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Campement au soleil

mai 20, 2011

Dimanche dernier, j’étais allé danser le tango. Au parc du Retiro, dans un gazebo de bonne taille, s’étaient rassemblés quelques dizaines d’amateurs de danse argentine. J’aime danser en plein air, et je dois dire que le tango s’y prête particulièrement bien. Je suis parti assez tôt, dans le sillage de trois charmantes jeunes femmes avec lesquelles je suis allé prendre une bière (accompagnée des inévitables tapas, car il est rare que les Espagnols ne fassent que boire). Nous avons pris le métro et sommes descendu à Sol. Les abords de la Puerta del Sol sont propices à trouver un petit endroit sympa pour une bière.

La sortie du métro était particulièrement encombrée. On s’y bousculait, d’une manière peu agréable. Inhabituelle. La place de la Puerta del Sol est un endroit continuellement très fréquenté, mais je n’avais pas vu pareille cohue depuis les Fêtes, et encore. La cohue des Fêtes était plus cordiale. En sortant, la première chose que nous avons vu, c’est un alignement de sept fourgonettes de la police juste en face de l’entrée du métro.

La police était au repos. Vigilante, mais elle n’intervenait pas, du moins pas dans l’immédiat. Autour, ça manifestait. Les manifestants croisaient les nombreux passant qu’il y a toujours à cet endroit. Notre petit groupe s’est frayé un chemin à pas rapides vers une rue des alentours. Au coin de rue d’à côté, un individu masqué faisait exploser une banderole de pétards.

Six rues plus loin, on entre dans un petit café. On discute un peu des événements. C’était quoi, cette manif? Des « antisistema »? Ah, bon, c’est des anarchos, ça. Une des filles laisse entrevoir son impatience face au mouvement: une société sans système, ça n’existe pas. On discute un peu. La même fille évoque le rôle traditionnellement joué par les bourgeois dans les révolutions. J’ajoute à l’occasion mon grain de sel. En fait, c’est plutôt tranquille comme discussion, alors qu’on entend encore, d’où on est, les clameurs de la manif quelques rues plus loin, et l’explosion occasionnelle d’un pétard. Je fais quand même remarquer qu’on entend moins de pétard que lors des Fallas de Valencia. Ce qui détourne la conversation sur mon séjour en Espagne.

Les employés de l’endroit laissent entrevoir leur nervosité. À un moment, on voit un petit groupe de jeunes passer dans la rue, fuyant à toutes jambes la Puerta del Sol. Un instant plus tard, l’un des serveurs sors et abaisse le grillage du bar. Quoi, ils ferment? Non, en fait, c’est pour protéger les fenêtres au cas où le grabuge s’étendrait jusqu’ici. Le serveur nous le confirme un instant plus tard disant à tout le monde quelque chose comme « c’est la guerre dehors, mais ici on a à manger et à boire! » En effet, ça correspond à peu près au moment où on nous apporte nos « cañas » (bière, l’équivalent de la quantité contenue dans une canette), nos « bravas » (patates roties, recouvertes d’une espèce de sauce barbecue) et nos « tostas » (bon, des toast, quoi, mais avec une énorme garniture). On ne parle plus des manifs pour le reste de la soirée.

Après les bières, l’une nous quitte, les autres marchons vers le palais royal pour jeter un coup d’oeil au spectacle des fêtes de la San Isidro (fête traditionnelle madrilène). Puis nous nous séparons. Je rentre chez moi par le métro de la Plaza de España, là où il n’y a pas de manif.

………

Cette semaine quand je suis allé à la Real Academia de Historia, l’archiviste écoutait la radio. Ça parlait des manifs à la Puerta del Sol. Alors que je revenais de la RAH, je suis passé devant la Puerta del Sol. La place est incoyablement encombrée. On y dresse des espèces de tentes. La vue rappelle des souks arabes de bande dessinée.

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Hier je devais aller à un théâtre près de la Puerta del Sol, où devait se dérouler l’ouverture du MadTap, le festival de claquettes de Madrid. Rendu à la station Sol, il m’a été difficile de sortir. Les deux premières sorties que j’ai essayées étaient pratiquement bouchées par la densité de la foule. Une fois dehors, la place est méconnaissable, toute tapissée de tracts et d’affiches du mouvement. Le slogan le plus fréquent est « nous ne sommes pas anti-système, c’est le système qui est contre nous » (traduction libre). En fond sonore, de nombreux tams-tams donnent le sentiment d’une manifestation festive. Sur le sol, j’aperçois une affiche avec une variation maladroite du slogan, disant simplement « nous ne sommes pas anarchistes »; sur le moment, j’ai un sourire ironique. Me semble, ouais.

