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L’identité partagée

janvier 23, 2011

Je suis allé voir hier, après mon cours de claquettes, l’exposition spéciale La pintura de los reinos, au Palacio real de Madrid, exposition qui a pour sous-titre identitades compartidas en el mundo hispánico (Identités partagées dans le monde hispanique). À ma surprise, l’exposition était gratuite (alors que la visite des expositions permanentes coûte 8 euros… d’habitude, c’est plutôt l’inverse, des expos permanentes gratuites et des expositions spéciales payantes). Du moins on m’a laissé entrer gratuitement quand j’ai dit que je voulais juste voir la Pintura de los reinos; curieusement, j’ai en ce moment la brochure de l’exposition, et j’y lis « Venta de entradas. General: 8 euros ». Ben coudonc, je vais pas m’obstiner avec les gens à l’entrée qui m’ont laissé entrer gratos. Ça n’a pas empêché un garde de me renvoyer à l’entrée  parce que j’avais omis de prendre mon billet gratuit. Mais bon, c’est pas grave.

À l’entrée, quelques textes d’explication font un rapide exposé de l’évolution de l’histoire de l’art comme discipline et de quelques-uns de ses concepts, non sans placer l’exposition sous le signe d’une légère hypocrisie. On nous explique en effet que l’histoire de l’art est née au XIXe siècle de motifs nationalistes. Les nouveaux pays comme l’Allemagne et l’Italie trouvaient dans l’art un moyen de projeter une identité commune dans un lointain passé (la peinture italienne -blablabla- dans une Italie divisée politiquement…). Le nationalisme imprégnant la discipline a structuré les débuts de l’histoire de l’art en peintures nationales (la peinture italienne, la peinture française, la peinture espagnole, etc…), où on recherchait des caractéristiques communes propres à un esprit national, créant par le fait même des clivages artificiels. Pour rompre avec ces clivages, les plus récents historiens de l’art on élaboré la notion d’aires culturelles, basée sur la circulation des hommes et des tableaux. Ainsi, les échanges réguliers entre la côte méditerranéenne espagnole, notamment Valence (qui au XVe siècle éclipse Barcelone au rang de premier port d’Espagne) et l’Italie fait que des similitudes de styles se retrouvent dans les peintures de ces régions.

Le Sauveur à l'Ostie et au Calice. Juan de Juanes, peintre valencien également actif en Italie, influencé par le style de Raphaël

L’exposition se place donc sous le signe de cette méthodologie « libérée du nationalisme », ce qui lui donne une sorte de respectabilité. Ce qui éveille en moi un sourire d’ironie: comme s’il n’y avait pas de nationalisme dans l’organisation de cette exposition! lorsque je lis la présentation de l’exposition sur l’aire culturelle hispanique, « dont l’Espagne fut le centre », cette Espagne qui fut « le premier empire de dimension mondiale », dont les frontières s’étendaient à « l’Amérique en Occident » et « aux Philippines en Orient », incluant bien sûr une bonne partie de l’Italie et les Pays-Bas. Je croyais naïvement qu’il y avait là une glorification des réalisations de l’Espagne du Siècle d’Or, mais on me détrompe: le but n’est que de présenter une exposition libérée de faux concepts inspirés du nationalisme. Fiou!

Ironie à part, l’exposition est très belle et bien pensée. À l’entrée, une fresque métaphorique représentants « les quatre parties du monde », expression de l’époque qui a d’ailleurs donné le titre d’un livre de Serge Gruzinski. Une première section expose des tableaux de peintres ayant voyagé, ou chez lesquels l’influence de peintres étrangers est notable. La deuxième section répète sensiblement le même procédé, mais en  mettant l’accent sur la diffusion de la peinture espagnole dans les colonies américaines. D’abord les peintres espagnols (ou à l’occasion, italiens et un autre qui était, je crois, allemand) qui se sont installés en Amérique. Puis les novohispánicos.

