants. Les seuls visage constants, pour ce que j’ai vu, sont des organisateurs qui se contentent de passer micro de l’un à l’autre sans prononcer un mot. Près de l’à, une grande pancarte affiche des revendications (j’ai retenu notamment « on a pas besoin de sénat » et… bah, c’est tout, mais ça allait jusqu’à environ dix propositions). En fin d’affiche, un avertissement: ces propositions ne sont pas consensuelles, les propositions consensuelles sont affichées sur le site internet.

Mais on voit aussi d’autres préoccupations que de formuler des revendications. Il y a des kiosques qui font la promotion de la participation aux assamblées de quartier (le 28 mai, apparemment) et distribuent de l’information à cet effet.

Voter ou ne pas voter?

En se fiant aux journaux, les participants du mouvement qu’on appelle désormais le 15M (15 mayo) sont divisés sur la question du vote prochain. Certains ont appelé à voter à condition que ce ne soit pas pour le PSOE ou le PP, les deux grands partis. Beaucoup appellent au boycott de l’élection (la multitude des slogans anarchistes est d’ailleurs bien présente, sans surprise, bien que le mouvement dépasse de toute évidence les simples groupuscules de révolutionnaires professionnels). La question semble discutée du côté de l’agora, où prennent le micro à tour de rôle toutes sortes de gens qu’on entend plus ou moins bien depuis les derniers rangs de la foule compacte rassemblée autour.

Aux kiosques d’information, on distribue une feuille explicant les différentes options de vote et leurs impacts: voter pour un parti, s’abstenir (non tenu en compte lors du dénombrement des vote, et impossible de distinguer l’abstention par protestation de l’abstention par paresse); le vote nul (comptabilisé comme vote émis, mais n’avantage ni ne désavantage aucun parti); et le vote en blanc (considéré comme une protestation active; vote valide et comptabilisé, mais privilégient mathématiquement les grands partis au détriment des petits). La feuille se veut neutre, mais à la lire on se demande si son rédacteur n’a pas une préférence pour le vote en faveur des petits partis.

Toutefois, je n’ai vu aucun slogan sur la place appelant à voter pour qui que ce soit. Tous les slogans en rapport avec cette question s’inspirent de la position anarchiste puriste consistant à dire que voter revient à légitimer le système et appellent à une abstention massive.

(1) Le kilomètre zéro. Une autre manière de nommer la plaza de la puerta del sol, centre officiel de l’Espagne. Juste devant la Puerta del Sol elle-même, il y a même une dale marquant l’emplacement du kilométro cero, où les touristes vont régulièrement se tenir debout.

Edit: 21-12-2011: j’ai barré le mot « inquisitoriale » pour le remplacer par électorale. C’était le but quand j’avais écris le billet. J’ai fait un drôle de lapsus. Évidemment, « inquisitoriale » est un mot qui me vient tous les jours à cause de mes études…

Campement au soleil

mai 20, 2011

Dimanche dernier, j’étais allé danser le tango. Au parc du Retiro, dans un gazebo de bonne taille, s’étaient rassemblés quelques dizaines d’amateurs de danse argentine. J’aime danser en plein air, et je dois dire que le tango s’y prête particulièrement bien. Je suis parti assez tôt, dans le sillage de trois charmantes jeunes femmes avec lesquelles je suis allé prendre une bière (accompagnée des inévitables tapas, car il est rare que les Espagnols ne fassent que boire). Nous avons pris le métro et sommes descendu à Sol. Les abords de la Puerta del Sol sont propices à trouver un petit endroit sympa pour une bière.

La sortie du métro était particulièrement encombrée. On s’y bousculait, d’une manière peu agréable. Inhabituelle. La place de la Puerta del Sol est un endroit continuellement très fréquenté, mais je n’avais pas vu pareille cohue depuis les Fêtes, et encore. La cohue des Fêtes était plus cordiale. En sortant, la première chose que nous avons vu, c’est un alignement de sept fourgonettes de la police juste en face de l’entrée du métro.

La police était au repos. Vigilante, mais elle n’intervenait pas, du moins pas dans l’immédiat. Autour, ça manifestait. Les manifestants croisaient les nombreux passant qu’il y a toujours à cet endroit. Notre petit groupe s’est frayé un chemin à pas rapides vers une rue des alentours. Au coin de rue d’à côté, un individu masqué faisait exploser une banderole de pétards.

Six rues plus loin, on entre dans un petit café. On discute un peu des événements. C’était quoi, cette manif? Des « antisistema »? Ah, bon, c’est des anarchos, ça. Une des filles laisse entrevoir son impatience face au mouvement: une société sans système, ça n’existe pas. On discute un peu. La même fille évoque le rôle traditionnellement joué par les bourgeois dans les révolutions. J’ajoute à l’occasion mon grain de sel. En fait, c’est plutôt tranquille comme discussion, alors qu’on entend encore, d’où on est, les clameurs de la manif quelques rues plus loin, et l’explosion occasionnelle d’un pétard. Je fais quand même remarquer qu’on entend moins de pétard que lors des Fallas de Valencia. Ce qui détourne la conversation sur mon séjour en Espagne.

Les employés de l’endroit laissent entrevoir leur nervosité. À un moment, on voit un petit groupe de jeunes passer dans la rue, fuyant à toutes jambes la Puerta del Sol. Un instant plus tard, l’un des serveurs sors et abaisse le grillage du bar. Quoi, ils ferment? Non, en fait, c’est pour protéger les fenêtres au cas où le grabuge s’étendrait jusqu’ici. Le serveur nous le confirme un instant plus tard disant à tout le monde quelque chose comme « c’est la guerre dehors, mais ici on a à manger et à boire! » En effet, ça correspond à peu près au moment où on nous apporte nos « cañas » (bière, l’équivalent de la quantité contenue dans une canette), nos « bravas » (patates roties, recouvertes d’une espèce de sauce barbecue) et nos « tostas » (bon, des toast, quoi, mais avec une énorme garniture). On ne parle plus des manifs pour le reste de la soirée.

