Posts Tagged ‘swing’

Les trois tangos et autres actualités dansantes

mars 17, 2011

Je reviens d’un cours de tango. Alors, déjà, la nouvelle, pas si neuve que ça mais dont je n’ai pas encore parlé, c’est que j’ai recommencé le tango. Je suis allé à un cours en décembre, puis j’ai vraiment repris à partir de la mi-janvier. Je redécouvre ce que c’est que de danser une danse sans l’aisance de l’expérience, de devoir penser à toutes sortes de choses en même et de se rendre compte que ce n’est pas parce qu’on y pense que les pieds le font, eux.

Avec les cours de tango, il y a les pratiques. Je ne vais pas dans les milongas (soirées tango), encore. Surtout par économie de temps. Mais les pratiques sont presque des milongas, puisqu’en théorie, c’est une heure, et qu’en pratique, ça déborde largement. Mais je rentre quand même à minuit alors qu’à une milonga je rentrerais vers 2h du mat. Ça me permet de dormir un peu.

Je constate que la coutume des trois tangos n’est pas autant suivie à Madrid qu’à Montréal. Les trois tangos, c’est que quand on invite quelqu’un à danser, en principe, on l’invite pour trois danses. Ce qu’on m’avait expliqué à Montréal, c’est qu’un tango, c’est relativement court, et ça demande beaucoup de connexion avec le partenaire. Donc on fait plus d’une danse, histoire de pouvoir s’habituer à son partenaire. Quelqu’un aujourd’hui m’a révélé la formule par laquelle les Argentins résume cela: trois tangos, un pour se présenter, un pour faire connaissance, et un pour danser.

En même temps que le tango, j’ai commencé la claquette. Je ne sais pas ce qui m’a pris de commencer deux nouvelles danses comme ça, de front. Ça charge beaucoup ma semaine. Mais j’avais envie des deux, et je n’ai pas su choisir. Donc tous les samedis de midi à deux, je vais m’exténuer à une danse (danse solo, la première que je tente) qui touche des tas de mes faiblesses à la fois. Ça demande un sens du rythme que je n’ai pas développé à ce niveau jusqu’à maintenant, un jeu de jambe très précis (ce qui n’a jamais été mon fort) et, finalement, discipline et mémoire pour se rappeler les séquences chorégraphiées, ce à quoi je suis franchement très mauvais. J’ai toujours eu horreur des chorégraphies, en fait. Je préfère improviser. Mais il faut bien chorégraphier un peu pour apprendre le vocabulaire de la danse. Et puis ma prof est cool. On fait toujours des exercices pour pratiquer un peu l’impro (même si pour le moment on n’est pas très avancé et que ce n’est pas très impressionnant), et pratiquer l’oreille (ben oui, faut savoir quel pas fait quel son; donc à l’occasion elle nous fait pratiquer à l’aveugle).

Tous les samedis, mais celui-ci je n’irai pas. En fin de semaine, c’est le Festival Swing de Madrid. Six profs internationaux pour des heures de cours, trois soirées de danse et un « swingbus » qui va nous amener danser en plein air aux quatre coins de la ville.

J’ignore si je vais être capable de me lever pour aller aux archives, lundi.

Publicités

Quelques tounes

juillet 29, 2010

À mon anniversaire il y a quelques mois, j’avais reçu entre autres une carte itunes pour 25 tounes. Je regardais mes listes récemment, et notamment celle des achats que j’ai fait avec cette carte. Assez indicatif de mes orientations et influences de la dernière année, non seulement dans les choix, mais aussi dans l’ordre dans lequel je les ai faits. Petit récapitulatif pour le fun.

1. Libertango, de Astor Piazzolla. Je trouvais que je manquais de tangos dans mon répertoire, enfin, surtout de classiques du genre. J’ai donc opté pour celui qui est pour moi le plus beau d’entre tous (également lié à une scène d’anthologie), bien qu’il soit sous bien des aspects atypique: nerveux et rythmé, très rapide, il s’avère complexe à danser. Mais c’est quand même le plus beau.