Je suis arrivé en retard au théâtres (pas juste la faute de la manif, j’avais aussi oublié l’adresse). Je suis rentré chez moi et ai écouté un épisode de Glee avant de dormir.

La police est toujours dans le coin, mais elle se contente de surveiller. Pour le moment.

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Ce matin, j’ai quand même occupé une partie de mon temps à chercher un peu dans les journaux. Cette semaine sur facebook, j’avais reçu des invitations à des manifestations qui m’arrivaient depuis Madrid, Valence et Barcelone. Les journaux confirment mon impression: le mouvement est national et concerne environ 60 villes en Espagne. Le schéma qui se répète, c’est l’occupation de la place centrale dans la ville concernée.

Hier, environ 4000 madrilènes ont campé sur la place de la Puerta del Sol, apparemment. Pourtant, elle n’est pas si grande que ça, cette place.

Difficile de se faire une idée sur le déroulement des événements. L’appel initial semble n’avoir concerné que Madrid, dimanche dernier, et être une initiative du mouvement « Democratia real ya! » (mon côté cynique trouve que ce n’est pas un nom très bien choisi pour un mouvement républicain, puisque « real », qui veut ici dire « réelle » pourrait aussi vouloir dire « royale »). Mais j’ai l’impression que l’occupation, présente depuis cinq jours, n’était pas prévue. Le mouvement est qualifié partout de spontané.

Il est intéressant de le voir s’organiser. Maintenant que je dépasse un peu les premières impressions, on voit bien que ça rejoint beaucoup plus que les groupuscules anarchistes. On appelle les campeurs les « indignados », mais la direction du mouvement demeure incertaine. Mais le campement s’organise. El País fait une liste de différents points d’organisation qui ont fait leur apparition dans la semaine: toilettes pour les campeurs la nuit, service de garderie, compte bancaire pour les amendes, etc. Dans la dernière journée, il semble qu’on ait commencé à se soucier de formuler des revendications. On dit que l’endroit se transforme en agora. C’est très curieux.

Pour le moment, la police se contente de surveiller, disais-je. Mais les élections sont dimanche, et la comission électorale vient de trancher, par cinq voix contre quatre, qu’il serait contre la loi électorale de poursuivre le rassemblement durant la fin de semaine. Les campeurs, toutefois, ne semblent pas décidés à bouger.

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Les trois tangos et autres actualités dansantes

mars 17, 2011

Je reviens d’un cours de tango. Alors, déjà, la nouvelle, pas si neuve que ça mais dont je n’ai pas encore parlé, c’est que j’ai recommencé le tango. Je suis allé à un cours en décembre, puis j’ai vraiment repris à partir de la mi-janvier. Je redécouvre ce que c’est que de danser une danse sans l’aisance de l’expérience, de devoir penser à toutes sortes de choses en même et de se rendre compte que ce n’est pas parce qu’on y pense que les pieds le font, eux.

Avec les cours de tango, il y a les pratiques. Je ne vais pas dans les milongas (soirées tango), encore. Surtout par économie de temps. Mais les pratiques sont presque des milongas, puisqu’en théorie, c’est une heure, et qu’en pratique, ça déborde largement. Mais je rentre quand même à minuit alors qu’à une milonga je rentrerais vers 2h du mat. Ça me permet de dormir un peu.

Je constate que la coutume des trois tangos n’est pas autant suivie à Madrid qu’à Montréal. Les trois tangos, c’est que quand on invite quelqu’un à danser, en principe, on l’invite pour trois danses. Ce qu’on m’avait expliqué à Montréal, c’est qu’un tango, c’est relativement court, et ça demande beaucoup de connexion avec le partenaire. Donc on fait plus d’une danse, histoire de pouvoir s’habituer à son partenaire. Quelqu’un aujourd’hui m’a révélé la formule par laquelle les Argentins résume cela: trois tangos, un pour se présenter, un pour faire connaissance, et un pour danser.