Après les bières, l’une nous quitte, les autres marchons vers le palais royal pour jeter un coup d’oeil au spectacle des fêtes de la San Isidro (fête traditionnelle madrilène). Puis nous nous séparons. Je rentre chez moi par le métro de la Plaza de España, là où il n’y a pas de manif.

………

Cette semaine quand je suis allé à la Real Academia de Historia, l’archiviste écoutait la radio. Ça parlait des manifs à la Puerta del Sol. Alors que je revenais de la RAH, je suis passé devant la Puerta del Sol. La place est incoyablement encombrée. On y dresse des espèces de tentes. La vue rappelle des souks arabes de bande dessinée.

………

Hier je devais aller à un théâtre près de la Puerta del Sol, où devait se dérouler l’ouverture du MadTap, le festival de claquettes de Madrid. Rendu à la station Sol, il m’a été difficile de sortir. Les deux premières sorties que j’ai essayées étaient pratiquement bouchées par la densité de la foule. Une fois dehors, la place est méconnaissable, toute tapissée de tracts et d’affiches du mouvement. Le slogan le plus fréquent est « nous ne sommes pas anti-système, c’est le système qui est contre nous » (traduction libre). En fond sonore, de nombreux tams-tams donnent le sentiment d’une manifestation festive. Sur le sol, j’aperçois une affiche avec une variation maladroite du slogan, disant simplement « nous ne sommes pas anarchistes »; sur le moment, j’ai un sourire ironique. Me semble, ouais.

Je suis arrivé en retard au théâtres (pas juste la faute de la manif, j’avais aussi oublié l’adresse). Je suis rentré chez moi et ai écouté un épisode de Glee avant de dormir.

La police est toujours dans le coin, mais elle se contente de surveiller. Pour le moment.

………

Ce matin, j’ai quand même occupé une partie de mon temps à chercher un peu dans les journaux. Cette semaine sur facebook, j’avais reçu des invitations à des manifestations qui m’arrivaient depuis Madrid, Valence et Barcelone. Les journaux confirment mon impression: le mouvement est national et concerne environ 60 villes en Espagne. Le schéma qui se répète, c’est l’occupation de la place centrale dans la ville concernée.

Hier, environ 4000 madrilènes ont campé sur la place de la Puerta del Sol, apparemment. Pourtant, elle n’est pas si grande que ça, cette place.

Difficile de se faire une idée sur le déroulement des événements. L’appel initial semble n’avoir concerné que Madrid, dimanche dernier, et être une initiative du mouvement « Democratia real ya! » (mon côté cynique trouve que ce n’est pas un nom très bien choisi pour un mouvement républicain, puisque « real », qui veut ici dire « réelle » pourrait aussi vouloir dire « royale »). Mais j’ai l’impression que l’occupation, présente depuis cinq jours, n’était pas prévue. Le mouvement est qualifié partout de spontané.

Il est intéressant de le voir s’organiser. Maintenant que je dépasse un peu les premières impressions, on voit bien que ça rejoint beaucoup plus que les groupuscules anarchistes. On appelle les campeurs les « indignados », mais la direction du mouvement demeure incertaine. Mais le campement s’organise. El País fait une liste de différents points d’organisation qui ont fait leur apparition dans la semaine: toilettes pour les campeurs la nuit, service de garderie, compte bancaire pour les amendes, etc. Dans la dernière journée, il semble qu’on ait commencé à se soucier de formuler des revendications. On dit que l’endroit se transforme en agora. C’est très curieux.

Pour le moment, la police se contente de surveiller, disais-je. Mais les élections sont dimanche, et la comission électorale vient de trancher, par cinq voix contre quatre, qu’il serait contre la loi électorale de poursuivre le rassemblement durant la fin de semaine. Les campeurs, toutefois, ne semblent pas décidés à bouger.

Solo charleston a la Yasta

avril 28, 2011

La sala Yasta, c’est un club rétro, style fifties, où, une fois par mois, le studio Blanco y Negro de Madrid organise une soirée swing. De toutes les soirées qu’on fait dans la capitale espagnole, c’est ma préférée. Et je ne suis pas le seul à le penser.

La piste de danse est grande, elle a une forme régulière (contrairement au Garibaldi, par exemple, où il y a un angle droit qui lui donne une forme de « L », ce qui a le don de m’agacer). Elle est en bois franc, le type de sol sur lequel je préfère danser. Et il y a de l’ambiance. Une super ambiance. Elle prend à chaque fois.

L’endroit a un kitsch assumé, avec un animateur-imitateur-d’Elvis, pas super bon – mais l’important c’est l’idée. Et des serveuses pin-ups. À tous les jeudis, d’ailleurs, il y a un concours de pin-up vers 1h du mat’. Les amatrices sont invitées à se présenter, le public vote.

Et à chaque fois qu’on fait une soirée swing là-bas, il y a un petit truc spécial: distributions de photos polaroïds (et de casquettes de je-sais-plus-quoi); tout-le-monde-en-moustache (fausses moustaches fournies, homme ou femme); jack & jill pour amateurs; démonstration de claquette.

Ce soir, c’était une compérition de solo charleston.

Solo charleston? l’annonce du thème de la soirée m’avais rendu un peu perplexe. Dans la communauté swing naissante de Madrid, le solo charleston n’est pas particulièrement en vogue. Qui allait donc s’inscrire à la compétition? Je m’attendais à une participation réduite. Je m’attendais en fait à ce que même certains danseurs qui à mon avis ont un sacré bon style ne veuillent pas participer – j’entendais les échos de type « ah, moi, le solo charleston, je connais pas vraiment » – soit dit en passant, moi non plus… je ne fais que me débrouiller en développant un peu les quelques jazz-steps que je connais. Et un faisant le fou, comme d’hab.