La troisième et dernière section se présente, dans les textes explicatifs et la brochure, comme la plus fascinante. Et c’est vrai (dommage, toutefois, qu’à la fin du parcours d’une exposition on commence toujours à être un peu fatigué et on passe plus rapidement). Les salles qui la compose sont essentiellement construites autour de thèmes uniques, présentant des tableaux de différents peintres de différentes origines, permettant de voir l’influence des plus anciens sur les plus tardifs, les traits communs du traitement, mais aussi les différences entre les tableaux, les réappropriations, l’évolution du style d’origine vers la composition de styles autochtones en Amérique, notamment au Pérou et au Mexique. Parmi les thèmes exposés, on compte par exemple le Christ en croix (aucun du Greco, mais on note son influence). On y trouve aussi une très grande salle consacrée à la diffusion de l’image de la Virgen de los Desamparados, iconographie typiquement valencienne, dans les colonies américaines, qui s’en sont inspirés pour créer leurs propres images de la Vierge.

Effigie de la Virgen de los Desamparados, plaza de la Virgen, Valence, pendant les Fallas. Pour ceux qui se posent la question, elle n'est pas destinée à être brûlée, mais à être couverte de fleurs

Virgen de los Desamparados, Tomás Yepes, peintre baroque valencien.

Virgen de Aranzazu, Cristóbal de Villalpando. Mexique.

Dans cette section, on consacre aussi une partie à des tableaux qui dénotent l’émergence de thèmes propres aux peintres latino-américains. Soit le thème en lui-même (représentation de Montezuma, dernier empereur aztèque), soit dans l’iconographie (représentation de l’archange Saint Michel en arquebusier).

Je remarque pour moi-même que je commence à me former l’oeil, au point pour la peintre des XVIe et XVIIe siècle. L’iconographie me devient plus familière, j’arrive de plus en plus souvent à reconnaître les personnages et les thèmes choisis sans avoir à consulter le titre ou la notice explicative de l’oeuvre (ce qui ne m’a pas empêché de confondre une fois Saint Jean-Baptiste avec Saint Zacharie et Sainte Anne avec Sainte Isabelle). Puis je deviens plus habile à décoder le tableau au niveau de l’iconographie et de la composition. Ce qui m’oblige à rester plus longtemps devant chaque tableau, en fait. Et de prendre le temps d’arrêter l’analyse pour revenir à la question de base: j’aime ou pas?

À chaque exposition que je visite, je retiens normalement un nouveau peintre. Ma mémoire ne  me permet pas de retenir chacun d’entre eux. Et un à la fois suffit, ça fait des choses à assimiler avant l’exposition suivante. À ma première visite au Prado, j’ai appris l’existence de Zurbarrán. Dans une exposition spéciale visitée à Valladolid, j’ai retenu Ribalta. À l’expostion à Tolède sur Gregorio Marañón, j’ai découvert Zuloaga. Cette fois-ci, ma découverte est le peintre mexicain Cristóbal de Villalpando. Ses toiles sont très chargées et très détaillées, du moins dans sa plus belle période. Voici sa version de Adam et Ève au paradis terrestre. C’est un assez petit tableau.

Adam et Ève au paradis terrestre. Cristóbal de Villalpando.

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L’histoire détruite

août 5, 2010

Dans les différents dépôts d’archives que j’ai visités à Valence, il y a celui de la curie métropolitaine de Valence, c’est-à-dire les archives diocésaines. Un pauvre petit poste, avec une seule archiviste (d’ailleurs gentille et serviable), et une table ronde pas bien grande en guise de lieu de travail pour les chercheurs. Un catalogue assez pauvre de documents, et des documents souvent en très mauvais état. L’un de ceux que j’ai demandé était un grand livre, dont les pages avaient dûes être collées sur des pages neuves pour leur donner de la solidité, et dont le tiers du bas était dans un état misérable, grugé et noirci. Pourtant, il y eut une époque où les archives diocésaines de Valence étaient réputées être parmi les plus riches d’Espagne, ce qui n’est pas peu dire. Cela a changé avec la guerre civile. L’introduction du catalogue des archives relate cette lamentable histoire en citant des témoignages qui rendent la chose fort vivante et lui confère un pathos certain.

Durant la guerre civile, Valence se trouvait dans la zone républicaine. Elle fut, trois ans, la capitale d’Espagne, capitale ad hoc, parce qu’il fallait installer en urgence un nouveau gouvernement pour faire face à la catastrophe qui s’abattait sur le pays. Les aléas de la guerre ont souvent été dommageables aux archives. En 1936, la curie métropolitaine fut touchée par un incendie. On aurait pu croire que c’est à ce moment que furent détruits les documents. Mais en fait, l’essentiel en fut rescapé. C’est en 1937 qu’a lieu le désastre.