En même temps que le tango, j’ai commencé la claquette. Je ne sais pas ce qui m’a pris de commencer deux nouvelles danses comme ça, de front. Ça charge beaucoup ma semaine. Mais j’avais envie des deux, et je n’ai pas su choisir. Donc tous les samedis de midi à deux, je vais m’exténuer à une danse (danse solo, la première que je tente) qui touche des tas de mes faiblesses à la fois. Ça demande un sens du rythme que je n’ai pas développé à ce niveau jusqu’à maintenant, un jeu de jambe très précis (ce qui n’a jamais été mon fort) et, finalement, discipline et mémoire pour se rappeler les séquences chorégraphiées, ce à quoi je suis franchement très mauvais. J’ai toujours eu horreur des chorégraphies, en fait. Je préfère improviser. Mais il faut bien chorégraphier un peu pour apprendre le vocabulaire de la danse. Et puis ma prof est cool. On fait toujours des exercices pour pratiquer un peu l’impro (même si pour le moment on n’est pas très avancé et que ce n’est pas très impressionnant), et pratiquer l’oreille (ben oui, faut savoir quel pas fait quel son; donc à l’occasion elle nous fait pratiquer à l’aveugle).

Tous les samedis, mais celui-ci je n’irai pas. En fin de semaine, c’est le Festival Swing de Madrid. Six profs internationaux pour des heures de cours, trois soirées de danse et un « swingbus » qui va nous amener danser en plein air aux quatre coins de la ville.

J’ignore si je vais être capable de me lever pour aller aux archives, lundi.

Quelques tounes

juillet 29, 2010

À mon anniversaire il y a quelques mois, j’avais reçu entre autres une carte itunes pour 25 tounes. Je regardais mes listes récemment, et notamment celle des achats que j’ai fait avec cette carte. Assez indicatif de mes orientations et influences de la dernière année, non seulement dans les choix, mais aussi dans l’ordre dans lequel je les ai faits. Petit récapitulatif pour le fun.

1. Libertango, de Astor Piazzolla. Je trouvais que je manquais de tangos dans mon répertoire, enfin, surtout de classiques du genre. J’ai donc opté pour celui qui est pour moi le plus beau d’entre tous (également lié à une scène d’anthologie), bien qu’il soit sous bien des aspects atypique: nerveux et rythmé, très rapide, il s’avère complexe à danser. Mais c’est quand même le plus beau.

2. Sing Sing Sing, de Benny Goodman. Version remasterisé de 1987, celle qui fait 8:40. LA toune swing archétypique. Les jams du Petit Medley se font pratiquement toujours sur cette toune-là, endiablée et longue. Je ne pouvais pas ne pas l’avoir.

3. Zoot Suit Riot, des Cherry Poppin’ Daddies. Après les must que sont mes deux premiers choix, j’ai mis plus longtemps à me décider pour le troisième. Je voulais un swing endiablé, que je puisse danser intégralement sans mourir ensuite, comme c’est le cas pour Sing Sing Sing.

4. Don’t worry, be happy, de Bobby McFerrin. Le premier choix pas entièrement dicté par la danse. J’ai bien pensé au west coast swing en l’achetant, mais ce n’est pas un grand classique des soirées westies. Elle a quand même l’avantage d’avoir cette petite tournure comique qui inspire de faire des niaiseries en dansant, chose que j’affectionne beaucoup. Mais c’est surtout la feel good tune par excellence, la petite musique simple qui donne envie de sourire.

5. I’m Outta Love, d’Anastacia. Là, par contre, c’est totalement un choix inspiré par le WCS. Avant de danser, je ne l’aurais probablement pas aimé. Là, j’aime bien. Ça se danse très bien. Et comme plusieurs autres tounes de musique pop, elle me renvoie à certaines images, notamment celles de vidéos de danse marquants pour une raison ou une autre. Après un choix tango, deux choix swing et un choix moyennement WCS, en voici un typique du WCS. Avec ces trois danses, j’avais plus ou moins fait le tour de ce que je pratique. Pas une raison pour s’arrêter, cela dit.

6. Three Bones Shuffle, de la Locomotora Negra. Pas trouvé de vidéos pour vous la faire connaître. Retour au swing, un swing très fluide avec de beaux sons de cuivre, et pas de paroles. Elle passe tous les mardis au Petit Medley, et quand j’y étais, je faisais en sorte de toujours être sur le plancher de danse à ce moment-là. Mais c’est aussi un moment où on se pile sur les pieds, car je ne suis pas le seul à l’aimer.

7. Cause I love you, de Mike Morgan and the Crawls. Retour au WCS. Mais cette fois, la filière blues. Les danseurs de west coast, en effet, séparent la musique en deux catégorie: blues et contemporain. Le blues, c’est du blues, et le contemporain, c’est tout le reste. Si mes précédents choix west coast s’inscrivaient dans cette dernière filière, Cause I love you est on ne peut plus blues, genre musical que j’ai toujours affectionné, bien avant de savoir danser. Et puis, cette carte itune était un cadeau d’anniversaire, et cette toune fittait avec le concept. Pour moi en tout cas.