Les organisateurs, pas fou, ont sans doute eu les mêmes doutes que moi. La formule était bien pensée pour pallier au problème: à la première ronde, tout le monde participe, z’avez pas le choix! le noeud gordien était tranché. Les quatre finalistes seraient sélectionnés par les profs de Blanco y Negro.

J’étais allé à la soirée avec une très forte attitude de « l’important, c’est de participer ». Mais je dois faire un aveu: le premier prix me tentait terriblement. Une vrai de vrai paire de souliers de danse bicolores et tout et tout, pleins de classe. Mais bon: l’important, c’est de participer. De toute façon, même si je fais parti des bons danseurs de Madrid (sans fausse modestie), je sais pertinemment que, pour tout ce qui est performance physique – ce qui inclu donc la danse – je craque sous la pression. Je ne m’attendais donc pas à faire la finale.

Je m’y attendais encore moins pendant la première ronde. Après environ 30 secondes de la première chanson, mon mollet gauche m’a dit « deux pas de plus, et je te file la crampe de ta vie ». J’ai quand même fait la sourde oreille. Je ne me suis même pas particulièrement économisé. Mais je m’attendais d’une seconde à l’autre à ce que monsieur mollet mette sa menace à exécution et que je sois obligé de sortir de la piste de danse à cloche-pied. Mais finalement, le mollet est resté à sa place. Et au final, je n’avais pas trop mal dansé.

Annonce des finalistes: premier choix, aucune surprise, c’est une des meilleure danseuse en ville. Deuxième choix… ah, oui, là c’est un peu une surprise, ce n’est pas la plus expérimentée, et je n’avais pas eu l’occasion de la voir danser pendant la ronde (j’ai compris en la voyant danser  à la troisième ronde: elle danse simple, mais ses pas, elle les fait vraiment bien), troisième choix, je suis content pour lui, un type très sympa, d’ailleurs on a dansé face à face en faisant quelques jeux de miroir pendant un bref moment de la compétition. J’ai pas entendu le quatrième nom, mais j’ai compris qui c’était quand tout le monde m’a regardé.

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour m’étirer et masser mon molet avant la deuxième ronde. Là, chacun des finalistes avait son coin, et on dansait tous en même temps. Le mollet faisait quand encore des menaces, et je continuais à faire comme si c’était du bluff. Mais quand même, ça ne s’est pas trop mal passé. À ce détail près: j’ai beau danser comme un malade à toutes les semaines, je n’ai câlissement aucune endurance question cardio. Et le charleston n’est pas exactement une danse reposante. Pratiquement sans pause entre la première et la deuxième ronde, les amateurs pouvaient mesurer la longueur de ma langue une fois la toune achevée. Mais je suis allé jusqu’au bout, sans ralentir le rythme! Yeah!

Troisième ronde, on danse à tour de rôle, cette fois. Spotlight sur chacun d’entre nous. Dois-je préciser que j’étais très content d’être le numéro 4? la numéro 1 n’a pratiquement eu aucune pause. D’ailleurs, je n’ai quasiment rien vu de sa performance: j’étais occupé à me rafraîchir à coup de bière et surtout à m’étirer et me masser le mollet. Le tour à la deuxième, c’est là que je comprends pourquoi elle a fait la finale. Le troisième s’offre un beau moment flash en ploguant une roue au milieu de sa danse. Quant à moi, je fais clairement la moins bonne de mes trois performances; je me sens moins inventif et moins énergique, mais bon, je fais avec, et pour tout le reste, tant pis! J’ai quand même du fun.

La troisième ronde achevée, moi je vais assez vite vers le bar pour m’acheter une autre bière. Avec les autres finalistes, on a une bonne camaraderie: on se fait des rondes (brèves, quand même), et on prend des pauses pour les photos du studio (mes amis facebook devraient les voir apparaître d’ici une semaine). Pendant ce temps-là, le public vote. En fin de soirée, l’annonce arrive. Pour faire bref, les deux prix reviennent aux filles. La première n’est pas une surprise. J’ai pas eu les souliers – tant pis. (au fait, j’ai dis que je me suis acheté des souliers à claquette la veille?).

Mais il y a une dernière chose à dire pour conclure. En Espagne, la Semana Santa (la semaine dernière), c’est long pis c’est plate. Enfin, bon, y’a plein de gens qui aiment ça. Mais c’est résolument familial. C’est la semaine où les grandes villes se vident, parce que tout le monde retourne dans son village natal. C’est la semaine où toutes les activités sont annulées. Moi, l’étranger sans famille a proximité, je suis resté à la maison pour bosser mes trucs (sans aller aux archives, elles sont fermées, ou avec un horaire exagérément réduit). Ce n’est pas de bosser qui est plate, c’est de bosser sans avoir les loisirs habituels pour me détendre (j’exagére un tantinet: j’ai quand même soupé avec des amis le jeudi saint). Mais pas de danse pendant un peu plus d’une semaine? c’est dur…

charleston ou pas charleston, cette soirée à la Yasta, j’en avais besoin! Et la magie a marché… comme d’hab.

Les trois tangos et autres actualités dansantes

mars 17, 2011

Je reviens d’un cours de tango. Alors, déjà, la nouvelle, pas si neuve que ça mais dont je n’ai pas encore parlé, c’est que j’ai recommencé le tango. Je suis allé à un cours en décembre, puis j’ai vraiment repris à partir de la mi-janvier. Je redécouvre ce que c’est que de danser une danse sans l’aisance de l’expérience, de devoir penser à toutes sortes de choses en même et de se rendre compte que ce n’est pas parce qu’on y pense que les pieds le font, eux.