La guerre civile, entre autres nombreux conflits qu’elle mêlait, avait mis au jour l’hostilité réciproque des mouvements politiques révolutionnaires (communistes et anarchistes, notamment) et de l’Église. Celle-ci avait choisi d’appuyer Franco. Dans la zone républicaine, un vent anticlérical a soufflé. Plusieurs milliers de religieux ont été massacrés. L’évêque de Barbastro a été émasculé vivant avant d’être exécuté (plus tard J-P II l’a béatifié pour avoir subi le martyre). Les biens de l’Église sont saisis: églises, couvents… archives.

En 1937, les archives de la Curie Métropolitaine furent vendues à une usine de pâtes et papiers. Comme un ami l’a dit avec une savoureuse ironie noire et cynique: « au moins elles ont servi à quelques chose d’utile ». Ce qui devait d’ailleurs être la pensée de ceux qui orchestrèrent ainsi cette destruction, décidée au nom l’idéologie anticléricale. Le caractère horrifiant de la chose, par rapport à une destruction dans un accident de guerre, c’est que c’est un choix fait en toute connaissance de cause: la destruction volontaire de la mémoire religieuse. Il ne semble pas être venu à l’esprit des sombres imbéciles qui ont pris cette décision que les archives religieuses ne témoignent pas que de l’histoire de la religion, mais de l’histoire de tout un peuple: aussi bien leur religion, leurs moeurs et leurs dissidences.

À l’une de mes premières visites à l’Archivo del Reino de Valencia, j’ai parcouru les fiches cataloguant les documents, et mes yeux sont tombées sur un autre type de destruction de document. Il se trouvait une série de documents royaux sur les émeutes (reflétant les tensions religieuses croissantes de la ville) qui eurent lieu à Valence en 1455. Les documents s’échelonnent sur 5 ans. Les premiers, donc, apparaissent à la fin du règne d’Alfonso El Magnánimo et les dernier au début du règne de Juan II. Ces documents sont des documents d’amnistie. En Aragon, le roi avait traditionnellement, en raison des traités de capitulation signés lors de la Reconquête, le rôle de protecteur des minorités, notamment musulmanes. Il dût donc sévir contre un certain nombre des émeutiers. Il y eut des procès. Mais ce que nous apprennent ces document, notamment le dernier en 1560, c’est qu’au terme du processus, le roi autorisa les familles concernées à brûler les procès qui les concernaient si elles le souhaitaient. Il semble que l’amnistie dispensée à cette occasion n’offrait pas seulement le bénéfice du pardon, mais aussi celui de l’oubli.

Cette semaine, toujours à l’Archivo del Reino, je consultais un registre dominicain. Un livre des professions de foi, qui enregistrait donc les noms de ceux qui devinrent religieux dans le couvent concerné, avec une petite notice pour chacun d’entre eux où on trouve leur nom, leur lieu de naissance, les noms de leurs parents, et le nom du prieur qui a reçu leurs voeux. Je feuilletais donc ce registre à la recherche de quelque indice pour ma recherche, quand je tombai sur une page charcutée. Il y a des trous a plusieurs emplacement, découpés avec je ne sais quel outil. La main tremblante, je tourne les pages. Pendant l’espace d’à peu près quatre ou cinq pages, il y avait un trou au milieu chaque notice, et un autre au bas, au niveau des signatures. Dans les pages suivantes, le schéma se poursuit, on trouve encore des trous; il n’y en a seulement plus à chaque notice. Puis le registre se poursuit normalement. De toute évidence, ce sont des noms qui ont été retirés à chaque notice: dans la notice, et la signature du moine. Un seul? sans doute, mais comment savoir? Qui? Pourquoi? Le saura-t-on jamais? Peut-être d’autres archives dominicaines le révéleront-elles un jour. On pourrait retrouver un ordre donné à la fin de retirer un nom des archives. Ou peut-être, si cet ordre a existé et fut couché par écrit, s’est-il perdu dans les nombreux aléas vécus par les archives religieuses de ce pays.