8. I’ve Got to Be a Rug Cutter, du Boilermaker Jazz Band. Plusieurs versions sur YouTube, mais pas celle que j’ai acheté. Retour au swing, aussi bien pour danser le lindy que pour le balboa. Cette fois, c’est Teedee Hop qui m’a mis sur la piste, en mettant I Would Do Anything for You, du même groupe, dans ses Selec’Son. Séduit, j’ai d’abord envisagé acheté celle proposée par le blogueur, mais au passage, j’ai écouté des extraits d’autres tounes… et finalement craqué pour le Rug Cutter, son piano, et son « swing-out… in the groove! »

9. ‘Taint What You Do, de Jimmy Lunceford. Ce n’est pas tant que je manquais de tounes swing, mais celle-là est spéciale. C’est l’une des deux tounes sur lesquelles ont danse tout le temps le fameux Shim Sham (voir le précédent billet). À chaque groupe sa préférence. À Valence, on préfère Tuxedo Junction; au Petit Medley à Montréal, c’est ‘Taint What You Do. Un must pour tout mordu du swing.

10. Hey Pachuco, du Royal Crown Revue. Il semble que j’étais à fond dans la filière swing. Celle-là, c’est celle qu’on entends dans The Mask. De toute évidence, je ne choisis pas les plus reposantes.

11. Posin’, de Jimmy Lunceford. Pour la première fois de cette liste, je retournais vers un artiste dont je m’étais déjà procuré un morceau. Rien de très planifié là-dedans. Le fait est que j’aime bien Posin’, avec son rythme sautillant et punchs. Et puis, il y a ça.

12. El Amanecer, d’Alfredo de Angelis. Retour au tango. Je réalisais à ce moment que je ne connaissais aucun grand maître du genre en dehors d’Astor Piazzolla. J’ai commencé à exploquer, pour corriger tranquillement cette lacune. Ça a débouché sur ce choix.

13. Love me or Leave me, version de Nina Simone. Un grand classique des pistes de danse de swing. Pourtant pas la plus facile à danser pour les débutants. Je me souviens qu’elle me laissait perplexe au début, avec ses longues envolées de piano. Cette période m’a passé, et depuis j’adore.

14. Just a Gigolo, de Louis Prima. La génération de mes parents connait mieux une version rock de cette chanson, mais celle qui s’est logée dans mes oreilles, c’est la version swing de Prima, qui donne me toujours l’impression de flotter sur les notes.

15. Love me or Leave me, version de Sammy Davis Jr. C’est la même chanson, mais la version est radicalement différente de celle de Nina Simone. Là où cette dernière est fluide et coulante, celle du danseur de claquettes du Rat Pack est plutôt cocasse et pleine de punchs. Parfaite donc pour ces classiques.

16. Seguime, si podés, d’Osvaldo Pugliese. Un titre bien argentin (référence à la grammaire, les hispanophones comprendront). J’ai pris le temps de la réflexion après El Amanecer, et finalement opté pour ce artiste, que je ne connaissais pas avant, connu comme un maître du tango de l’époque précédant Astor Piazzolla.

17. How Can a Fool Go Wrong, de Muddy Waters, Johnny Winter et James Cotton. Ça s’est du bon blues! Particularité: dansable aussi bien en lindy qu’en WCS. Bien que ce soit surtout à cette dernière danse que je l’associe, le rythme est assez dynamique pour bouncer dessus, comme nécessaire pour danser le lindy.Très longue, toutefois, près de 6 minutes. Je vous en présenterai un vidéo prochainement.

18. Secret, de Maroon 5. C’est du blues ou du « contemporain »? En tout cas c’est du WCS. Maroon 5 a pondu plusieurs succès appréciés par les westies, qui affectionnent particulièrement ses rythmes lents (c’est connu, dans le milieu: un danseur de west coast, ça danse slow).

19. Back to the Middle, de Indie.Arie. Encore du WCS. Je ne sais plus trop où j’ai dégotté celle-là. Je pense que c’est en parcourant une sélection west coast référée par un de mes contacts facebook.

20. Cocaine, de Robin Thicke. Tiens, un très grand succès du west coast. Je ne compte plus les fois où j’ai dansé sur celle-là. Pour les performances, je vous en plogue une en fin de billet, un jack & jill mettant en scène Tatiana Mollman et Arjay Centeno.