Avec les cours de tango, il y a les pratiques. Je ne vais pas dans les milongas (soirées tango), encore. Surtout par économie de temps. Mais les pratiques sont presque des milongas, puisqu’en théorie, c’est une heure, et qu’en pratique, ça déborde largement. Mais je rentre quand même à minuit alors qu’à une milonga je rentrerais vers 2h du mat. Ça me permet de dormir un peu.

Je constate que la coutume des trois tangos n’est pas autant suivie à Madrid qu’à Montréal. Les trois tangos, c’est que quand on invite quelqu’un à danser, en principe, on l’invite pour trois danses. Ce qu’on m’avait expliqué à Montréal, c’est qu’un tango, c’est relativement court, et ça demande beaucoup de connexion avec le partenaire. Donc on fait plus d’une danse, histoire de pouvoir s’habituer à son partenaire. Quelqu’un aujourd’hui m’a révélé la formule par laquelle les Argentins résume cela: trois tangos, un pour se présenter, un pour faire connaissance, et un pour danser.

En même temps que le tango, j’ai commencé la claquette. Je ne sais pas ce qui m’a pris de commencer deux nouvelles danses comme ça, de front. Ça charge beaucoup ma semaine. Mais j’avais envie des deux, et je n’ai pas su choisir. Donc tous les samedis de midi à deux, je vais m’exténuer à une danse (danse solo, la première que je tente) qui touche des tas de mes faiblesses à la fois. Ça demande un sens du rythme que je n’ai pas développé à ce niveau jusqu’à maintenant, un jeu de jambe très précis (ce qui n’a jamais été mon fort) et, finalement, discipline et mémoire pour se rappeler les séquences chorégraphiées, ce à quoi je suis franchement très mauvais. J’ai toujours eu horreur des chorégraphies, en fait. Je préfère improviser. Mais il faut bien chorégraphier un peu pour apprendre le vocabulaire de la danse. Et puis ma prof est cool. On fait toujours des exercices pour pratiquer un peu l’impro (même si pour le moment on n’est pas très avancé et que ce n’est pas très impressionnant), et pratiquer l’oreille (ben oui, faut savoir quel pas fait quel son; donc à l’occasion elle nous fait pratiquer à l’aveugle).

Tous les samedis, mais celui-ci je n’irai pas. En fin de semaine, c’est le Festival Swing de Madrid. Six profs internationaux pour des heures de cours, trois soirées de danse et un « swingbus » qui va nous amener danser en plein air aux quatre coins de la ville.

J’ignore si je vais être capable de me lever pour aller aux archives, lundi.

Musique de métro

novembre 5, 2010

Aujourd’hui dans le métro de Madrid, faisant le transfert entre la ligne bleue et le ligne bleue (la première, marin – c’est la ligne 10; la seconde, clair – c’est la ligne 1), je suis passé devant deux guitaristes. Rien que de banal. Deux guitaristes avec des guitares électriques et tout le stuff… qui jouaient du metal. C’est moins banal. Du metal à l’ancienne… on n’est pas encore au black metal de métro. Mais j’avoue avoir un instant imaginé les deux énergumènes de Goatfuk jouant dans le métro pour se faire des cennes. Ç’aurait été d’autant plus approprié pour eux que ça se passait dans la station… Tribunal. (Tu nous fait ça, Hérétik?). Ça m’a fait sourire.

Après avoir monté les escaliers, un autre guitariste. Jouant des tounes de Michael Jackson par-dessus des engeristrements. Ça sonnait plutôt mal, mais le gars était dedans, à mort. Au moment où sa toune se termine, il lâche une sorte de « Youhouuu! » avant de mettre le fond musical de Smouth Criminal, le sourire fendu jusqu’au oreilles au moment de se mettre à rajouter ses ting! ting! ting! en pinçant les cordes de sa guitare. Lui aussi m’a fait sourire.

Je prends un autre escalier… les deux lignes sont séparées par une longue distance de couloirs et d’escaliers. Au bas, cette fois, c’est un musicien africain en costume traditionnel. Il joue de la clarinette. À ses pieds, une sorte de xylophone géant, dont il ne s’est pas servit tant que j’étais là. Lui m’a fait hausser un sourcil perplexe. Vraiment bizarre comme mélange.

Je monte dans le métro. Pas de places assises. Un peu après moi, monte un gars, qui traîne un haut-parleur et un micro. Encore de la musique. Il faut savoir qu’à Madrid, les musiciens ne se contentent pas de rester dans les couloirs: certains montent dans les rames de métro, jouent le temps de deux ou trois stations, et puis passent le chapeau. Celui-là, c’est un chanteur. Quand il met sa musique, j’identifie tout de suite une bachata. Il commence à chanter. Il chante juste, avec une voix toutefois ordinaire. Les paroles sont une chanson d’amour super stéréotypée. On est dans le genre crooner, version latino. C’est kitsch à mort. Celui-là m’a presque fait mourir de rire, mais je me suis retenu.

Obéissez sans mot dire

septembre 28, 2010

Puisque je suis à Madrid, ça vaut la peine de profiter un peu des richesses de la ville. J’étais déjà allé voir un spectacle de ballet lors de la Noche en Blanco (vive les spectacles gratuits), dont j’ai négligé de parler ici. Un pas pire spectacle, d’ailleurs, « Rock the Ballet », qui traversait à peu près toutes les variations de la musique rock avec danse adaptée.

Aujourd’hui, j’allais voir Crece 2010. Petit cirque deviendra grand: Crece est, d’après ce que j’ai compris, une production annuelle du Teatro Circo Price et de l’école de cirque de Madrid, où se retrouvent des finissants de diverses écoles de cirque du monde: Madrid, Toulouse, Stockholm… Montréal. Les noms des spectacles ont le mérite de l’originalité, mais pas de la continuité: Crece 2008, Crece 2009, Crece 2010; comme vous voyez, il est difficile de voir le lien entre les spectacles et les concepteurs ont dû se creuser longuement la tête pour trouver un titre à chaque année.