Quoiqu’il en soit, il est quand même remarquable de penser que, dans des sociétés bureaucratisées, il faut souvent produire un document pour en détruire un autre. C’est qu’il y a division des tâches entre la décision et l’exécution, et que l’exécuteur doit non seulement prendre connaissance de l’ordre, mais il doit également être protégé. La destruction des procès de 1455 aurait été illégale, bien sûr, n’eût été un ordre royal pour l’autoriser. Pour protéger les amnistiés, il fallait que subsiste une trace de l’autorisation royale, donc de l’événement auquel le tout se référait. Cela demeure un appauvrissement de la mémoire (les procès perdus étaient sans doute très riches en détails), mais un signe a subsisté. Le cas du registre monastique est moins clair, mais il est possible que les mêmes mécanismes aient joués.

Dans mes cours d’archivistiques, un prof avait donné un exemple très contemporain qui illustre le même phénomène. Dans une petite ville, un maire avait ordonné à son archiviste de détruire un enregistrement. Ce dernier s’est exécuté, mais non sans avoir obtenu, pour se protéger, un ordre en bonne et due forme, signé, de la destruction de l’enregistrement. Quand les journalistes sont venus fouiner, c’est le maire qui a eu des problèmes, plutôt que son subalterne.

(je classerais bien ce billet dans les « brèves de doc », puisque c’est une tranche de vie sur mes études, mais à plus de 1100 mots, ce n’est plus trop une brève. dans les réflexions, donc).

Crèma!! (2) Encore du feu!

mai 9, 2010

Ma falle préférée cette année fut celle-ci.

Elle est immense, comme vous pouvez le constater en voyant de petits humains tourner autour. Elle est extrêmement détaillée, aussi. Les grandes figures expriment des thèmes généraux tournant autour de la danse et du spectacle.

Tout autour beaucoup de petites figurines de toutes sortes, exprimant davantage le côté satirique. Des policiers maladroits, des juges corrompus. Et des pancartes en catalans un peu partout, exposant des petits poèmes moqueurs en valencien, moquant les autorités, souvent avec un vocabulaire du monde du spectacle (« recital », « entonant », « solo », « percusio » (à côté d’un policier brandissant une matraque), « Marxa funebre », « ritme ») .

C’est donc cette falle mayor que j’ai choisi d’aller voir brûler au dernier jour des falles.

Vu de loin, le soir

J’arrive un peu à l’avance pour pouvoir la voir intacte. Ou presque. Il semblerait qu’un pied d’une demoiselle ait été arraché. Ce qui a au moins l’avantage de vous faire voir l’intérieur:

J’ai d’ailleurs vu un touriste américain prendre le pied qui traînait et s’enfuir avec. Sacré souvenir, je me demande comment il va le faire rentrer dans ses bagages…

Quoiqu’il en soit, arriver d’avance aura été inutile. Le nombre de falles à faire brûler est assez hallucinant, et pose des problèmes de logistiques. Après un certain temps d’attente, je me renseigne et me fait confirmer que l’artificier qu’on attend est encore à l’autre bout de la ville. Finalement, le feu de joie attendu vers 11h30 commencera un peu avant 1h00 du matin.

La mise à feu suit le même procédé que pour la falle infàntil: on attache des feux d’artifices tout autour, et on fait péter le tout. Ce qui promet bien des étincelles au départ.

Mise à feu

Artifices

Puis, les artifices cèdent la place au feu, au vrai. Le rouge tout en flammes. Tout autour de la falle, les pompiers arrosent les murs des bâtiments et opposent aux flammes un barrage d’eau pour contenir les flammes là où elles doivent rester.

C’est d’abord discret, bien sûr, mais très rapidement, les flammes rongent le tout. La structure même de la falle fait office de cheminée, et bientôt on peu voir une épaisse fumée noir s’échapper par le bas du chapeau de la figure principale.

Ça ne ressort pas très bien, mais ce voile noir qui sépare le chapeau de la figure est une épaisse fumée

Et bientôt, bien sûr, c’est le brasier. Au premier rang de la foule, sur la place où est exposée la falle, je recule comme les autres jusqu’à la rue la plus proche pour voir le spectacle de plus loin. Même là, je ressens la brûlure sur mon visage d’une manière presque douloureuse.

On peut voir le jet d'eau du pompier à l'avant-plan

Très vite, le carton et le styromousse sont consommés, et la structure de bois découverte. Les morceau les plus fragiles s’effondre. Le premier à tomber (mais je l’ai raté pour la photo), c’est bien sûr le violon.