2. Sing Sing Sing, de Benny Goodman. Version remasterisé de 1987, celle qui fait 8:40. LA toune swing archétypique. Les jams du Petit Medley se font pratiquement toujours sur cette toune-là, endiablée et longue. Je ne pouvais pas ne pas l’avoir.

3. Zoot Suit Riot, des Cherry Poppin’ Daddies. Après les must que sont mes deux premiers choix, j’ai mis plus longtemps à me décider pour le troisième. Je voulais un swing endiablé, que je puisse danser intégralement sans mourir ensuite, comme c’est le cas pour Sing Sing Sing.

4. Don’t worry, be happy, de Bobby McFerrin. Le premier choix pas entièrement dicté par la danse. J’ai bien pensé au west coast swing en l’achetant, mais ce n’est pas un grand classique des soirées westies. Elle a quand même l’avantage d’avoir cette petite tournure comique qui inspire de faire des niaiseries en dansant, chose que j’affectionne beaucoup. Mais c’est surtout la feel good tune par excellence, la petite musique simple qui donne envie de sourire.

5. I’m Outta Love, d’Anastacia. Là, par contre, c’est totalement un choix inspiré par le WCS. Avant de danser, je ne l’aurais probablement pas aimé. Là, j’aime bien. Ça se danse très bien. Et comme plusieurs autres tounes de musique pop, elle me renvoie à certaines images, notamment celles de vidéos de danse marquants pour une raison ou une autre. Après un choix tango, deux choix swing et un choix moyennement WCS, en voici un typique du WCS. Avec ces trois danses, j’avais plus ou moins fait le tour de ce que je pratique. Pas une raison pour s’arrêter, cela dit.

6. Three Bones Shuffle, de la Locomotora Negra. Pas trouvé de vidéos pour vous la faire connaître. Retour au swing, un swing très fluide avec de beaux sons de cuivre, et pas de paroles. Elle passe tous les mardis au Petit Medley, et quand j’y étais, je faisais en sorte de toujours être sur le plancher de danse à ce moment-là. Mais c’est aussi un moment où on se pile sur les pieds, car je ne suis pas le seul à l’aimer.

7. Cause I love you, de Mike Morgan and the Crawls. Retour au WCS. Mais cette fois, la filière blues. Les danseurs de west coast, en effet, séparent la musique en deux catégorie: blues et contemporain. Le blues, c’est du blues, et le contemporain, c’est tout le reste. Si mes précédents choix west coast s’inscrivaient dans cette dernière filière, Cause I love you est on ne peut plus blues, genre musical que j’ai toujours affectionné, bien avant de savoir danser. Et puis, cette carte itune était un cadeau d’anniversaire, et cette toune fittait avec le concept. Pour moi en tout cas.

8. I’ve Got to Be a Rug Cutter, du Boilermaker Jazz Band. Plusieurs versions sur YouTube, mais pas celle que j’ai acheté. Retour au swing, aussi bien pour danser le lindy que pour le balboa. Cette fois, c’est Teedee Hop qui m’a mis sur la piste, en mettant I Would Do Anything for You, du même groupe, dans ses Selec’Son. Séduit, j’ai d’abord envisagé acheté celle proposée par le blogueur, mais au passage, j’ai écouté des extraits d’autres tounes… et finalement craqué pour le Rug Cutter, son piano, et son « swing-out… in the groove! »

9. ‘Taint What You Do, de Jimmy Lunceford. Ce n’est pas tant que je manquais de tounes swing, mais celle-là est spéciale. C’est l’une des deux tounes sur lesquelles ont danse tout le temps le fameux Shim Sham (voir le précédent billet). À chaque groupe sa préférence. À Valence, on préfère Tuxedo Junction; au Petit Medley à Montréal, c’est ‘Taint What You Do. Un must pour tout mordu du swing.

10. Hey Pachuco, du Royal Crown Revue. Il semble que j’étais à fond dans la filière swing. Celle-là, c’est celle qu’on entends dans The Mask. De toute évidence, je ne choisis pas les plus reposantes.

11. Posin’, de Jimmy Lunceford. Pour la première fois de cette liste, je retournais vers un artiste dont je m’étais déjà procuré un morceau. Rien de très planifié là-dedans. Le fait est que j’aime bien Posin’, avec son rythme sautillant et punchs. Et puis, il y a ça.