Comment décrire un tel spectacle? Je me suis posé la question à deux ou trois reprises au cours de la séance. Le fil conducteur n’était pas évident à saisir, bien que les enchaînements se faisaient bien entre les numéros et que l’ambiance donnait une unité au spectacle. Mais difficile d’en raconter l’histoire, si toutefois il y avait une histoire. Les artistes endossent bien un personnage, et parfois on voit apparaître un lien entre deux numéros, le personnage de l’un surgissant dans le numéro de l’autre tout d’un coup. Mais d’histoire globale, point.

À l’entrée, la scène est descendue, et donne l’impression d’une arène. Trois inquiétants personnages, des gaillards musclés (ok, ça correspond à la description de 90% des artistes de cirque masculins…) avec des lampes sur le front, semblent jouer des gardiens, des contre-maîtres ou des esclavagistes. Ils font descendre les autres personnages dans l’arène. L’un tente de s’échapper, cela provoque une bagarre avec son gardien. Un bagarre très crédible au demeurant, pas comme beaucoup de « bagarres » prétexte à main-à-main qu’on voit au cirque. Là, la scène n’est pas sans dégager quelque violence. Lorsque le rebelle est finalement dans l’arène, il tente encore de s’échapper, pour être impitoyablement rejeté dans l’arène.

La table est mise pour un spectacle dont les numéros évoquent généralement des thèmes bien pessimistes. Le clown-jongleur-bruiteur est bien drôle, à notamment sortir ses organes de son corps (par mime) pour les remonter ou les réparer, à jouer avec les ralentis, etc. Mais c’est aussi un pervers (pépère?) . Il y a d’autres personnages comiques: on a droit à une suicidaire qui rate ses suicides. Occasion de rire, là aussi. Même si un peu jaune, c’est du rire. Et le personnage le plus léger du spectacle est un trampoliniste qui distribue des fleurs dans les tribunes. Au milieu d’un numéro plus grave (un numéro de bascule assez impressionnant), on le verra surgir d’une trappe au milieu de la scène avec son bouquet de fleurs en main.

Deux numéros évoquent la violence domestique. Le premier présente les personnages de la femme battue et de son mari, et lorsque ce dernier s’éclipse, donne lieu à un numéro de corde volante qui fait paraître la dame plus forte que quand son mari était là. Puis une autre scène, violence sur fond de chanson d’amour chantée par d’autres artistes qui ne semblent pas conscient de ce qui se passe, jusqu’à ce qu’une femme se réveille, proteste et appelle à l’aide, en vain. Cette femme monte alors sur son trapèze ballant. Ce numéro de Vanessa Vollering – en qui j’ai reconnu un personnage secondaire, mais remarqué, de Rosso di Sera, spectacle de fin d’année de l’ENC 2009 – est celui qui ma le plus paru donner une clé de compréhension de l’ensemble du spectacle. Au début de son numéro, elle joue de son trapèze d’une manière qui  nous donne l’impression que celui-ci ne veut pas se mettre en mouvement, malgré tous les efforts qu’elle y met. Et puis, lentement, le trapèze finit par se mettre en branle, et elle peut y aller de ses voltiges. Une métaphore de l’inertie, de la difficulté qu’il y a à faire bouger les choses? En épilogue du numéro, lorsqu’elle remet pied sur terre, elle se retrouve face au mari violent, qui lui fait des saluts militaires et mime le fait de se taire. D’où le titre que j’ai choisi à ce billet.

Je suis bien sûr loin de mentionner tous les numéros. Mais il y a beaucoup de cordes, dans tous les sens. De la corde volante aux cordes à funambules, elles se retrouvent tout au long du spectacle, comme si les personnages étaient constamment liés.

Petite mention enfin pour les deux autres représentants de l’ENC, Marie-Pier Campeau et Ethan Law, qui font un bon numéro de jeux icariens, bien que pour cette séance ils aient cafouillé un peu. Ce sont des choses qui arrivent. Les jeux icariens, cela consiste en gros, pour lui, à jongler avec un ballon avec ses pieds, pour elle, à être le ballon. Lui fait aussi un numéro de roue cyr très réussi. Les trois (Vanessa, Marie-Pier et Ethan) sont, si je ne me trompe pas, des finissants de 2010.

Petite mention aussi pour la mise en scène, très bien faite. Des transitions bien pensées: un numéro aérien attire le regard du spectateur vers les hauteurs, et le plancher remonte pendant ce temps pour faire disparaître l’arène. Des effets d’éclairage donnent l’impression que le sol glisse sous une roue cyr. Etc…

Et au final, au moment où se conclue le spectacle, un spectacle si rempli de scènes pessimistes, on met la toune Don’t worry, be happy. Belle pensée.

Un café pour travailler

septembre 19, 2010

Ce soir, j’ai beaucoup marché.

Quand j’ai du travail à faire, surtout s’il s’agit d’écriture, je préfère quitter le domicile pour m’installer dans un café. Avec un cafe con leche (faire ajouter du lait est encore le meilleur moyen, en Espagne comme en France, de se faire servir un café d’une taille décente), je peux alors travailler tranquillement loin des distractions caractéristiques de ma chambre (accès internet, bibliothèque trop abondante, agitation des colocs…).