Structure découverte

En revanche, je ne manque pas la chute de la structure principale:

Crèma!! (1)

avril 12, 2010

Une seule falle aujourd’hui, une falle infàntil, qui plus est.

La voici:

Cigogne, berceau, bébés, enfants... sadique de faire brûler tout ça, non?

Vous pouvez apercevoir quelques banderoles accrochées ici et là sur la falle. Ce sont les prix qu’elle a reçu, notamment celui de meilleure falle de son secteur. Mon secteur, puisque c’est à environ sept-huit coins de rue de chez moi, en ligne droite. C’est un peu pour ça que j’ai choisi d’aller voir brûler celle-là plutôt qu’une autre. Qui plus est, cette grande figure de cigogne surplombant le tout promettait un beau spectacle.

Autre angle, où on voit mieux la banderole

Le salut de la cigogne - un adieu? Le gamin dans sa baignoire moussante en tout cas n'en a rien à foutre

Ça, ce sont des photos que j’ai prises à mon premier passage devant, en plein jour. Pour la crèma, évidemment, les conditions étaient différentes. La crèma des falles infàntil a lieu à 10:00, 10:30 pour celle qui a gagné le concours de meilleure falle infàntil de la ville. De nuit, donc, notre cigogne ressemble plutôt à ça:

Cigogne enrobée, de nuit, entourée par des amateurs de flammes

Vous remarquez bien sûr, outre la foule et la noirceur nocturne, un autre changement: des espèces de cordages, en réalité une banderole de pétards qui entoure toute la falle, histoire de faire une mise à feu bien spectaculaire. Avant la mise à feu définitive, l’artificier fait le tour de la falle, arrache une pancarte, et donne des coups dans l’oeuvre pour y faire des trous, lesquels faciliteront la circulation de l’air, donc la crèma.

La mise à feu s’est fait par un moyen original, que je n’avais pas anticipé. Une sorte de petit avion mécanique envoyant des nuages d’étincelles est précipité sur la falle. Comme je ne m’y attendais pas, et que le déclencheur de mon appareil photo n’est pas exactement instantané, vous ne verrez pas le petit avion. Mais l’effet ne rate pas: les pétards qui entourent la falle pète les uns après les autres à intervalles rapprochées. Rien à voir avec la discrète mise à feu de la tour que je vous avais montré l’autre fois, avec des flammes gagnant progressivement toute la structure. Cette mise à feu ci est – littéralement – un feu d’artifice.

Massacre aux artifices

spectacle fumigène coloré

Autre image de pétarade incandescente

À ce moment, un feu d’artifice est déclenché. Les artificiers sont très proches, et les fusées éclatent pratiquement au-dessus de nos têtes. Je dois dire que j’ai eu quelques doutes sur le caractère sécuritaire du spectacle, d’autant que j’ai même vu une fusée rebondir sur le mur d’un immeuble à habitations (donc plein de balcons) avant d’aller éclater dans le ciel. Ça fait un peu peur. Les Valenciens sont fous! Mais les spectacle est magnifique.

Fleurs du ciel

La pétarade s’achevant, on peu constater les dégâts sur la falle. Les feux artificiels, pour spectaculaires qu’ils soient, en ont fait moins que ce qu’on aurait cru à voir la falle noyée dans un nuage de lumières colorées et d’étincelles. Mais le feu à pris en quelques points, et il va bientôt se répandre dans la structure.

début d'incendie

feu qui s'affirme

Flambée

Feu triomphant

À ce stade, comme cela s’était produit avec la tour, la foule recule, car la chaleur est devenue trop intense pour être supportable quand on est trop près des barrières (imaginez ce que ce sera avec les grandes falles!!! La plus petite atteint presque trois fois la taille de celle-ci).

La forme de la cigogne est évidemment très vulnérable. On ne tarde pas à en voir tomber des bouts, devenus trop fragiles après que les flammes les aient rongés. J’ai réussi à en prendre un en pleine chute.

Le bébé tombe

Démon du feu ricannant de son forfait

Les pans de carton se sont effondrés, on peut désormais distinguer les armatures de bois dans la structure, celles qui restent debout le plus longtemps: les jambes de la cigogne, et le berceau central.

Cuisses de cigogne au barbecue

Berceau infernal

Malgré tout, certaines figurines, un peu plus loin de la figure centrale, sont encore épargnées par les flammes.