12. El Amanecer, d’Alfredo de Angelis. Retour au tango. Je réalisais à ce moment que je ne connaissais aucun grand maître du genre en dehors d’Astor Piazzolla. J’ai commencé à exploquer, pour corriger tranquillement cette lacune. Ça a débouché sur ce choix.

13. Love me or Leave me, version de Nina Simone. Un grand classique des pistes de danse de swing. Pourtant pas la plus facile à danser pour les débutants. Je me souviens qu’elle me laissait perplexe au début, avec ses longues envolées de piano. Cette période m’a passé, et depuis j’adore.

14. Just a Gigolo, de Louis Prima. La génération de mes parents connait mieux une version rock de cette chanson, mais celle qui s’est logée dans mes oreilles, c’est la version swing de Prima, qui donne me toujours l’impression de flotter sur les notes.

15. Love me or Leave me, version de Sammy Davis Jr. C’est la même chanson, mais la version est radicalement différente de celle de Nina Simone. Là où cette dernière est fluide et coulante, celle du danseur de claquettes du Rat Pack est plutôt cocasse et pleine de punchs. Parfaite donc pour ces classiques.

16. Seguime, si podés, d’Osvaldo Pugliese. Un titre bien argentin (référence à la grammaire, les hispanophones comprendront). J’ai pris le temps de la réflexion après El Amanecer, et finalement opté pour ce artiste, que je ne connaissais pas avant, connu comme un maître du tango de l’époque précédant Astor Piazzolla.

17. How Can a Fool Go Wrong, de Muddy Waters, Johnny Winter et James Cotton. Ça s’est du bon blues! Particularité: dansable aussi bien en lindy qu’en WCS. Bien que ce soit surtout à cette dernière danse que je l’associe, le rythme est assez dynamique pour bouncer dessus, comme nécessaire pour danser le lindy.Très longue, toutefois, près de 6 minutes. Je vous en présenterai un vidéo prochainement.

18. Secret, de Maroon 5. C’est du blues ou du « contemporain »? En tout cas c’est du WCS. Maroon 5 a pondu plusieurs succès appréciés par les westies, qui affectionnent particulièrement ses rythmes lents (c’est connu, dans le milieu: un danseur de west coast, ça danse slow).

19. Back to the Middle, de Indie.Arie. Encore du WCS. Je ne sais plus trop où j’ai dégotté celle-là. Je pense que c’est en parcourant une sélection west coast référée par un de mes contacts facebook.

20. Cocaine, de Robin Thicke. Tiens, un très grand succès du west coast. Je ne compte plus les fois où j’ai dansé sur celle-là. Pour les performances, je vous en plogue une en fin de billet, un jack & jill mettant en scène Tatiana Mollman et Arjay Centeno.

21. Like a Slave, de Kalmah. Ah, tiens, celle-là tranche avec ce qui précède. L’échéance de mon départ pour l’Espagne se rapprochait, et il fallait que je fasse mes derniers choix rapidement. Après 20 choix à 98% guidés par mes habitudes de danseur, voici venir du MeloDeath Metal! De fait, je voulais faire différent. Et comme l’ami Darwin mets régulièrement des clips de Kalmah dans les commentaires de la Kaverne, que j’aimais bien, je suis allé examiner quelques-uns sur YouTube et j’ai fixé mon choix sur celle-là.

22. Rock Around the Clock, de Billy Halley & His Comets. Après la coupure radicale représentée par Kalmah, il semble que je sois un peu revenu vers du plus dansable. C’est pas du swing, mais ce genre de vieux rock & roll en est un proche parent, si bien qu’on retrouve assez souvent les compères Elvis, Billy Halley et Chuck Berry sur les pistes de danse peuplées swingers.

23. Highway to Hell, de AC/DC. Faut croire que mon cheminement musical avait pris la route du rock.  Un choix qui a presque été guidé par la même logique que Like a Slave: sortir des tounes de danse. Mais là, je cherchais surtout des grands classiques du rock, des trucs qui sont reconnaissables par n’importe qui dès les premières notes, et qui donne envie de crier les paroles en meute.