À Valencia, j’avais adopté le « café-d’en-bas », comme je l’appelais, qui se trouvait à 10 secondes de marche de la porte de mon immeuble. Le Panete, de son vrai nom, était un assez grand café, sans prétentions, qui projetait les matchs de foot quand il y en avait et mettait le canal musique le reste du temps. J’arrivais assez bien à faire abstraction de ce dernier aspect, ça m’aidait même à l’occasion à me familiariser avec quelques noms que tout le monde connaît en Espagne, sauf les nouveaux arrivants. Et quand je ne supportait plus l’équivalent espagnol des star académiciens, j’avais toujours mes écouteurs. Vers l’heure du souper, le Panete se remplissait tranquillement, mais ils avaient assez de place pour que je reste seul dans mon coin avec mon ordinateur sans déranger personne. L’endroit était très familial, et très « vie de quartier ». On y voyait souvent les mêmes visages, on voyait beaucoup d’enfants courir et jouer entre les tables.

J’aimais bien.

À Madrid, dès que j’ai trouvé mon appartement, j’ai cherché un café pas loin où prendre mes habitudes. À environ 55 secondes de marche de chez moi, il y en a un petit. Je n’ai pas encore retenu le nom. Je n’y suis allé qu’une fois, a mon premier dimanche. Coup de chance, ce café fait parti des quelques 30 à 50% de cafés de mon petit quartier qui ne ferment pas le dimanche. J’ai repéré la prise électrique. C’est plus petit qu’à mon ancien café-d’en-bas, mais je ne gênais pas, du moins, cette fois-là. Justement parce que c’est plus petit que je n’ai pas pu y aller ce soir. Comme au Panete, ils ont une télé. Et comme au Panete, ils projettent les matchs de foot. Mais ici, c’est Madrid.

Valencia a une équipe dont je ne sais même pas si elle se défend bien ou non: c’est que les Valenciens n’en parlent pratiquement jamais. Ils soutiennent leur équipe, bien sûr, mais comme-ci, comme-ça. Au Panete, les matchs de l’équipe de Valence, dont je ne connais même pas le nom, n’attiraient que quelques tablées de plus. Les Valenciens soutiennent leur équipe, mais ils soutiennent surtout le Barça. Parce que même si, en Espagne, chaque ville de quelque importance a son club de foot, il n’y a en réalité que deux « vrais » équipes: Le Real Madrid et le Barça de Barcelone.

Et, donc, comme je disais, ici, on est à Madrid. Et ce soir, le Real jouait. Et donc le petit café où je pensais passer ma soirée était plein. En fait, il y avait du monde sur le pas de la porte pour regarder à l’intérieur, vers la télé.

J’ai fait le tour de la colonie. Mon quartier s’appelle comme ça, la « colonia » Virgen de Begoña. C’est tout petit, c’est fait en cercle, on dirait un village, avec le bureau de poste d’un côté, le centre de santé et l’épicerie de l’autre. Il y a une vingtaine de rues qui portent un total de cinq ou six noms différents, les plus fréquents étant Ángel Múgica, Virgen de Aránzazu et San Dacio. Si vous venez dans mon quartier, donc, ça ne sert à rien de demander la rue: de toute façon, elle est partout. Bref, j’en ai rapidement fait le tour, et je n’ai guère trouvé de café, bar ou restaurants qui ne soient pas remplis à craquer d’amateurs de foot. Il faut savoir qu’à Madrid, presque tous les cafés et les bars sont de petite dimensions. Certains n’ont même pas de tables: tout le monde s’installe au bar.

Donc j’ai continué, je suis sorti de mon quartier, j’ai traversé le CHU La Paz, longé les quatre tours déjà célèbres de l’encore inachevé CCI, traversé un quartier résidentiel qui n’avait rien à proposer en dehors de résidences, remonté le Paseo de la Castellana jusqu’à la Plaza de Castilla. Toujours le même problème: des endroits trop petits, que j’aurais été gêné de privé d’une table pour ne consommer qu’un café, ou remplis de gens suivant le match. C’est un peu plus loin que la Plaza de Castilla que j’ai trouvé un Cafe & Te qui correspondait à mes désirs: grand, plein de tables, à 90% vide, pas de télé.

J’espère quand même ne pas avoir à faire tout ce chemin chaque fois que j’aurai à travailler.

Nouvelles madrilènes

septembre 12, 2010

Ça fait un moment que je n’ai pas écrit de notes. Mais il faut dire que j’ai peu de temps à consacrer aux notes historiennes (qui nécessitent un minimum de temps de documentation hors de la thèse) et que je lis peu (en fait, pas) de fiction en ce moment. Néanmoins, quelques nouvelles sur mes dix premiers jours à Madrid.

J’avais prévu me débarrasser d’entre six à douze livres de ma bibliothèque parmi les moins utiles et les plus lourds avant de quitter Valence, histoire d’alléger mes bagages. Finalement, faute d’avoir trouvé une bouquinerie rachetant des livres (assez curieux, d’ailleurs, de ne pas trouver de ce service essentiel dans une ville quand même pas si petite que ça), je n’en ai laissé qu’un seul derrière moi, cadeau à une amie qui décrit l’histoire comme sa « vocation frustrée ».

Par conséquent, mon voyage depuis l’appartement qui fut le mien jusqu’à l’hôtel que j’avais réservé pour trois nuits fut l’occasion de longues, fiévreuses et nombreuses réflexions de physique appliquée concernant la loi de la gravité.

