Posts Tagged ‘traduction’

La Vie en espagnol

avril 17, 2011

Je l’avais déjà vu et l’avais déjà commenté. En deux ans, il est probable que le spectacle ait connu des ajustements, mais ils sont globalement mineurs. En tout cas, je n’ai rien remarqué en ce qui concerne les numéros. Bien sûr, le temps a eu son effet sur ma mémoire, et j’ai pu me laisser surprendre à plusieurs reprises.

Les gros changements, donc, se retrouvent dans la traduction. Il a dû y avoir un gros travail à faire de ce côté. Des 7 doigts de la main, j’ai vu trois spectacles: Traces (par la deuxième distribution), La Vie et Psy. Au pôle opposé d’un Traces quasiment muet, La Vie est celui des trois qui fait la plus grande part au théâtre et au langage parlé, principalement à travers le maître de piste incarné par Sébastien Soldevila. Heureusement pour les représentations madrilènes, ce dernier parle un excellent espagnol; on entend aussi bien son accent français en espagnol qu’en français, mais cela ne nuit guère à la compréhension de son discours, bien qu’en plusieurs occasions, surtout lorsqu’il doit dire quelques mots très brefs (« bon, bon, bon », « très bien », des petits trucs comme ça), il en reste au français.

Tout spectacle en tournée doit faire face à un défi d’adaptation. Dans ce cas-ci, il faut par exemple remplacer les blagues sur le Canadien de Montréal par des blagues sur le Real Madrid. Le passage à une langue étrangère impose quelques défis particuliers. Dans la version que j’ai vu à Montréal, il y avait une petite tirade en espagnol (j’ai été l’une des trois personnes dans la salle à rire la blague); je m’en rappelle encore et je me demandais ce qu’ils en feraient – la maintenir en espagnol ou la traduire en français? réponse: coupée au montage! En revanche, Soldevila se permet plusieurs blagues en français, y compris « ah, il y a des français dans la salle qui l’ont compris, celle-là! » et « J’adore parler en français à Madrid. » Quant à moi, j’ai noté que la proportion du public madrilène maîtrisant le français semble nettement supérieure à celle du public montréalais maîtrisant l’espagnol.

Les autres personnages ont des interventions orales généralement plus réduites, dans lesquelles ils s’en sortent plutôt bien. C’est l’interprète de l’hôtesse de l’air qui a le défi le plus dur. Malgré un fort accent, cela se comprends bien, et quand c’est plus dur, le maître de piste peut toujours, en parfait accord avec le caractère de son personnage, rattraper le coup en se moquant de son accent. Dans l’ensemble, il est beaucoup plus important de préserver l’ambiance que le détail des répliques.

Quant aux numéros, qu’en dire, sinon que je suis toujours sous le charme, et que je ne suis pas le seul dans ce cas?

Voici le lien d’une critique du journal El Pais, qui n’exprime comme seul regret qu’il eût préféré une salle plus réduite que le Teatro Circo Price, pour une ambiance plus intime.

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Exercice de traduction

avril 9, 2010

Je commençais la lecture d’un livre sur l’humanisme espagnol quand je suis tombé sur ce passage que je m’efforce plus ou moins de traduire:

Nous pensons que l’étude des oeuvre de ces auteurs [les « érasmistes »  Juan Ángel González, Juan Celaya, Francisco Decio et Bernardo Pérez de Chinchón], ou du moins de trois d’entre eux, revêt un intérêt supplémentaire, puisque jusqu’à maintenant on ne les connaissait que de manière fragmentaire. De plus, comme elles furent écrites en latin, seuls ceux qui ont encore la possibilité de les lire et de les comprendre dans cette  langue ont pu en profiter, bien qu’elles n’ont pas été interdites au reste*. Cette situation, tenant en compte l’abandon intellectuel qui aujourd’hui existe pour les études des langues classiques et que par conséquent, sont de moins en moins ceux qui peuvent accéder à la lecture et la compréhension de la plus grande partie des oeuvres qui furent écrites et publiées durant le XVIe siècle, ouvre l’urgente nécessité de planifier leur traduction et, par ailleurs, de revitaliser les études classiques dans les systèmes d’éducation ; une question qui s’est posée de manière répétée au long de l’histoire, surtout*, si une société ne veut pas se laisser aller sur le chemin de l’appauvrissement intellectuel et de l’oubli ou de l’ignorance de son propre passé historique.

[extrait en v.o.]

El estudio de las obras de estos autores, al menos de tres de ellos, pensamos que reviste un interés añadido, pues hasta ahora sólo las conocíamos de forma fragmentaria. Además, escritas como fueron en latín, sólo aquellos que todavía tienen la posibilidad de leerlas y comprenderlas en esta lengua han podido disfrutar de ellas mientras que no han estado vedadas al resto. Esta situación, teniendoen cuenta el abandono intelectual que hoy existe por el estudio de las lenguas clásicas y quepor tanto, cada vez son menos los que pueden acceder a la lectura y comprensión de la mayor parte de las obras que se escribieron y publicaron durante el siglo XVI, abre la perentoria necesidad de plantearse su traducción y, desde luego, de revitalizar los estudios clásicos en los sistemas de enseñansa; cuestión ésta a la que de forma reiterada se ha aludido a lo largo de la historia, sobre todo, si una sociedad no quiere deslizarse por el camino del empobrecimiento cultural y del olvido o la ignorancia de su propio pasado histórico.

– Francisco Pons Fuster, Erasmistas, mecenas y humanistas.