24. You Shook Me All Night Long, de AC/DC. Si j’avais eu plus de temps, j’aurais peut-être médité davantage le choix rock suivant, et cherché un groupe différent, histoire de diversifier, mais il fallait vraiment en finir au plus vite (les cartes achetées en Amérique du Nord sont inutilisables en zone européenne). Sinon, je n’ai pas davantage de commentaires à faire que pour Highway to Hell, sinon qu’avec le recul,  celle-ci est encore meilleure que la précédente.

25. Por Una Cabeza, de The Tango Project. Retour à la danse. À la danse pour laquelle j’ai le répertoire le plus maigre, en fait. Ce tango est à l’origine une création d’Astor Piazzolla, mais la version la plus connue est celle-ci, en raison d’une scène cinématographique on ne peut plus connue.

Bilan? 4 tangos, 10 swings (+ un vieux rock très swingable), 6 west coast (+ Bobby McFerrin), 2 gros rocks et un metal. Je pense que la danse influe un peu sur mes choix musicaux. Non, en fait c’est carrément une conquête. Mais il y a un petit village qui résiste.

Bon, quand même, retour à la danse avec le vidéo promis plus haut:

Le Fun

juillet 21, 2010

Quelques vidéos des Championnats Swing Canadiens 2010 viennent de faire leur apparition sur YouTube. Assez pour me faire regretter (un peu) mon absence motivée.

Je suis allé aux CSC en 2008. J’en ai déjà parlé sur ce blogue, d’ailleurs (deux-trois billets). J’en ai gardé le souvenir d’un méchant trip. Trois jours hautement intenses, composés de danse, de compétitions, de spectacles, d’ateliers, de fête… et de Fun. À l’état pur.

Une ambiance électrique qui ne se relâche pas.

Et un corps magané le lundi suivant. Mais ça on s’en fout.

Les compétitions sont très nombreuses. Improvisations, chorégraphies, partenaires choisis ou jack & jill, solos, groupes, lindy hop, west coast swing, balboa, débutants, intermédiaires, avancés, et j’en oublie. Dans l’ensemble, il y a la compétition Cabaret. La plus libre d’entre toute. Je ne connais pas les règles, mais il semble que le seul but ici soit de divertir. Ça va du danseur seul au groupe de 40 personnes, du numéro classique de charleston à l’imitation de Michael Jackson en passant par le faux-strip-tease ou la danse sur guitare sèche. Y’a de tout. Pour autant que je me souvienne, c’est de loin la plus longue compétition, et pourtant, je n’avais pas eu le temps* de m’ennuyer une seule seconde.

En 2010, le numéro gagnant de la division Cabaret s’intitulait Gabriel Kouba’s Shim Sham. Le shim sham (j’en montre un typique ici) est une vieille tradition du milieu swing, c’était prendre l’auditoire par les sentiments. Un homme seul se présente, et l’une des deux tounes types de shim sham (tuxedo junction, ici), fait entendre ses premières notes.

Sérieusement, j’adore. Ils ont du s’éclater.

Et moi, en le regardant, je me suis dit: Ça, c’est le Fun.

*Cette expression est utilisée à dessein. Comprenne qui pourra.

Petits flashswings

mai 15, 2010

– Il reste encore toute une journée au festival et je sens déjà que je commence à avoir des ampoules aux pieds.

– Demain, il y a un atelier à 10h30. Pas sûr du tout que je vais y être, j’envisage de dormir pour faire le plein d’énergie pour l’après-midi. Quand même drôle de planifier un atelier l’avant-midi du dernier jour, après la soirée qui se termine le plus tard dans tout le festival.

– Flashback de mon expérience du Championnat Swing Canadien, il y a deux ans. Là aussi, ils avaient planifié des ateliers à une heure indûment matinale le dernier jour. J’y étais. Les danseurs venus y assister avaient des têtes de déterrés. Quant à moi, je devais être l’un des pires, voire le pire. Ma présence à cet atelier n’était en effet pas dû à une miraculeuse victoire contre ma proverbiale difficulté à me lever le matin, mais plutôt au fait que je ne m’étais tout simplement pas couché.