21. Like a Slave, de Kalmah. Ah, tiens, celle-là tranche avec ce qui précède. L’échéance de mon départ pour l’Espagne se rapprochait, et il fallait que je fasse mes derniers choix rapidement. Après 20 choix à 98% guidés par mes habitudes de danseur, voici venir du MeloDeath Metal! De fait, je voulais faire différent. Et comme l’ami Darwin mets régulièrement des clips de Kalmah dans les commentaires de la Kaverne, que j’aimais bien, je suis allé examiner quelques-uns sur YouTube et j’ai fixé mon choix sur celle-là.

22. Rock Around the Clock, de Billy Halley & His Comets. Après la coupure radicale représentée par Kalmah, il semble que je sois un peu revenu vers du plus dansable. C’est pas du swing, mais ce genre de vieux rock & roll en est un proche parent, si bien qu’on retrouve assez souvent les compères Elvis, Billy Halley et Chuck Berry sur les pistes de danse peuplées swingers.

23. Highway to Hell, de AC/DC. Faut croire que mon cheminement musical avait pris la route du rock.  Un choix qui a presque été guidé par la même logique que Like a Slave: sortir des tounes de danse. Mais là, je cherchais surtout des grands classiques du rock, des trucs qui sont reconnaissables par n’importe qui dès les premières notes, et qui donne envie de crier les paroles en meute.

24. You Shook Me All Night Long, de AC/DC. Si j’avais eu plus de temps, j’aurais peut-être médité davantage le choix rock suivant, et cherché un groupe différent, histoire de diversifier, mais il fallait vraiment en finir au plus vite (les cartes achetées en Amérique du Nord sont inutilisables en zone européenne). Sinon, je n’ai pas davantage de commentaires à faire que pour Highway to Hell, sinon qu’avec le recul,  celle-ci est encore meilleure que la précédente.

25. Por Una Cabeza, de The Tango Project. Retour à la danse. À la danse pour laquelle j’ai le répertoire le plus maigre, en fait. Ce tango est à l’origine une création d’Astor Piazzolla, mais la version la plus connue est celle-ci, en raison d’une scène cinématographique on ne peut plus connue.

Bilan? 4 tangos, 10 swings (+ un vieux rock très swingable), 6 west coast (+ Bobby McFerrin), 2 gros rocks et un metal. Je pense que la danse influe un peu sur mes choix musicaux. Non, en fait c’est carrément une conquête. Mais il y a un petit village qui résiste.

Bon, quand même, retour à la danse avec le vidéo promis plus haut:

Histoire de la danse sociale

octobre 15, 2009

Sauf note contraire, toutes les informations contenues dans cet article proviennent du livre de Jean-Claude Bologne, Histoire de la Conquête amoureuse, publié aux éditions du Seuil.

Pages pertinentes:  pp.132-135: Une nouveauté: la danse; pp.214-215, l’apparition du bal; le bal, son heure de gloire et sa décadence, pp.271-278; du tango au hip-hop pp.307-311


Vous connaissez mes interrogations sur l’histoire de la danse, qui datent en gros depuis mes débuts dans le milieu du swing, il y a près de deux ans. J’ai trouvé dans le livre de Jean-Claude Bologne, Histoire de la Conquête amoureuse, du matériel pour établir une petite chronologie. Alors je la partage ici avec vous:

 

Sous l’Empire romain, la danse est un spectacle, souvent pratiqué dans des cérémonies qui ont une valeur sacrée. Nous sommes encore loin de l’activité sociale. C’est au Moyen Âge que nous retrouvons cette connotation (mais ne serait-ce pas parce que les activités folkloriques médiévales nous sont mieux connues? – ce point n’est pas traité chez Bologne) avec des danses de groupe codifiées qui, comme le remarque Bologne « ne permettent pas aux couples de s’isoler ».

Les premières danses de couple apparaissent aux XVe et XVIe siècle, notamment la volte. Les couples y sont ouverts, limitant les contacts, mais néanmoins, ce sont déjà des couples. La volte provençale introduira le couple fermé, « enlacée et rapide », étourdissante. La seconde moitié du XVI siècle étant marqué par la morale stricte des puritains protestants et de la Contre-Réforme tridentine (1), la volte se fera vite condamner par l’Église, et Bologne nous dit qu’elle fut abandonnée au XVIIe siècle.

Ces danses sont des pratiques exclusivement urbaines, et il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que les danses de couples pénètrent dans les pratiques campagnardes.