Gamins "épargnés"

"Lalèèère! Vous ne m'aurez pas!" crie le gamin écervelé aux flammes

Et puis le brasier se calme, consumant ce qui reste à consumer.

Feu en phase digestive

En rentrant chez moi, j’ai croisé quelques autres crèmas agonisantes. L’image qui m’a le plus frappé, cependant, fut celle d’une fontaine.

Falles du centre

avril 5, 2010

Une des première j'ai photographié

Infàntil

Infàntil isolée (pas de grosse falle à côté) avec des messages disant qu'il faut manger équilibré

autre infàntil isolée

Grande falle du marché

Princesse

Je ne sais plus du tout où j'ai vu celle-là

Bon, c’est pas tout, ça. La prochaine fois que je vous présente une falles, on la fera brûler!

Falle special dédicace…

avril 2, 2010

à Torrieu, Gabriel, Darwin et cie…

je ne parle pas de cette falle là:

falle playmobil

… que je ne plogue ici que parce que c’était la falle infàntile qui accompagnait celle à laquelle ce billet est dédié.

Les festivités des falles s’inscrivent dans un phénomène largement répandu en Europe, les fêtes de type carnaval, qui ne se sont à peu près pas implantées en Amérique (il y a bien Rio, peut-être… mais ne parlez pas de Québec, s’il-vous-plaît). Ces fêtes jouent sur l’irrévérence, l’indiscipline, le renversement de l’ordre établi, etc… elles ont beaucoup effrayé l’Église, qui à partir de l’époque moderne a consacré beaucoup d’efforts à « civiliser » et récupérer ces festivités à son compte, pour en éliminer le caractère pécheur. Puis, celles qui ont survécu ont à leur tour été généralement récupérées par le consumérisme ambiant de notre époque. Mais à travers tout ça, une part de la fête originelle demeure. Sujets représentés par les falles ont ainsi souvent un caractère irrévérencieux et, à l’occasion, ouvertement satirique.

Ici, le caractère antireligieux de l’oeuvre crève les yeux. La victoire de L’Origine des Espèces sur la Bible.

Le match de boxe et les étoiles

Bible à l'oeil au beurre noir, Pape rougeaut racontant des niaiserie aux enfants africains

Bien entendu, les falles sont souvent strucutrées ainsi: un sujet principal, entouré d’un certain nombre de figures plus petites touchant au même thème.

Prêcheur et prostituées

Bible amochée, arbre à condom, Adam et Ève libertins

J’ai toujours trouvé qu’Adam avait été bien benêt et bien mouton de croquer dans la pomme juste parce qu’Ève lui disait de le faire. Mais je dois reconnaître que si elle le lui a proposé ainsi, je comprends qu’il n’ait pas résisté.

D’autres falles

mars 29, 2010

Il reste encore beaucoup de photos, même si je n’en montre qu’une sélection.

Celle-ci est sur le chemin que je fais tous les jours.

De l'autre côté, le ballon ressemble à un globe terrestre

C’est la photo la plus complète que j’ai de cette falle, même s’il manque quelques détails, et on ne voit peut-être pas assez bien que les genoux se cognent au milieu du parcours. Très douloureux. L’autre détail manquant est dans la légende.

Parlant de falles incomplètes:

Haute couture

J’ai fait exprès de prendre seulement le haut de celle-ci. Le bas représente essentiellement un tas de tissus.

Je ne suis plus certain laquelle des deux falles ci-haut est accompagnée de la falle infàntil ci-bas, mais c’est bien l’une des deux:

Marionettes

à bien y penser, je pense que le marionnettiste va avec les joueurs de foot. Je dis ça, parce que je viens de revoir cette autre falle infàntil:

ballerine

devant

On termine pour ce soir (sans grande structure de présentation, d’ailleurs) avec une falle du centre. Encore un endroit où je passe régulièrement, c’est à côté d’un parc plutôt agréable, et il y a un petit café pas cher où je mange à l’occasion.

Devinez le message politique? (facile) - la réponse en évidence sur l'image suivante

MacDo à la poubelle

Tout près de chez moi

mars 27, 2010

Le territoire de Valencia est partagé en petits quartiers qui chacun a sa falle. En fait, les falles vont par deux: une falle et une falle infàntil qui n’est jamais bien loin, et beaucoup plus petite. Il y a parfois des variations de styles entre les deux, mais globalement, ça reste dans le même genre.