– J’ai discuté avec un gars qui est logé chez un swingeur montpelliérain qui a une piscine. Ooooooooooostie d’mardeux! comme on dit dans ma patrie. Putaing de chanceux! comme on dit icitte.

– Flashback d’un excellent après-Swing l’été, l’été dernier. On était allé plonger une tête à la piscine d’une amie qui vivait pas loin. Après quelques heures à danser et suer abondamment, c’est une sensation parfaite. Un souvenir très satisfaisant.

Zoot Suit Riot

avril 3, 2010

Les États-Unis, quel pays fascinant.

Alors aujourd’hui au menu: swing, latino-américains made in USA, émeutes raciste, Big Bang Theory, culture populaire, cinéma, vidéos.

On commence par le swing.

Dans un petit documentaire de cinq minutes qui a récemment circulé sur le facebook de la communauté swing montréalaise, Charmin’ Dee raconte « à l’époque [vers 1920-1940], le swing était la danse par excellence de la contestation, autant par les Noirs dans un premier temps, et ensuite par les Blancs aussi, qui se sentaient marginalisés par la société, évidemment hiérarchisée par l’argent, par le travail ou l’absence de travail. »

Les mouvements de contestations rattachés à la culture populaire américaine, notamment le swing, ont fleuri à la même époque en Europe. Ils furent nommés swingjugen (swing kids) en Allemagne, Zazous en France. Ils avaient leur costume distinctif, parapluie, cheveux longs, chemise à carreau.

Pendant qu’en Europe cette jeunesse frondeuse affligeait les vieux fachos, aux États-Unis un autre costume distinctif de groupes contestataires faisait son apparition: le zoot-suit. Zoom sur ce mouvement contestataire un peu moins connu.

Le déclencheur

Mon attention a d’abord été attirée sur ce point par… un épisode de The Big Bang Theory, dans lequel Raj essaie de convaincre Sheldon de sortir pour faire la fête (Sheldon, intellectuel particulièrement asociable, n’a pas exactement la même conception que le tout-venant de ce que signifie « passer une bonne soirée »). L’une des propositions qu’il lui fait, c’est une soirée rétro intitulée « Zoot Suit » – ce à quoi le non-empathique-et-déconnecté-de-la-réalité-mais-très-cultivé Sheldon répond qu’il n’est pas intéressé à aller à une soirée commémorant des émeutes racistes.  En réalisant, deux ou trois semaines après avoir écouté cet épisode, que j’étais encore intrigué par ce détail, je me suis décidé à interroger mon ami wikipédia. Bien sûr, l’expression Zoot Suit Riot ne m’était pas inconnue, loin de là: je me suis assez souvent épuisé sur le rythme endiablé de la toune des Cherry Poppin’ Daddies pour que ça me sonne une cloche. Mais ce à quoi référait exactement ladite toune, je l’ignorais encore.

Sachant qu’il s’agissait d’une insulte à caractère racial, je m’attendait à des affrontements Blancs-Noirs. La surprise fut de constater que s’il y eu bien en 1943 une série d’émeutes à caractère racial qu’on appelle des « Zoot Suit Riot », dont la plus importante eut lieu à Los Angeles , c’est la minorité mexicaine qui fut au centre de l’événement.

Retour sur la présence latino-américaine dans le sud des États-Unis

L’actualité met l’accent sur l’immigration latino-américaine (en particulier l’immigration illégale, sensationnalisme oblige) dès lors qu’on parle des hispano-américains des États-Unis; d’une immigration qu’on imagine trop comme récente. C’est oublier que le Rio Grande, comme la quasi-totalité des frontières dites « naturelles » n’a jamais été une véritable frontière, sinon juridique (donc artificielle et arbitraire). Les Espagnols ne s’y sont pas arrêtés lorsqu’ils ont colonisé l’Amérique, non plus que les Mexicains lorsqu’ils poursuivirent l’œuvre des Espagnols. Le Mexique tel qu’il se forma à ses débuts englobait une bonne partie du sud des États-Unis, tel que le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie. L’expansion mexicaine s’est cependant heurtée à une autre expansion, étasunienne celle-ci. Les Mexicains avaient l’avantage d’être les premiers à occuper le terrain (amérindiens exceptés, bien sûr) et de se métisser davantage; pauvres avantages face à des Étatsuniens supérieurs à peu près sur tous les autres plans.