J’ai choisi l’Hostal Berlin pour ses prix plus que pour toute autre raison. Les hôtels bons marché que j’avais déjà eu l’occasion d’essayé à Madrid affichaient complet au moment de réserver ou étaient fermés pour un temps indéterminé. J’ai découvert à l’arrivé qu’il se situait à un endroit relativement curieux. À deux coins de rue du palais royal. Pour m’y rendre, il ne me fallait même pas deux minutes de marche. Pratique, puisqu’il y a là une bibliothèque contenant des archives intéressantes pour ma thèse. À cinq minute de marche, il y a la Puerta del Sol, centre officiel de Madrid, elle-même centre officiel de l’Espagne, avec sa fameuse horloge, heure officielle de l’Espagne. Autour de la Puerta del Sol, bien des bars et des restaurants à tapas attirent touristes et autochtones festifs. Les quelques rues séparant ces deux lieux hautement touristiques sont bien sûr très passantes, puisque lesdits touristes préfèrent avec raison marcher de l’un à l’autre que de prendre le métro. Quelques commerces qui s’y trouvent sont donc eux aussi fort touristiques (surtout les prix). Mais ces quelques rues ont aussi un très fort caractère populaire, avec des cervecerías indifférenciables de toutes les autres cervecerías de Madrid (qu’il faudrait probablement estimer au nombre de trois ou quatre par habitant), voire mal famé, avec ce qui semble être des bars à putes (je ne suis pas entré pour vérifier, si vous voulez savoir). Mais quand même… vous savez, la vieille pute dégoûtante qu’on voit dans les caricatures? vieille, laide à faire peur, la peau rongée par dix-huit maladies pas toutes identifiées par médecine moderne, trop maquillée, habillées au comble du mauvais goûts avec des guenilles faisant déborder des formes flasques par n’importe où? ben je l’ai vue fumer à l’entrée d’un de ces bars. Elle est encore pire en vrai. Deux portes plus loin, un jeune latino interpelle les passants masculins en vantant la beauté des filles qui se trouve à l’intérieur de son établissement à lui. Et trois portes plus loin se trouve un petit restaurent japonais tout ce qu’il y a de plus coquet, avec des serveurs efficaces et guindés, servant de délicieux petits plats à un prix qui serait raisonnable si les portions étaient trois fois plus copieuses. À moins de 300 mètres au sud de tout ça se trouvait l’Hostal Berlin. Rien à reprocher audit hôtel, par ailleurs, tenu par une vieille dame et son unique employé, bien serviables tout les deux.

La première chose que j’ai fait en arrivant à Madrid fut donc de dormir. Mes réflexions de physique appliquée m’avaient vidé de toute énergie et laissé avec le dos endolorie. Le matin, suivant, ça allait mieux. J’aurais dû logiquement me mettre immédiatement à la recherche d’un appart (j’avais une option relativement sérieuse, mais il ne faut jamais rien prendre pour acquis, d’ailleurs le gars n’a pas rappelé), mais j’ai succombé à l’appel des archives et suis allé au palais royal pour finalement lire un document qui n’était pas celui que j’étais venu consulter (je devrais d’ailleurs faire un billet, voire une série, sur les « joies des archives »).

Troisième chose faite à Madrid, le premier soir où j’étais valide? Danser, évidemment. Non seulement il y avait une grande fête ce soir là, non seulement c’est toujours bon pour démarrer rapidement sa vie sociale (j’y ai même rencontré un montréalais), mais en plus ça faisait un peu plus d’un mois que je n’avais pas dansé, car rien n’était organisé à Valencia en raison de dépopulation estivale (maladie toute particulièrement aoûtiste). C’était une haute satisfaction, comme le sentiment que des rouages essentiels de mon corps se remettaient à fonctionner. J’ai revu les quelques danseurs madrilènes que je connaissais déjà, fait la connaissance de quelques autres, récolté quelques numéros de téléphone en vue de futures bières.

Il n’y a pas à dire, d’ailleurs, la vie dansante du milieu swing madrilène, qu’on décrivait il n’y a pas si longtemps comme vivotante, est désormais bien active et effervescente. En dix jours, j’ai dansé six fois, on pourrait faire pire. Il y a quelques mois encore, on décrivait Valencia comme la deuxième scène swing d’Espagne après Barcelone, mais une amie me prédisait ce ne serait plus pour longtemps. De ce que j’en ai vu, elle est en passe d’avoir raison.

Je me suis réveillé le vendredi, à la sortie des archives, pour me mettre plus sérieusement à la recherche d’un appartement. Cela s’annonçait difficile, j’ai donc réservé deux nuits supplémentaires à l’hôtel et anticipais que je devrais sans doute en réserver un semaine de plus: la plupart de ceux que je rencontrais me disaient qu’ils prendraient une décision au milieu du mois. Mais finalement, samedi en soirée, j’ai croisé une famille de colombiens qui louait une chambre. Ils voulaient bien que je m’installe le jour même. Comme l’hôtel était déjà réservé jusqu’à dimanche, j’en ai profité pour faire mon déménagement en deux jours et trois voyages. Beaucoup plus facile, croyez-moi. Voyager avec une bibliothèque n’est pas très aisé.

Je me suis donc créé une petite routine, entre les archives et la danse, comme à Valence. Les archives et bibliothèques scientifiques madrilènes sont par contre beaucoup plus procédurières que celles de la troisième ville d’Espagne, et demandent tout un ensemble de documents pour laisser le chercheur accéder à leurs précieux fonds. Pour le moment, je me limite à quelques-unes, notamment celle du Palais.

N’empêche que travailler au palais royal, c’est quand même beau.

Sept doigts et bien des folies

avril 24, 2010

Ce billet sur le cirque commence par une tranche de vie.

Facebook a changé le cours de mes derniers jours d’une excellente manière. L’histoire commence vendredi soir, quand je constate, parce que Tite-Soeur s’y est inscrite, que les 7 Doigts de la main ont désormais un groupe facebook. L’instant d’après, j’y étais inscrit. Une minute plus tard, j’apprenais avec stupéfaction qu’ils étaient à Madrid pour présenter leur nouveau show, Psy.