En dehors du centre-ville, les falles sont un peu plus modestes, que ce soit les grandes ou les petites. Dans ce billet, il s’agit de falles qui ne sont pas dans le centre, et sont plus ou moins disséminées sur le chemin que je fais presque tous les jours de chez moi au centre-ville (qui se situe à environ 45 minutes de marche).

D’abord, celles que je voyais dès que je sortais de chez moi:

Falle de mon quartier

Voici une photo de nuit:

La même, la nuit de la crèma

Le feu que vous voyez en bas à gauche provient de la falle infàntil, cette photo ayant été prise le soir de la crèma après 22:00 et avant minuit. Justement, voici à quoi ressemblait la petite:

falle infàntil, de deux à trois fois plus petite que la grande

Près de chez moi, mais à l’écart de mon chemin, on trouvait aussi ce dragon:

Contrairement à la croyance populaire, les dragons ne sont pas immunisés au feu

Plus loin, on trouvait ce mariage:

Mariage inégal

Cette falle infántil qu’il faut montrer en au moins deux photos:

Argent de poche

Question de cheveux

Allez hop, une dernière, toujours plus ou moins dans le même secteur de la ville:

Questions d'eau

La falle de la plaza del Ayuntamiento

mars 26, 2010

La plaza del Ayuntamiento est au centre de la ville. Sa falle est la plus importante, celle qui brûle en dernier lors de la crèma. En guise de test pour ma nouvelle solution photo, voici à quoi elle ressemblait.

Falle principale

On y trouve une certaine représentation de tout ce que sont les Fallas: les personnages sont en costume traditionnel, le plus vieux a des fusées/pétards en main, la grand-mère cuisine des churros dont profite le gamin gourmand pour s’empiffrer. En dessous, des commerces qui représentent la ville. On voit assez mal sous cet angle, mais sur le côté il y a une caserne de pompiers (bomberos)

Suspens

mars 19, 2010

Alors, ce soir, c’est la crèma. Je vais voir quelle falle brûler? J’hésite…

Déjà, ça n’augure pas particulièrement bien: le ciel est gris et on a eu droit à quelques gouttes de pluie cet après-midi. La pluie va-t-elle gâcher le feu de joie?

Je vous montrerais bien entre lesquelles j’hésite, mais bon, faut que je me trouve un site pour mettre les photos, ça va prendre du temps.

Il y a cette gigantesque construction, plaza de la Virgen. La plus grosse, sans le moindre doute. La moins artistique aussi, certainement. Elle doit être identique à elle-même chaque année.

Mais non… la foule risque d’être impossible. J’ai tenté d’aller à la mesclàta aujourd’hui, et 20 minutes avant qu’elle commence, la foule était si dense que je n’ai pas pu m’éloigner de la sortie du métro de plus d’une quinzaine de mètres. Et après la fin d’un show que je n’ai pas pu voir (quant à l’entendre, je l’aurais presque aussi bien entendu depuis chez moi), j’ai tourné en rond pendant 20 minutes avant de pouvoir trouver un moyen de m’extraire d’une foule qui m’emmenait partout avec elle sans savoir où elle va. Alors à la plaza de la Virgin, je doute que ce soit une bonne idée.

Il y a ma falla préférée, qui mélange les thèmes de la musique et de la satire des autorités. Gigantesque. Très impressionnante. Avec des petits poèmes en valencien un peu partout. Pleins de détails. Je l’ai photographiée sous toutes les coutures. Elle est située dans le centre-ville, près du bord. Risque-t-il d’y avoir une trop grande foule?

Sinon, une falla plus modeste, près de chez moi. Il y en a une que j’aime bien, à deux ou trois coins de rue, et dont le thème devrait réjouir plusieurs lecteurs de ce blogue: elle représente un combat de boxe entre la Bible et l’Origine des espèces. Ce dernier est au-dessus, avec l’air féroce, et la Bible est en-dessous, avec un oeil au beurre noire et quelques dents en moins. Autour, quelques personnages religieux parodiés: un genre d’évêque avec un petit africain, un religieux en compagnie de deux prostituées, un Adam en érection face à une Ève aguicheuse.

Alors, laquelle je vais voir brûler?