Lorsque le gouvernement mexicain jeta l’éponge et concéda aux États-Unis les territoires au nord du Rio Grande, ce ne fut pas pour autant la fin des populations mexicaines (donc hispanophones) qui y vivaient, qui y demeurèrent (enjeu majeur des négociations de paix américano-mexicaines au traité de Guadalupe-Hidalgo, 1848) et devinrent en grande partie des citoyens américains (dans le cas d’une partie de la population, les origines métisses les firent considérer comme amérindiens, dont le statut était différent), non sans subir souvent une ségrégation de facto. Le facteur linguistique jouait en faveur des colons anglophones (contre des Mexicains ne parlant pas anglais et donc souvent ignorants de leurs droits) en même temps que la politique promouvait l’assimilation linguistique (fermeture de nombreuses écoles hispanophones). Au cours des années, l’immigration venue du Mexique continua à nourrir la minorité hispanique des États-Unis (j’ignore à quel point les premières communautés mexicaines s’assimilèrent ou se maintinrent à l’intérieur du groupe hispanophone (ma très rapide recherche ne m’a pas permit de trouver des études sur le sujet).

Vers les années 1920 à 1940 apparaît la figure du pachuco, jeune mexicano-américain urbain et contestataire, dont le costume distinctif est le Zoot Suit.

Le Zoot-Suit

Apparemment, le Zoot-Suit fait son apparition d’abord chez les jeunes Noirs urbains. Par exemple, Malcolm X était très content d’en porter un dans sa jeunesse (voyez le film de Spike Lee). L’origine du mot « zoot » n’est pas très claire. Elle viendrait du jargon de la Nouvelle-Orléans et serait une déformation de « cute » (zoot suit serait donc un « joli costume », ce qui paraît logique). Mais à l’époque, le New Yorker disait qu’il s’agissait d’une déformation de « suit », faisait de « zoot suit » une répétition. Le costume aurait possiblement été popularisé par Duke Ellington, qui dans « Jump for Joy » critiquait le racisme, un discours auquel se seraient identifiés non seulement les Noirs, mais aussi les Mexicains et les Philippins. Mais surtout, ce costume accompagne le jazz, le swing, le jitterburg.

Ce qui est certain, c’est que ce costume avait quelque chose de choquant pour l’époque, et fut très critiqué, de multiples manières. Un psychiatre aurait déclaré que ce costume était « une manifestation psychologique d’une sexualité chaotique » (!!), alors que beaucoup d’autres disaient que c’était un costume beaucoup trop ample pour une période de guerre, alors que le pays était sujet au rationnement.  En 1942, la ville de Los Angeles s’efforce d’en faire interdire le port.

Les émeutes

C’est en 1943 qu’on lieu les « zoot suit riots ». Présentés par la presse de l’époque comme une manifestation de gangs criminels mexicains, dont le costume distinctif était le zoot suit, on s’accorde aujourd’hui à dire qu’il s’agissait plutôt d’un ensemble d’agressions commises par des soldats et des marins à l’encontre de jeunes pachucos pour leur retirer leurs habits, n’épargnant pas les zoot-suiters noir. Il semblerait en revanche que les zoot-suiters blancs furent pour leur part épargnés (c’est ce que dis Douglas Daniels). Les émeutes ont fait 112 blessés graves parmi les Mexicains, une vingtaines parmi les non-mexicains. Dans la foulée, beaucoup de Mexicains ont été arrêtés par les services de police.

Les agressions se sont surtout concentrées à Los Angeles, mais se sont reproduits un peu partout sur le continent, aussi loin que Toronto.  En réaction aux émeutes, les autorités militaires ont fini par interdire l’accès à Los Angeles aux soldats pendant un certain temps.

Après les émeutes, les pachucos traînent (traînaient déjà, apparemment, mais encore plus après les émeutes) une image de jeunes gangsters. Cette figure marque le genre musical, qui en fait un jeune gangster rebelle, séduisant et bon-vivant.