Pendant ce temps, en milieu urbain, le bal public fait son apparition au XVIIIe siècle. Anecdote intéressante, le premier bal public, le bal de l’Opéra, naît à Paris un peu après le 31 décembre 1715, une ordonnance spéciale ayant permit les bals publics dans cette salle particulière pour fêter l’arrivée du jeune Louis XV à Paris. La nouveauté est l’existence, non d’un bal, mais d’un bal qui soit à la fois public et à dates régulières, par oppositions aux bals de cours qui étaient organisés ponctuellement, où il fallait être invité pour s’y présenter.

Dès lors qu’on commence à danser en couple, les problèmes de constitution des couples se posent: « Au XVIIIe siècle, [nous dis Bologne] les couples étaient constitués par un maître des cérémonies, selon une étiquette complexe qui tenait compte du rang et non des affinités. » Mais au XIXe siècle, le bal devient un événement mondain où on est libre d’inviter qui on souhaite. Cela coïncide avec sa démocratisation: il existe à tous les échelons de la société (bien que ça reste encore un phénomène principalement urbain).

 

Avec le XIXe siècle et le romantisme, la valse fait son apparition, sous sa forme moderne, vers 1815. Elle fait scandale. À sa suite, la polka et la scottish. L’évolution principale, c’est l’apparition du guidage par l’homme:

« la technicité oblige les danseurs à « trouver une complémentarité », à chercher « une dynamique qui prennent en compte le style de l’un et de l’autre. ». Même si l’homme mène la danse, une forme de complicité naît au sein du couple, dans un rapport corporel qui a soulevé l’hostilité des censeurs. » (p.277).

 

 

Le bal s’épanouit aussi bien dans les villes que dans les campagnes, malgré la réprobation d’une Église déjà en perte de vitesse (déjà évoqué ici). Mais il s’insère surtout dans les pratiques de la haute société.

« La grande période du bal correspond à l’essor de la haute bourgeoisie. Il survit difficilement à la guerre et à la crise de 1929. Les jeunes gens ont désormais d’autres lieux de drague et sacrifient au rite du bal sans enthousiasme, pour « meubler leur vie ». »

 

 

Plutôt que de supprimer la danse, cette évolution amène en en privilégier d’autres formes: « Les danses de l’entre-deux-guerres correspondent à l’exaltation du corps. »: le tango succède à la valse comme danse archétypique. Il est né à Buenos Aires et Montevideo (Argentins et Urugayens s’en disputent encore la paternité). Comme la valse, il a fait scandale lorsqu’il pénètre en Europe au tournant du siècle. À partir des années 1930, la java naît en France (Paris) tandis que le swing fait son apparition aux États-Unis (Lindy Hop à New York, Balboa en Californie )(2). Dans la foulée de ce dernier plusieurs variations naissent: be-bop, boogie et surtout rock&roll, qui domine les années 1950.

Plus tardivement, le west coast swing vient s’adapter à l’émergence d’une musique populaire de plus en plus éloignée du rock dansant, mais à cette époque, la danse de couple est déjà en déclin (3). Faut-il y lier l’émergence d’une danse pas du tout technique, le slow? D’après notre auteur, ce sont les danses solos qui prennent toutes la place: twist, disco… hip-hop. Avant que ce dernier ne s’impose, il semblerait que l’association danse-affaire-de-fille ne se soit consolidée:

« Dans la tradition occidentale, l’image du danseur solitaire n’est guère valorisée. Alors que dans d’autres cultures (russe, africaine), l’homme manifeste sa virilité par la danse, l’Occident garde l’image des séductrices, Salomé, Mata Hari. Le risque de dévirilisation doit être écarté par l’emprunt de nouvelles danses aux cultures africaines (hip-hop), ou par l’adoption de nouveaux comportements (le défi dansé). »

 

 

Ce qui nous amène à nos jours. Les danses sociales réémergent péniblement chez les jeunes de ma génération, en particulier les danses latines et le swing, mais aussi le tango et les danses de ballroom (loin derrière).  La stigmatisation du danseur comme d’un homme peu viril est en nette régression, du moins dans certains milieux. Mais ce qui empêche tant et tant de danseurs (de danseuses aussi, mais moins) potentiels de pratiquer plus et mieux demeure aujourd’hui la peur du ridicule (laquelle, paradoxalement, accroît le ridicule bien davantage qu’elle ne permet de l’éviter).

 

 

(1) Sur ces sujets, c’est encore Le Péché et la Peur de Jean Delumeau, qui est le livre le plus révélateur de ce climat.