Flash: je me rappelle aussitôt ma frustration d’être parti de Montréal un peu trop tôt pour pouvoir voir Psy, et d’être arrivé à Valencia trop tard pour pouvoir voir Tarzan, le dernier en date du Circo Gran Fele, qui a l’air pas mal. Je regarde les dates de représentations, et c’est la déception: le dernier spectacle est celui de dimanche! Mais, petit à petit, l’idée fait son chemin: on est vendredi soir, il est encore temps d’acheter son billet et de sauter dans un train pour Madrid. Et une planification se met en place dans mon esprit: les swingueurs de Madrid dansent le samedi soir, j’attendais aussi une occasion pour voir les archives madrilènes et voir un collègue historien avant qu’il ne quitte la ville. Il y a de quoi occuper tout un séjour. Et pour les creux, j’ai un ou deux amis madrilènes qu’il serait bon de voir autour d’une bière. On n’est pas dans la saison touristique, donc je ne me fais guère de soucis pour trouver un hôtel (j’ai pu constater en 2006 que dans le centre-ville de Madrid, des hôtels, il y en a partout). Les encouragements de quelques amis en ligne à ce moment-là achèvent de me convaincre. J’ai aussi eu un petit coup de main de Mouma, qui me demandait en échange une critique sur ce blogue (ce que j’aurais fais de toute façon, elle s’en doute). J’ai donc passé une  bonne partie de la nuit à acheter mes billets de cirque et de train, à préparer mes bagages, à envoyer des courriels à mes amis madrilènes. Le lendemain, j’étais dans un TGV pour un trajet de 4 heures vers Madrid.

Dimanche un peu avant midi, donc, je déjeunais (tortilla, napolitana – mon nouveau mot du jour – et café con leche) au café du Teatro Circo Price de Madrid, en attendant midi, heure de la représentation pour laquelle j’avais acheté mon billet. Midi, parce que la représentation du soir était complète. Il ne devait pas rester plus d’une trentaine de places disponibles pour la représentation de midi, d’ailleurs, quand j’ai acheté mon billet. À 20 euros, je me suis permis le luxe d’être dans une bonne section, face au spectacle dans une salle circulaire (pour un spectacle conçu pour être présenté dans un théâtre à l’italienne, de front).

Les affiches des 7 doigts sur la façade du Teatro Circo Price

Psy est un spectacle dans le plus pur style des 7 Doigts de la main. Des numéro d’un haut niveau technique liés par un fil conducteur. Des numéros, aussi, montés dans l’objectif non seulement de faire étalage du talent technique de l’interprète, mais aussi d’illustrer des thèmes. Dans le cas de psy, une partie au moins des numéros sont des reprises des numéros créés par les artistes (j’ai notamment bien reconnu les numéros de jonglerie – malabarismo, le mot que j’ai appris la veille – de Florent Lestage et le numéro d’équilibre sur cannes de Naël Jammal), adaptés à la thématique du spectacle et insérés dans le fil conducteur. Au niveau de la narration, Psy se situe à quelque part entre La Vie et Traces, ce dernier misant davantage sur une ambiance impressionniste tandis que La Vie est plus proche du théâtre, avec une histoire qu’on peut suivre du début à la fin. Dans psy, l’histoire plus présente que dans Traces, mais néanmoins très mince: on nous présente les personnages et leurs pathologies (paranoïa, hypocondrie, insomnie, amnésie, maniaco-dépressif plus maniaque que dépressif, syndrome de personnalité multiple, dépendance – au moins à la cigarette et au sexe -, obsessif compulsif, colérique pathologique, j’espère ne pas en avoir oublié), à travers une thérapie de groupe. Puis on a droit à une succession de tableaux illustrant la pathologie de chacun à travers un numéro. Les interprètes joue tour à tour leur personnage ou des personnages de soutiens (la foule anonyme, les souvenirs éparpillés, les psychothérapeutes, etc…), mais cela n’engendre pas de confusion pour le spectateur, car les changements de costume rendent les changement de personnages faciles à identifier.

Les numéros sont très évocateurs, et mettent en relation la pathologie et la discipline exercée. Quand l’amnésique jongle, on a le sentiment qu’il jongle avec quelques rares souvenirs. Quand on balance des dizaines de quilles sur scène, il exulte, même s’il ne peut pas toutes les attraper. La colérique se bat avec sa corde lisse dans laquelle elle voltige. Le dépendant semble enfermé dans sa roue allemande. L’agoraphobe défie sa peur sur son trapèze ballant. Je ne vais pas tous les nommer, mais j’ai particulièrement aimé le numéro de mat chinois, illustrant l’insomnie. L’insomniaque cherche le sommeil, en changeant constamment de position sur son mât chinois (comme on se retourne dans son lit), accompagnée de son conjoint qui la rattrape constamment lorsqu’elle tombe d’épuisement. Très évocateur, j’ai adoré. Le numéro d’équilibre sur cannes est excellent pour l’ambiance qu’il dégage, mais curieusement ne semble pas évoquer la pathologie du personnage (hypocondriaque), mais plutôt la solitude et l’incapacité sociale.

Je me plaignais de ne pas avoir pu le voir à Montréal, mais somme toute j’ai eu de la chance de le voir à Madrid. Ils ont eu le temps de roder le spectacle et de le perfectionner. Le numéro de danse du sabre et de lancer de couteau, qui selon plusieurs critiques à Montréal pouvait être supprimé, semble avoir été considérablement simplifié, et ramené à la danse plus un unique lancé (qui a d’ailleurs probablement plus d’impact du fait qu’il est unique).

Le tout est accompagné de nombreuses danses, d’humour autant dans les numéros principaux que dans les séances de groupe (faites interagir le dépendant avec la colérique, pour voir… ou demandez au craintif hypocondriaque de s’abandonner à l’étreinte d’un compagnon…).

Shana Carroll, qui a monté le spectacle, dit qu’elle espérait faire un spectacle moins épuisant que ce qu’ils sont fait dans les précédents. Au vu de la quantité de choses qu’ils font sur scène, j’ai des doutes sur l’atteinte de cet objectif. Mais ça, ce n’est pas le spectateur qui va s’en plaindre!

Inutile de dire que j’ai adoré ma séance chez le Psy…

La critique de La Presse, celle de Guy sur Alonzocirk.