Vous avez eu un aperçu d’un de ses derniers avatars dans la toune de Royal Crown Revue, « Hey Pachuco! », dont voici les paroles se référant justement à 1943 (je vous invite aussi à lire, si vous avez le temps, celles de Zoot Suit Riot), et qui est connu pour la scène swing de The Mask (admirez le beau Zoot Suit du personnage principal).

Bon, j’ai passé à travers tout le menu? swing, latino-américains made in USA, émeutes raciste, Big Bang Theory, culture populaire, cinéma, vidéos? Oui, c’est bon. Alors il ne me reste plus qu’à citer les sources, parce que j’ai quand même procrastiné une bonne grosse journée sur ce billet.

Souces, donc:

Je me suis basé principalement sur le compte-rendu de lecture fait par J Hd en 1999, dans la revue Populations, du livre de Ada Savin, Les Chicanos aux États-Unis: étrangers dans leurs propre pays? (trouvé sur le portail Persée)

Puis sur l’article de Douglas Henry Daniels, « Los Angeles Zoot: Race « Riot », the Pachuco, and Black Music Culture », The Journal of African American History, vol. 87, hiver 2002, pp.98-118. Le même article a été publié en 1997 dans The Journal of Negro History. Je l’ai trouvé sur JSTOR.

Trouvé sur JSTOR aussi, « The Los Angeles « Zoot Suit Riots » revisited: Mexican and Latin American Perspectives », par Richard Griswold del Castillo, Mexican Studies, vol.16 no.2, été 2000, pp.367-391; que j’ai parcouru très rapidement.

Et puis j’ai comblé les trous grâce à quelques articles wikipédia en m’assurant qu’ils étaient bien documentés (en anglais).

Pachuco et Zoot Suit Riots, plus l’article référencé plus haut sur le traité de Guadalupe-Hidalgo.

Commentaire sur le rock

février 7, 2010

Hier, soirée rock et west coast swing à Saint Aunès, périphérie de Montpellier. Tandis que la salle réservé au west coast swing n’attirait qu’un petit groupe de danseurs, celle réservée aux rockeurs, beaucoup plus grande, était bondée.

En France, le rock est parmi les danses sociales les plus populaires. J’ai reçu des témoignages contradictoires sur le sujet. Et après cette soirée, ma position est arrêtée: le rock, c’est du east coast swing, avec généralement un peu moins de technique et quelques conventions (comme de danser toujours sur la même ligne). Le fait est que je n’ai eu aucune difficulté à le danser. Même pas de base, des figures semblables, avec de légères restrictions.

De fait, la parenté du rock et du swing est attestée depuis longtemps. C’est d’abord la musique à la mode qui a changé, non la danse. Il est surprenant à quel point la danse, par la suite, n’a pas davantage évolué. Aussi bien, la danse spécifique au rock & roll semble davantage être le rockabilly jive que le « rock ».

Pas que ce dernier ne soit pas plaisant, en fait. Je me suis bien amusé hier. Mais les noms ne doivent pas prêter à confusion: c’est bien une forme de swing.

Danser avec humour

janvier 25, 2010

Une chose que j’aime beaucoup des danses swing, c’est qu’elles ont en commun cet esprit festif, qui autorise et encourage la déconnade, alors que tant d’autres danses se prennent trop au sérieux. Parce que l’humour est si important dans la vie, et parce qu’il contribue sans le moindre doute au plaisir de danser, et au plaisir de regarder danser, et à la joie de vivre.

L’un des pros en la matière, c’est l’excellent westcoaster John Lindo. Voici une de ses meilleures performances sur YouTube, avec Stephanie Batista, qui ne manque pas d’humour non plus.

Normalement, ce billet devrait apparaître plus ou moins au moment où j’arriverai à Montpellier, tout empli de plusieurs heures d’avion, d’aéroport et de train, accablé par une décalage horaire de six heures, chargé de bagages, la mine patibulaire. J’essaierai de penser à vous, à la danse, à l’humour, bref, à tout ça pour me donner le petit sursaut d’énergie qui me fera faire les derniers mètres vers un téléphone pour prévenir les amis de mon arrivée, et, peu de temps après, vers un lit.