(2) Sur le swing, c’est un ajout de culture personnelle. Bologne n’en parle pas. La chronologie est approximative. Par contre, c’est de lui que me viennent les informations suivantes sur le be-bop et le rock.

(3) Encore un ajout personnel et approximatif.

 

Edit, environ 12 heures après la première publication, j’ai modifié l’organisation des paragraphes pour améliorer la lisibilité et ajouté un lien. Corrigé quelques fautes par la même occasion.

Les bons films de danse

août 27, 2009

Après le billet que j’ai réservé à Love’N Dancing, je me suis demandé quels étaient les bons films de danse. Dans ce genre particulier, qui tendent à avoir tous le même scénario, parce que tout ce qu’on demande au scénario est de lier les scènes de danse entre elles, quels sont les films qui se distinguent?

Passons rapidement sur les classiques. Dirty Dancing est le stéréotype absolu des films de danse, avec la fille de bonne famille oisive qui s’éprend de son professeur de danse de basse extraction. On y échappe toutefois à quelques détails, notamment les compétitions de haut niveau et l’apprentissage à une vitesse extravagante. Flash Dance est l’autre grand stéréotype du genre, où la danse est à la fois passion et rêve, en opposition à un travail routinier et dur, et où elle sert à s’extraire d’une condition difficile, tout le scénario tendant vers l’audition finale.

Footloose propose un scénario plus original, mettant en scène une petite municipalité qui a interdit la danse et le Rock & Roll pour des raisons religieuses, et où Kevin Bacon entreprend de faire abolir le règlement en question. Mais on est encore assez loin du grand film.

Shall we danse est d’abord un film japonais sans grandes prétentions, mais filmé et joué tout en sensibilité. La danse y est, pour deux des principaux protagonistes, le moyen (un peu honteux) de s’évader d’un travail routinier, dans une société hantée par la peur du ridicule. Mais les enjeux sont multiples, pour chacun des personnages. L’adaptation américaine fut plutôt une bonne surprise, ne dérogeant au scénario que lorsque c’était strictement nécessaire, notamment pour changer certains enjeux présentés dans la version japonaise qui n’étaient pas pertinents dans le contexte de la société américaine. Par exemple, là où un personnage s’interroge sur des questions de galanterie dans la version originale, son équivalent américain se questionne sur le surentraînement.

Swing Kids est définitivement un film de danse, mais il est définitivement plus que ça aussi. On dépeint la jeunesse allemande au temps du nazisme, entichée d’une musique et d’une danse afro-américaines, dont plusieurs des grands musiciens sont des juifs. Les Swing Kids sont persécutés par les autorités nazis, qui tentent de valoriser danse et musique traditionnelle de la société allemande.

Mon film de danse préféré demeure The Tango Lesson, de Sally Potter. Cette autofiction n’est toutefois pas bien éloignée des stéréotypes habituels des films de danse, mettant en scène la relation houleuse entre Sally et son professeur de tango, Pablo Veron. Il y a toutefois rupture dans la relation prof-élève puisque Sally, loin des stéréotypes habituels de jolies poupées, est une femme dotée d’une très forte personnalité, réalisatrice charismatique; quant à Pablo, il rêve de faire du cinéma. Des dialogues en trois langues (anglais, prédominant; français, occasionnel; espagnol) et une réalisation principalement en noir et blanc, avec un souci esthétique constant. Un jeu passionné, tout en retenu, une musique superbement utilisée. Et les scènes de danse! Trippantes.

Un peu de claquette vient mettre de la diversité au milieu du tango. La dernière scène de tango est une vrai pièce d’anthologie:

Quels sont les films de danse qui vous ont marqué?

Du tango et du cirque

août 17, 2009

Soirée agréable au Vieux-Port. Le vendredi soir, en août, la place des vestiges est investis par les danseurs de tango, réunis pour une milonga (c’est le nom donné à un bal de tango). Grâce à un groupe invité, on a droit à du tango joué live, en plein air, avec un température idéal, pas trop fraîche, pas trop humide, pas trop chaude.