La traduction est bancale, en particulier aux deux endroits où j’ai mis des astérisques, où j’ai hésité, mais bon, l’essentiel est là. Dans un ouvrage d’érudition, un tel propos, plutôt engagé, voire politique, est assez rare pour être remarqué. Il rejoint par ailleurs une de mes préoccupations depuis plusieurs années: la conservation (ou la perte, par crime d’inconscience) du patrimoine culturel et intellectuel. Je me doute bien que l’étude du latin, en particulier, n’est plus guère directement utile qu’à une certaine catégorie d’intellectuels (mais ne faudrait-il pas y ajouter les « honnêtes hommes »?), pour autant, il faut bien que quelqu’un fasse ce travail si on ne veut pas tout perdre; et c’est là que devient importante cette revitalisation des études classiques dont parle Francisco Pons. Je me demande surtout: à quel point?

Petit ajout: coïncidence, ça tombe tout juste le jour où je rencontre un professeur qui m’a encouragé à l’apprentissage du latin et de l’arabe.

Traduttore, traditore

décembre 23, 2009

Dans le film « La belle et le vétéran », que je viens de regarder, l’un des personnages, lanceur de baseball, est surnommé… Nucleus. Enfin, non: en version originale, le surnom du personnage est Nuke. Notez bien que nucleus, non seulement ce n’est pas la traduction littérale de nuke, mais en plus c’est un surnom qui n’a aucun punch…

Cette réflexion faite, ça me fait penser à une remarque ironique que m’avait servit un Français, je ne sais plus lequel, au détour de je ne sais plus quelle conversation: les traducteurs québécois font trop de mot-à-mot, alors qu’en traduction il faut (sous-entendu c’est ce que font les traducteurs français) s’efforcer de traduire l’esprit du propos original. Remarquez, il n’avait pas complètement tort: les traducteurs québécois font beaucoup de mot-à-mot (trop? moins sûr, je laisse à d’autres le soin d’en juger, tout en pensant que le verdict dépend probablement de l’école de pensée à laquelle ces autres appartiendront). Et son argument se tient: s’interroger sur l’esprit du mot ou de l’expression, traduire par un équivalent, ça peut être une bonne idée. Ce qui m’ennuie des traducteurs français, c’est que bien souvent, ils ne traduisent ni le mot-à-mot, ni l’esprit de la version originale. Traduire Nuke par Nucleus, je me demande ce qui est passé par la tête du traducteur.

Mais si ce n’est ni la traduction directe du mot, ni la traduction de son esprit, que traduisent-ils au juste? Dans le meilleurs des cas, des délires à eux pas trop loin de la version originale. Dans le pire, ils s’efforcent de masquer ce qui les choquent dans la version originale. C’est pas moi qui le dit, c’est Marc Zaffran, qui a étudié la chose et en a parlé à La Presse il y a quelques temps.

Les séries américaines diffusées sur nos chaînes francophones étant, à de rares exceptions près, doublées en France, nous consommons ces versions que Martin Winckler juge «?censurées de manière insidieuse?» et paternaliste.Par exemple?: Dans House M.D.?: House s’occupe d’un patient qui souffre de douleurs abdominales car il a un colon irritable. Pour y remédier, ce Sherlock Holmes de la médecine prescrit à son patient de fumer deux cigarettes par jour?: la nicotine va faciliter le transit intestinal. En français, le bon docteur prescrit… deux bols de riz.

(Aucune idée d’où sortent tous ces points d’interrogation dans le texte, ça doit être un bug de cyberpresse. Trop fatigué pour le corriger pour le moment).

Et ça, ça me déprime un peu. On parlait de rectitude politique dans le billet précédent. Je suis prêt à dire qu’il peut y avoir des avantages à l’occasion, mais pour ce coup-là, je vais passer mon tour.

Lost in translation

juillet 17, 2009

« …des missionnaires avaient essayé de traduire le mot « agneau » dans l’idiome des esquimaux, comme dans « paissez mes agneaux ». On peut, bien sûr, rendre cette phrase en se référant à quelque animal familier des Esquimaux, en disant par exemple, « paissez mes phoques », mais on remplace ainsi ce qu’était un agneau pour un berger hébreu par ce qu’est un phoque pour un Esquimau. »

– Evans-Pritchard, La religion des primitifs à travers les théories des anthropologues.

[mauvaise foi]On disait quoi déjà sur l’universalité de la révélation chrétienne?[/mauvaise foi]

PS: ce billet inaugure une nouvelle catégorie dans le volet historique: les brèves de doc. En gros, quand je lis une phrase que j’ai envi de partager sans faire un gros billet documenté, je la mets ici.

Problème de traduction

mai 11, 2009

Ça me turlupine de temps à autre, ça.

Quand on danse en couple, c’est bien connu, il y en a un qui guide et un qui suit. Traditionnellement, les gars guident et les filles suivent, ce qui n’est pas une obligation absolue.

On appelle habituellement celui qui guide le lead. Ce qui a l’avantage, accessoirement, d’être un terme neutre en terme de genre. Comme ça, une fille qui guide ne se fait pas forcément appeler un « gars » (même si, humour aidant, ça arrive souvent). En swing, la prédominance de l’anglais n’a pas de quoi surprendre ni choquer, puisque c’est une danse née aux États-Unis (j’ignore si les danses latines ont un vocabulaire à prédominance espagnole). Mais si on veut le traduire, c’est facile: le lead est un guide ou un meneur.

On appelle habituellement le partenaire qui suit le follow. La follow en fait, d’habitude, puisque ce sont souvent des filles. Quand un prof donne un cours, le pluriel tend à cacher le féminin, et à englober les rares gars qui apprennent ce rôle: les follows. En pratique, on dit aussi très souvent les filles, même si y’a un gars dans le groupe qui fait le follow (pour une fois qu’on privilégie le féminin sur le masculin!). Mais là, je dois dire que je ne trouve pas de traduction francophone satisfaisante. « Suiveuse », ce n’est pas très flatteur, et j’aime mieux éviter.

Des suggestions?