Jitterburg et balboa à L.A.

janvier 3, 2010

Ce vidéo traînait dans mes favoris YouTube depuis plusieurs mois, et je remettais toujours à demain le projet de la regarder. Finalement, je m’y suis mis aujourd’hui. Et c’est vraiment bien.

Il s’agit d’une conférence de Peter Loggins, danseur et historien du swing, sur les origines du balboa et du balswing, de 1900 à nos jours. Pour les non-anglophones, il y a un sous-titrage français. La conférence est découpée en cinq vidéos de huit à neuf minutes chacun. Si vous voulez les visionner d’une traite, prévoyez-vous donc une petite heure. Teedee Hop en a résumé le contenu dans un billet il n’y a pas si longtemps.

Voici la première partie, on peut retrouver facilement la suite sur YouTube en cliquant dessus:

Et Peter Loggins a eu la bonne idée, récemment de se créer un blogue (en anglais, bien sûr).

Surcapacité… adaptation…

décembre 31, 2009

Cette semaine, pour la soirée swing, le Petit Medley était bondé. Les habitués qui liront cette phrase et qui n’y étaient pas partiront d’un grand éclat de rire: « le Petit Medley était bondé », ça tient du pléonasme! Mais…

non…

il était vraiment bondé. Vraiment, vraiment bondé. Jamais vu ça, et ça fait maintenant plus de deux ans que je danse. C’est mon troisième Noël dansant.

Pourquoi cette fois et pas les précédentes? qui peut savoir? l’absence de la soirée du Studio 88-Swing (le samedi – les deux dernières années, elle a vraiment été salutaire pour les junkies en manque comme moi)? la croissance du milieu dans la dernière année? Ou simplement un quelconque effet du hasard du comportement parfois imprévisible des foules?

Évidemment, mes réflexes d’intello se sont enclenchés et je me suis mis à réfléchir à la croissance du milieu, à l’offre, à la demande, et à la possibilité que le milieu swing vive bientôt une crise de croissance. Deux des trois studios spécialisés ont déménagés ces dernières années pour s’offrir de meilleurs locaux. On a désormais plus de place au Cat’s Corner, qui ne peine pourtant pas à se remplir. Les rénovations du studio 88 n’en finissent plus de finir, et sa soirée nous manque (malgré les soirées du Jell-o bar, moins satisfaisantes). Et Swing Connexion a aménagé l’Espace C pour offrir des soirées Swing & Groove un dimanche sur deux. Avec le rétablissement des soirées du Studio 88, on aura bientôt une soirée chaque jour de la semaine, et on continue de se bousculer sur les pistes de danse. Plein de bonnes nouvelles réjouissantes qui, en s’accumulant, dessinent pourtant le spectre de problèmes à venir, qui se rapportent toutes à un phénomène simple: il semblerait bien que la demande ne croisse plus vite que l’offre.

En attendant de voir comment le milieu s’adaptera, les danseurs, eux, s’adaptent individuellement aux crisettes comme celle de mardi comme le font les swingers: avec un grain de folie caractéristique. Dans un coin plein de petites tables, où d’ordinaire on se réfugie pour déguster sa bière et discuter  loin de la piste de danse, quelqu’un a tassé les tables et aménagé un petit espace où ne dansait qu’un couple à la fois: mais ce couple bénéficiait dans cet espace exiguë de deux à trois fois plus de marge de manoeuvre que ceux qui se pilaient sur les pieds sur la piste de danse. À mon tour d’y danser, ma partenaire exultait: « Mon premier swing-out de la soirée! » s’est-elle écrié (en référence à ce mouvement classique qui prend pas mal de place).

Vers minuit et demi, ça a tranquillement commencé à se calmer… la foule s’était ramené au niveau raisonnable qu’elle trouve d’ordinaire vers 10:30. Les patients furent récompensés!

Protégé : Missionnaire du swing (ou le monde est bien petit, et on le rétrécit activement)

décembre 3, 2009

Cet article est protégé par un mot de passe. Pour le lire, veuillez saisir votre mot de passe ci-dessous :