Comme mon autobus a voulu que j’arrive une demie-heure d’avance, j’ai profité de ma présence au Vieux-Port pour partir à la recherche de quelques circassiens. Le Vieux-Port propose en effet cet été une promenade des arts du cirque, où se présentent les artistes des Sept doigts de la main et de la Loupiote. Je ne me souvenais pas des sites exacts où les spectacles devaient se produire, mais comme la Loupiote est un bateau, je me suis dit qu’en longeant le quai je devrais finir par l’apercevoir. Puis mon regard a été attiré par deux gars, l’un en équilibre sur les mains de l’autre, du côté du parc. Je presse le pas dans cette direction, mais je me rends vite compte que le contexte est trop informel pour être un numéro. Je rebrousse chemin en cherchant où je pourrais me renseigner, et j’avise à une table un finissant de l’école de cirque, sûrement pas là par hasard. Je pense une seconde aller lui demander où et quand a lieu le prochain numéro. Si je l’avais fait, il m’aurait sûrement répondu « ici, dans 30 secondes ». Dans ledit délais, une jeune fille arrive à la table « ah, t’es là? ça fait une heure que je t’attends là-bas… » à priori, ça ressemble à une querelle de couple, et c’est presque crédible. Sauf que les répliques suivantes et la gestuelle de la demoiselle indiquent clairement que j’assiste au début d’un numéro. Le manège des deux artistes attire les badauds, jusqu’au moment où la jeune fille monte sur la table, puis sur son partenaire. La scène de ménage devient un numéro de main à main, qui sera suivit un peu plus tard par un numéro d’équilibre de la part d’un « serveur ». Je pars à la recherche des autres sites, mais à l’exception de la Loupiote, ils ont tous terminé leurs spectacles pour la journée. Je repasse donc devant le premier site (la Scena), où j’assiste encore à un numéro de jonglerie déguisé en publicité pour des « energie box ». Mais la milonga doit commencer, alors je m’éloigne un peu.

Je ne cesse pas d’être spectateur pour autant: la soirée commence par une démonstration de tango faite par des danseurs chevronnés. La fin du spectacle est le début d’un cours d’initiation au tango auquel je ne prends pas part, malgré le peu d’expérience que j’ai encore de cette danse. Quand j’ai commencé le swing, je faisais toujours ces cours d’initiation au début des soirées. Je ne ressens pas un tel besoin pour le tango. Je profite de l’interlude pour discuter avec des amis qui viennent d’arriver. À 20h30 je m’éclipse un moment pour aller du côté de La Loupiotte. Le numéro auquel j’assiste est tout en poésie, incluant des équilibres sur le bastingage et dans le mat, un peu de main à main et, surtout, du tissu dans le gréement du bateau. Ma curiosité satisfaite, je reviens vers la Place des vestiges, où la danse commence pour de bon.

Il me faut un moment avant de tâter de la piste de danse. Le tango m’incite moins à foncer tête baissée que ne le faisait le swing. Ça ne m’empêchera pas d’inviter quelques inconnues au cours de la soirée, quitte même à donner, du haut de mes quatre grosses semaines d’expérience, un petit cours d’introduction à l’une d’elles (y doute de rien, le gars!). La piste n’est pas de la plus belle qualité: c’est du béton, ça ne glisse pas. Une de mes partenaires m’averti de ne pas abuser des ochos (voir seconde 40), qui, quand ça ne glisse pas, arrachent les semelles. Voilà qui limite considérablement mon répertoire… heureusement que ce n’est pas un interdit total.

Il est agréable de danser en plein air, quoique les expériences sont très diverses. Swing l’été, de midi à 17:00, a une ambiance de gros pique-nique sous le soleil. Cela se déroule aux Serres de Verdun, comme le tango du mercredi soir. Ce site a l’avantage de présenter peut-être la seule piste de danse en plein air sur laquelle les souliers peuvent aisément glisser, une piste qui offre par ailleurs beaucoup d’espace pour évoluer. Il est aussi relativement isolé, ce qui fait que les danseurs se retrouvent entre eux. Sur la place des vestiges, c’est un peu différent. La piste est d’une taille acceptable, mais nettement plus modeste. Et surtout, elle se trouve au milieu du vieux-port, lieu touristique et très passant. Autour de la piste de danse se trouvent autant les amateurs que les curieux. Ça n’est pas désagréable, et ça donne une visibilité certaine à la chose, mais l’ambiance est différente. Avantage de l’événement du vieux-port toutefois, on y danse sur la musique d’un band live, ce qui est toujours apprécié. Et comme c’est proche de tout, il y a un dépanneur pas très loin pour les distraits comme moi qui oublient toujours leur bouteille d’eau.

Au final, entre les mercredis aux Serres de Verdun et cette expérience au Vieux-Port, je commence vraiment à apprécier le tango, sa marche groundée, son énergie tranquille, sa gravité ravigorante… cette nouvelle incursion dans ce monde, bien plus positive que la première, sera sans doute plus qu’une simple incursion.

Protégé : Tanguesque déception

août 11, 2008

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